Venezuela : Deux séismes sous tutelle étrangère
Le double séisme du 24 juin a fait au moins 920 morts au Venezuela. Mais la catastrophe frappe un pays sous tutelle américaine depuis la capture de son président en janvier, désormais secouru par cette même puissance. DB NEWS | Décryptage| Venezuela | 27 juin 2026 Quarante secondes de rupture Mercredi 24 juin, quatorze heures quatre, heure locale. La terre se déchire à San Felipe, dans l'État de Yaracuy, à deux cents kilomètres de Caracas. Magnitude 7,2. Trente-neuf secondes passent, et une seconde secousse frappe, plus brutale encore : 7,5. Les plaques caraïbe et sud-américaine viennent de rompre l'une contre l'autre. Les sismologues nomment cela un doublet, ce phénomène rare où une première rupture fragilise une faille voisine au point de la faire céder dans la foulée. L'United States Geological Survey ne laisse aucune place au doute. On tient là le tremblement de terre le plus puissant jamais mesuré au Venezuela depuis 1900. Le pays vivait pourtant dans une trompeuse quiétude, aucune secousse majeure n'étant survenue depuis Cariaco en 1997. Cet oubli collectif éclaire une part du désastre. On ne bâtit pas de la même manière lorsqu'on a cessé de croire que le sol peut s'ouvrir. Les ondes ont porté loin. Bogota, à plus de mille kilomètres, les a senties. Depuis mercredi, plus de trois cents répliques nourrissent l'effroi. La géologie, elle, ne dissimule rien. Elle dénonce les négligences que les hommes accumulent. Le bilan qui ne cesse de gonfler Les chiffres, désormais, racontent une escalade qui donne le vertige. Mercredi soir, trente-deux morts. Jeudi, deux cent trente-cinq. Vendredi, Jorge Rodríguez, président de l'Assemblée nationale, avance le chiffre de neuf cent vingt décès et de mille cinq cent vingt blessés. Quadrupler en une seule journée, c'est mesurer combien l'ampleur réelle du sinistre était restée masquée. Le nombre qui sidère demeure celui des disparus. Plus de cinquante mille personnes, selon Desaparecidos Terremoto Venezuela, plateforme citoyenne surgie dans l'urgence et qu'aucune autorité n'a encore validée. Tom Fletcher, responsable humanitaire de l'ONU, ne masque pas la vérité : l'opération de secours s'annonce d'une complexité extrême. Plus de cent immeubles se sont affaissés, principalement dans l'État de La Guaira, devenu l'épicentre du deuil. Alors, des milliers d'habitants passent leurs nuits dans les parcs. Les écoles se transforment en refuges. Marlon Ochoa, rescapé, fouille les gravats à mains nues pour retrouver sa mère, sa femme, son fils. "On ne nous donne pas d'outils", lâche-t-il. La phrase dit l'essentiel. L'État manque à l'appel là, précisément, où il devrait diriger. Un pays sans président pour pleurer ses morts Car le drame s'abat sur un Venezuela décapité. Le 3 janvier 2026, le président Nicolás Maduro tombait aux mains d'un commando américain lors de l'opération Absolute Resolve, avant d'être transféré aux États-Unis et présenté à la justice pour trafic de stupéfiants présumé. Depuis, Delcy Rodríguez exerce un intérim contesté et qualifie son prédécesseur d'"otage". La République bolivarienne vit sous une tutelle américaine que nul ne cherche plus à dissimuler. Comme l'écrivait Montesquieu, tout homme qui détient du pouvoir penche vers l'abus. Le séisme illustre cette maxime sans fard. Washington a gelé pour quatre mois ses sanctions économiques, au nom des secours. La présidente par intérim a proclamé l'état d'urgence et placé La Guaira sous contrôle militaire intégral. Deux pouvoirs se disputent une terre que les morts recouvrent. Le contraste saute aux yeux. María Corina Machado, figure de l'opposition et prix Nobel de la paix, exige la libération des prisonniers politiques afin qu'ils retrouvent leurs proches en ces heures funèbres. La catastrophe naturelle se change en révélateur politique. Lorsqu'un État perd sa tête, il perd du même coup le moyen de veiller sur les siens. La géopolitique de la pelleteuse Le monde, pourtant, se lève. Dix-sept équipes de recherche, huit équipes médicales, près de mille secouristes placés sous la coordination de l'ONU affluent vers le Venezuela. Le Chili, la Colombie, le Salvador, l'Italie, le Mexique et la Suisse ont déjà débarqué. Les Taupes mexicaines, virtuoses des décombres, creusent aux côtés des sauveteurs helvètes. Nayib Bukele, président salvadorien, a expédié quatre avions chargés de matériel. Mais la contribution la plus massive provient de la puissance occupante. Les États-Unis dépêchent deux cent cinquante hommes, promettent cent cinquante millions de dollars, déploient deux navires de guerre, des avions de transport et des hélicoptères. La flotte qui s'est emparée de Maduro porte aujourd'hui secours à son peuple. Le symbole donne le tournis : celui qui a saisi le président arrache désormais les survivants à la pierre. Du reste, les solidarités trahissent les alliances. La Chine, qui pleure deux ressortissants, transmet ses condoléances par la voix de Xi Jinping. L'Inde participe, comme l'Iran, allié de longue date de Caracas, et l'Europe. Le décompte des victimes s'internationalise : vingt-huit Portugais, cinq Espagnols, deux Brésiliens, deux Chinois, un Italo-Vénézuélien parmi les morts. La catastrophe, elle, se moque des frontières autant que des régimes. "Neuf cent vingt disparus" Auguste Comte affirmait que les morts gouvernent les vivants. Au Venezuela, ce sont neuf cent vingt disparus qui somment un pouvoir introuvable de répondre. Le séisme n'a pas seulement abattu des immeubles. Il a dévoilé un État sous tutelle, hors d'état d'extraire ses citoyens des gravats sans la main de celui qui retient son président. La perspective demeure sombre, le bilan, avec cinquante mille personnes recherchées, franchira sans doute le seuil du millier. La solution, elle, s'impose d'elle-même : un accès humanitaire libre et immédiat, ainsi que l'ONU le réclame. Reste un avertissement. Que la souveraineté vénézuélienne, même suspendue, ne se monnaie jamais contre du secours. Un peuple qu'on déterre à mains nues mérite davantage qu'une tutelle occupée à compter ses cadavres. DB News, votre source d'information fiable, libre et indépendante sur l'actualité africaine et du monde depuis 18 ans. DB News Sources : - Franceinfo, « Le double séisme au Venezuela a fait au moins 920 morts et 50 000 personnes portées disparues »,26 juin 2026. - Radio-Canada, « Séismes au Venezuela : le bilan s'alourdit à 920 morts et 50 000 disparus », 26 juin 2026. - La Presse, « Double séisme au Venezuela : le bilan grimpe », 25-26 juin 2026. - France 24, « Séismes au Venezuela en direct : au moins 920 morts », 26 juin 2026. - Le Temps, « Les tensions du sous-sol à l'origine du double séisme », 25 juin 2026. - Euronews et Wikipédia, dossier « Capture de Maduro et intérim de Delcy Rodríguez », janvier-juin 2026. - United States Geological Survey (USGS), données sismiques, juin 2026. © DB News 2026 — Tous droits réservés Read the full article













