J’dors pas, ça fait que j’t’écris. À toi, à tout le monde, à personne. Ça n’a pas vraiment d’importance, aucune incidence; j’dors pas de toute façon. Ça fait que si tu lis ou pas, j’dormirai pas moins, pas plus non plus. J’te préviens tout de suite. Ça risque de faire aucun sens. J’t’invite dans ma tête : dépressive et anxieuse donc insomniaque. Ça t’fait un cocktail le fun, mais pas l’fun du tout. L’fun dans le genre divertissant. Pi le divertissement c’est pas toujours agréable. Ça dépend juste dans quelles godasses que t’es.
Mes godasses sont inconfortables présentement. Même nue pied. J’suis comme dans des talons aiguille trop p’tit, ou des converses avec une criss de roche dedans. Ça me ralenti, mais ça m’arrête pu. Parce que j’me suis arrêtée plein de fois. J’ai même reculé avant le point de départ. J’sais pas trop comment j’y suis parvenue, mais j’ai réussi à faire ça. Pi je sais pas trop où j’suis rendue non plus. Mais ça change pas que j’dors pas. Mais j’pleure. Ça, oui, j’pleure. Mais je sais pu trop pourquoi. C’est comme rendu une habitude; j’sais pu comment fermer la valve. Mais j’avance dans mon désert d’incompréhension les yeux plein d’eau. Ça m’fait voir des mirages. Pi les mirages me font avancer plus vite. Quand j’arrive, on dirait juste un trou sans fond, pi ça doit être comme ça que j’retourne avant le point de départ.
Passez GO, ne réclamez pas 200$ et allez directement en prison. J’hais ça l’asti de Monopoly. En jeu, mais surtout en dépression. Parce qu’il suffit pas de juste passer son tour, ou d’avoir roulé le bon coup de dé pour sortir. C’t’une prison pas de porte. Pour sortir, ça prend un miracle et de la force inhumaine pour réussir à séparer les barreaux afin de se glisser au travers. Même si tu y parviens, tu rentres dans un mur rendu de l’autre bord. En prison y a pas juste des cellules aux barreaux d’acier, y a des criss de murs aussi. Les murs que j’ai moi-même bâtis. J’ai perdu le plan, j’sais pu comment les défaire.
Ouais, j’te l’dis. J’suis en dépression. C’est weird, hein, lire ça d’même, sans avertissement, rien? À frette, à sec, pas de lubrifiant, pas de bave. Ouais, on en parle pas assez justement. Parce que c’est une vraie maladie. Pi j’te jure que c’est incapacitant. Mets un p’tit side d’anxiété ça donne de quoi de pas pire, de divertissant. Parce que dans ma tête, il s’en passe des affaires. Mais ça m’fait pu peur. J’suis rendue du même bord que mes démons. J’suis pas encore convaincue que c’est une bonne nouvelle. Tu vas me voir souriante pi m’émerveiller devant des niaiseries desfois, mais j’te jure, ma tête est en train d’me tuer.
Mais j’te comprend de pas comprendre. Parce que j’en suis à mon premier épisode diagnostiqué, mais clairement pas le vrai premier. Pi là j’suis en rechute. Genre, je gérais, j’pensais que j’gérais, mais finalement j’gère pas pentoute. Pi la rechute ressemble pas tant au début. C’est là, avant le point de départ. Juste avant là où l’monde arrête pi ça tombe dans l’néant en Saskatchewan. J’ai pas de point de repère, j’sais juste que j’feel comme d’la marde, mais pas la même marde que la dernière fois. Juste d’l’asti d’marde. T’imagines, si mes épisodes sont si différents, comment c’est différent d’une personne à l’autre. Fac quand tu me dis que tu comprends, permet-moi d’te dire fuck you. Tu comprends pas. Ton yoga, ta concentration sur la respiration, tes conseils de personne qui l’a jamais vécu : sérieusement, ta yeule. S’il-te-plait, ta yeule.
J’le sais que faire du sport ça fait du bien : je cours en criss dans ma tête, pi le vrai sport que j’fais, c’est la seule chose qui me tente encore, qui me fait sourire. En faire plus? Non. J’peux pas. J’ai jamais été la plus sportive. C’est pas quand j’me bat le matin pour sortir de mon lit que je vais me donner des objectifs d’athlète olympique. Ta yeule.
Le yoga? J’ai d’la misère à toucher mes orteils sans rester barrer pi voir des étoiles. Tu penses que ce serait la chose la plus motivante à faire, pas être capable de le faire? J’vis mal avec l’échec en général, encore plus dans l’état psychologique instable dans lequel je suis. Je médite pour m’endormir, pi j’reste pas endormi. Sérieux, ta yeule.
« Bin voyons, t’as rien à te plaindre! Prend sur toé, fille. » Il n’y a rien de pire que de se sentir comme un tas de caca quand tu te dis que t’as tout pour être heureux. BUT YET, j’me sens tout croche quand même. À remettre en question toutes les décisions que j’ai prises, à questionner mon identité. Ça beau avoir l’air de toute bien aller, mais ça sert à rien quand tu sais même pas qui tu es. Y a rien de plus stressant que de t’expliquer ce que je comprends même pas. Ta yeule, pour vrai.
J’le sais qu’il faut penser positif. Mais quand je pars dans ma tête, dans mon tourbillon de questions impertinentes et de remises en question destructrices, y a rien qui peut l’arrêter. Quand je réalise que je pars, parce que oui je fais tout ça consciemment, il est déjà trop tard. Les idées positives n’ont aucun pouvoir sur la force du négatif, elles n’ont aucun attrait. Sincèrement, ta yeule.
Fac la fille que tu vois brailler dans le traffic sur la Dame, la face étampée dans le volant, sur les quatre flashers, c’est moé. La fille que tu vois avec ses lunettes soleil pour cacher ses yeux bouffis ou ses cernes de pas de sommeil au Tim, c’est moé. Mais tu pourrais aussi m’voir n’importe où sans savoir que ça va pas. Parce que j’suis capable de prendre sur moé pour te faire croire que c’est pas si pire, que j’prends du mieux. Que c’est juste une mauvaise passe, comme on vit tous, tu le dis si bien. Ça me fait vraiment du bien de te dire : Ta yeule.
Desfois j’ai besoin que tu me criss la paix, j’ai besoin de ma solitude, de mon sanglot qui m’étrangle, des larmes qui brule ma peau sur tout leur parcours, des assiettes qui se brise dans mes élans de colères. Ça m’fait peur d’être toute seule, mais je ne te l’avouerai jamais. Parce qu’aussi dure que ça peut être à croire, ces crises-là me font du bien. Ça enlève un peu de pression. Comme une soupape de sureté. Faire sortir les idées noires avant qu’elles ne s’encrent trop profondément. J’ai peur de recommencer à m’en prendre à moi, avec mes comportements destructeurs. J’ai peur de retomber sous le charme des pointes scintillantes. J’ai peur de trop écouter mes démons. J’ai peur de me faire destituer de mon poste de présidente du C.A. par ces esti-là.
Mais y a aussi desfois où j’ai besoin d’une épaule pour me poser la tête; pour les moments où ça tourne trop vite, que ça m’donne la nausée, que j’arrive pu à me tenir debout. J’ai besoin de bras qui me serre fort; si fort que ça recolle un peu les morceaux qui veulent s’échapper, les boutes de bonheur qui me restent. J’ai besoin d’une paire de yeux qui me regarde; des yeux qui ont confiance en moi pi qui m’trouvent dont belle. J’ai besoin d’un sourire sincère; pour que ça me redonne le mien l’espace d’un moment. J’ai besoin d’une présence; quelqu’un avec qui j’suis pas obligée de garder toute ça en-dedans. Pi ça, c’est personne. Tu vas perdre l’équilibre, j’vais t’amener dans mon tourbillon dépressif anxieux. J’me sens comme un fardeau tous les jours de ma vie, tout l’temps avec la boule de stress dans les tripes, un tas de pierre sur le cœur pi le souffle court. Vas-t-en avant qu’il ne soit trop tard. J’veux pas être un fardeau pour les autres, j’le suis bien assez pour moi. J’ai tendance à m’emporter trop vite, à penser à demain au lieu de maintenant, à tomber amoureuse de l’amour. Tu vas me briser le cœur, j’vais avoir envie de te briser la face. Sérieusement, penses-y même pas, vas-t-en. Si le défi te tente et que tu échoues, ne me supplie jamais de revenir. Parce que quand j’aurai passé la tempête sans toi, j’serai pu là. Parce que la tempête va revenir, elle revient toujours. Et l’abandon quand tu vois l’ouragan s’en venir, ça t’enlève l’énergie que t’as besoin pour te mettre à l’abri. Vas-t-en, tu peux pas survivre aux tempêtes. Parce que tout le monde fini par partir de toute façon. Un jour, tu me verras de la même façon que j’me vois.
Anxieuse, insécure, selfconcious, dépressive. Tu sais, je sais que j’suis malade. Je travaille fort, t’as pas idée, peut-être un peu. J’suis désolée d’être aussi fucked up.