Comme le judoka Djamel Bouras, les footballeurs Christophe Dugarry et Mamadou Sakho, le tennisman Richard Gasquet, le cycliste Christopher Froome a bĂ©nĂ©ficiĂ© de lâexpertise de Pascal KintzâŠ
Chris Froome lors d'un entraĂźnement avec la Sky Ă Palma de Majorque, le 14 dĂ©cembre 2017. â Joan Llado/AP/SIPA
Sâil a participĂ© Ă la dĂ©fense dâun certain nombre de sportifs accusĂ©s de dopage, câest que Pascal Kintz a dĂ©veloppĂ© une technologie dâanalyse des cheveux.
Raconter son histoire, câest notamment replonger dans une partie de lâhistoire du dopage dans le sport français depuis une vingtaine dâannĂ©es.
Blanchi par l'Union cycliste internationale Ă quatre jours du dĂ©part du Tour de France 2018, le coureur Christopher Froome a pu compter sur une armĂ©e dâavocats et dâexperts scientifiques pour fournir ses explications. Parmi ces spĂ©cialistes, un Ă©minent docteur strasbourgeois, directeur du laboratoire de toxicologie de l'institut mĂ©dico-lĂ©gal de la ville.
Cette semaine, Pascal Kintz nâa pas souhaitĂ© prĂ©ciser Ă 20 Minutes son rĂŽle dans la dĂ©fense du cycliste britannique, mais ce professeur sâĂ©tait longuement livrĂ© sur son travail quatre mois plus tĂŽt. Raconter son histoire, câest notamment replonger dans une partie de lâhistoire du dopage dans le sport français depuis une vingtaine dâannĂ©es.
Un spécialiste des analyses plus précises des cheveux
DĂšs les annĂ©es 1990, Pascal Kintz a dĂ©veloppĂ© dans lâhexagone une technologie venue dâAllemagne : l'analyse des cheveux. « Le sang garde des traces trois ou quatre jours, alors que pour les cheveux, un centimĂštre reprĂ©sente un mois », justifie le docteur en pharmacie. A Strasbourg, depuis, la mĂ©thode est utilisĂ©e pour des gens hospitalisĂ©s et des cas mĂ©dico-lĂ©gaux.
Le docteur en pharmacie Pascal Kintz, dans son bureau du laboratoire de toxicologie de l'institut mĂ©dico-lĂ©gal de Strasbourg. â B. Poussard / 20 Minutes.
Les premiĂšres questions liĂ©es au dopage dans le sport se sont pointĂ©es un peu plus tard. Positif Ă la nandrolone, le boxeur Djamel Bouras a Ă©tĂ© un des premiers Ă frapper Ă la porte du laboratoire de toxicologie de Strasbourg en 1998 pour tenter de dĂ©montrer que son contrĂŽle Ă©tait un accident. Christophe Dugarry a fait de mĂȘme peu aprĂšs.
Une solution de défense pour les sportifs au fil des ans
La nouvelle technologie a alors commencĂ© Ă rentrer dans les mĆurs. « Lors de l'affaire Festina, les juges ont demandĂ© des analyses de sang, dâurine et de cheveux, explique Pascal Kintz. Les cheveux offrent un aspect rĂ©trospectif intĂ©ressant. LâintĂ©rĂȘt, câest de dire si ça a eu lieu une fois ou plusieurs fois. Avec ça, on a une image plus claire. »
Le spĂ©cialiste alsacien est devenu, aux yeux dâathlĂštes contrĂŽlĂ©s positifs, une solution de dĂ©fense. Et mĂȘme certains des plus chargĂ©s lâont sollicitĂ© : « Un jour, le pire toxicomane est arrivĂ© en disant quâil nâavait jamais rien pris. Avec ses rĂ©sultats, jâai vite vu quâil en prenait depuis six mois, et il a changĂ© dâattitude. » Bon courage pour se dĂ©fendre aprĂšsâŠ
Lâaffaire Richard Gasquet, ses analyses reconnues par le Tas
Parmi les grands noms, Pascal Kintz a aussi aidĂ© Richard Gasquet, arrivĂ© en dĂ©tresse et avec sa maman au lendemain dâun contrĂŽle positif Ă la cocaĂŻne en 2009. Les conclusions scientifiques du Strasbourgeois ont alors validĂ© la fameuse thĂ©orie de la contamination par un bisou. Et le Tribunal arbitral du sport (Tas) l'a blanchi. Une dĂ©cision majeure :
Avec les analyses de cheveux, je suis arrivĂ© aux mĂȘmes conclusions quâun spĂ©cialiste amĂ©ricain de la coke sur la quantitĂ© mesurĂ©e. La thĂ©orie âPamelaâ, comme on lâa appelĂ©e, a Ă©tĂ© Ă©tablie entre le tennisman et ses avocats. Et le Tas a acceptĂ© lâexcuse. Pour la premiĂšre fois, le Tas a donc inscrit lâanalyse de cheveux dans un jugement ! »
Dâautres ont repris cette thĂ©orie depuis, comme l'athlĂšte amĂ©ricain Gil Roberts, aussi contaminĂ© « Ă lâinsu de son plein grĂ© ». SollicitĂ© une fois par mois par un sportif, une fois par semaine par un cabinet dâavocats, le cabinet d'expertise privĂ© (visant Ă ne pas engager lâuniversitĂ©) de Pascal Kintz sert Ă vĂ©rifier la probabilitĂ© dâune ligne de dĂ©fense.
Mais toutes les excuses ne tiennent pas la route. « Une fois, une sportive mâa dit quâelle avait Ă©tĂ© contaminĂ©e par une substance lors dâune fellation, livre le docteur. Devant les rĂ©sultats, je vois vite sâils tentent de mâenfumer ou si leurs excuses sont bordelines. De toute façon, le sportif a son rĂ©sultat anormal et il sâen explique avec ses avocats. »
Dans la bibliothĂšque du docteur en pharmacie Pascal Kintz, dans son bureau du laboratoire de toxicologie de l'institut mĂ©dico-lĂ©gal de Strasbourg. â B. Poussard / 20 Minutes.
Dâautres excuses totalement bidons et aussi des animaux
Mais ses analyses ne servent pas quâĂ la dĂ©fense de cas de dopage humain, mais aussi⊠animal, avec des poils de chevaux, lĂ©vriers ou dromadaires (de course) contrĂŽlĂ©s positifs. SollicitĂ© frĂ©quemment par de gros cabinets amĂ©ricains ou anglo-saxons, le professeur strasbourgeois fait mĂȘme parfois lâaller-retour Ă New York pour la journĂ©e.
Si son analyse (au coĂ»t de 600 Ă 5.000 euros) nâest pas forcĂ©ment rĂ©servĂ©e aux plus gros sportifs contrĂŽlĂ©s, les Ă©quipes dâavocats (jusquâĂ 200.000 euros pour une procĂ©dure), si. « Pour moi, cette activitĂ© est excitante, elle permet dâavancer, estime Pascal Kintz. Et ce que jâutilise en dopage, je peux aussi lâutiliser ensuite pour mes malades. »
Les recherches encore menĂ©es par son laboratoire sur les cheveux profitent ainsi Ă des patients de lâhĂŽpital et Ă la justice (aprĂšs des autopsies). Quand il nâintervient pas au Tribunal arbitral du sport, le docteur alsacien parle aussi devant des cours dâassises. « Pour cela, je nâai aucun intĂ©rĂȘt Ă perdre en crĂ©dibilitĂ© avec le dopage », prĂ©cise-t-il.
Le docteur en pharmacie Pascal Kintz, ici dans son bureau du laboratoire de toxicologie de l'institut mĂ©dico-lĂ©gal de Strasbourg, a notamment dĂ©fendu Christopher Froome grĂące Ă ses analyses de cheveux. â B. Poussard / 20 Minutes.
Mais pourquoi ne pas aider la lutte anti-dopage ?
ConsidĂ©rĂ© comme une pointure mondiale, pourquoi nâest-il donc pas impliquĂ© dans la lutte anti-dopage ? Il faut dire quâavec ce monde, les relations se sont compliquĂ©es au fil des cas dĂ©fendus. Mais il a Ă©tĂ© nommĂ© directeur du laboratoire de ChĂątenay-Malabry en 2015 par l'Agence française de lutte anti-dopage. Pour finalement dĂ©missionnerâŠ
Choisi aprĂšs avoir entendu quâon ne voulait pas de lui, Pascal Kintz a renoncĂ© dans un contexte compliquĂ©. Son projet prĂ©voyait dâintĂ©grer les analyses de cheveux, des travaux de recherches en collaboration avec une universitĂ© ainsi quâune synergie avec la mĂ©decine lĂ©gale. Trois ans aprĂšs, le laboratoire anti-dopage est suspendu aprĂšs des Ă©chantillons contaminĂ©s. Et Christopher Froome, lui, va prendre le dĂ©part du Tour.
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