167/200 ben aise
Il regardait en souriant, et avec son gros pouce de paysan, il montrait par dessus son épaule.
Il montrait derrière lui les marais, de Luçon à l’Aiguillon, des centaines de kilomètres carrés de lagunes et de haies et d’étiers et de canaux et de prés salés et de chênes têtards et de digues, écluses, berges, ponts, chemins de halage. Un monde d’une parfaite cohérence, d’un équilibre d’horloge de cristal, jailli de la vase, du brouillard, des générations de tâtonnements, un monde bricolé par des multitudes, un monde têtu gagné sur les vents, les marais, les vagues, l’impermanence, l’humidité, le froid, les moustiques. Un monde sublime et dégueulasse, puissant et dérisoire, un monde où l’on pourrait se perdre des jours entiers et qu’une tempête pourrait balayer en quelques heures.
« Tu vois, mon gars, c’est là que ça se passe. Si un d’ces jours au faut qu’tu soye ben aise, o d’ête là . Ben aise dans ta voiture, ben aise dans ton canapé, o sert de rien. O l’est là qu’o s’passe. Tou voé ? »












