Petite analyse de plumard (ouais j'ai arrêté les comptoirs), un peu à l'emporte-pièce, à partager (ou pas) aux camarades et orgas de gauche si vous l'estimez nécessaire.
Deux liens vers la presse bourgeoise à propos de ce que je vais développer ci-après.
https://www.objectifgard.com/faits-divers/nimes-apres-la-manifestation-contre-la-police-une-etudiante-interpellee-115954.php
https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/besancon/un-flic-une-balle-la-jeune-femme-qui-portait-la-pancarte-lors-d-une-manifestation-a-besancon-dit-n-avoir-pas-voulu-appeler-au-meurtre-de-policiers-2846324.html
Bon. Que retenir de tout ça ?
Même si perso, j'ai toujours été irritée par ce genre de slogans appelant au meurtre (même de policiers) et que de toute façon on ne mettra jamais en application (on en est encore au stade ou la majorité des militant•e•s acceptent de parler voire reconnaissent les faits en garde-à-vue), j'apporte évidemment tout mon soutien aux personnes interpellées et prends acte de ce nouveau tournant sécuritaire : aujourd'hui, à Nîmes comme à Besançon, pour un slogan, il peut y avoir enquête, identification, arrestation et poursuites.
Les syndicats policiers et les médias de droite sont manifestement à fleur de peau depuis les émeutes de fin juin/début juillet. Comme toujours, ils peuvent compter sur le soutien de la droite, de la Macronie et du PCF. Mais ils sont au taquet.
Deux hypothèses (l'une n'excluant pas l'autre) :
1. Les policiers factieux profitent des événements et de la complaisance politique et médiatique pour se renforcer encore un peu (et ça craint).
2. La peur que les événements du début de l'été ne se reproduise est présente. On peut se réjouir qu'un rapport de force implicite et tacite mette les flics en émoi. On peut aussi craindre le risque de basculement dans la guerre civile à tout moment. N'oublions pas que les fachos se sont bien entrainés cet été et que la justice a montré à plusieurs reprises une certaines complaisance (pour ne pas dire complicité) quant à leurs "dérapages" récents.
N'oublions pas non plus que nous ne pouvons pas gagner la bataille de la guérilla urbaine car ils ont les armes et l'appareil judiciaire et carcéral derrière eux alors que nous avons à peine les connaissances basiques pour se mettre du serum phy dans l'œil (désolée, constat effectué en début d'été, autant auprès des jeunes de quartier que des militant•e•s "rôdé•e•s").
Au moment où l'appareil médiatique fait exploser l'union de la gauche institutionnelle, on voit les syndicats, élus, associations, etc, sommés de "condamner" ces slogans. Cette méthode, déjà très en vogue pendant la réforme des retraites ("est-ce que vous condamnez les violences ?") est un de nos pires ennemis. Rentrer dans ce jeu, c'est cautionner la division de la gauche et de l'extrême-gauche, renforcer la fracture entre les jeunes et les syndicats et surtout, c'est lâcher, une fois de plus, les personnes racisées, les personnes des quartiers et les familles des victimes. Et j'invite tout à chacun à porter ces discussions dans son orga, politique ou syndicale.
Alors oui, je le répète, dans la période actuelle, appeler à tuer des flics n'est ni stratégique ni pertinent, et la recherche d'expression de la radicalité politique face aux violences policières doit trouver d'autres méthodes. Mais si nous nous laissons diviser comme a été divisée la NUPES, nous sommes réduit•e•s à l'impuissance politique totale.
Des pistes pour avancer : se former à la question des violences policières, à leur contexte et leurs origines socio-ethniques, à la connaissance des armes de la police, aux premiers soins en manifs mais aussi à comment réagir, individuellement et collectivement, face à la répression judiciaire (du contrôle d'identité à la prison) semble nécessaire et urgent.
Cela peut se mettre en place sous diverses formes : en invitant et visibilisant les collectifs et personnes qui ont fait un travail sur les violences policières et/ou la répression, en organisant des projections, des ateliers, des discussions, des formations, au sein de nos organisations, formelles ou informelles, ou pas.
Le futur craint. Préparons-nous au pire.
Sofia, le 27 septembre 2023