Un rĂ©giment sort dans la cour. Il se dĂ©place au pas militaire, le son des bottes rĂ©sonne sur les fortifications de pierre. Une fois au centre, ils sâarrĂȘtent, se tournent vers la face nord. Ils forment une ligne droite, tous alignĂ©s comme les maillons dâune chaine, carabine Ă la main et regard de bĂ©ton. Ces hommes sont des machines.
Sortent les prisonniers. Des jeune adultes, dissidents du rĂ©gime, quelques vieillards, tous attachĂ©s Ă la mĂȘme chaine, lâun Ă lâautre, Ă la queue leu leu, les yeux bandĂ©s dâun tissu noir. Lâun dâentre eux siffle, un autre autre chuchote des mots inaudibles, promĂšne sa main restreinte sur sa poitrine, y dessine de son mouvement la trinitĂ©. Un soldat les guide jusqu'au mur, donne lâordre de se faire face Ă lâescouade. Les prisonniers sont dĂ©sorientĂ©s, ne savent plus vers oĂč se tourner.
Le soldat passe devant eux, dĂ©fait un Ă un le tissu qui leur recouvre les yeux. Un des prisonniers tente un geste brusque, le soldat lâassomme, lui crache au visage. Quelques rires, difficile de dire de quel camp la chose provient.
Le capitaine dâescouade donne les ordres. Le bruit des chargeurs qui rencontrent les fusils dâassaut, le contact des mĂ©taux, des ressort qui sâenclenchent. Tous sont parĂ©s.
Les prisonniers regardent tous par terre, sauf un. Il y a dans la cour un prisonnier qui regarde plutÎt le ciel, le mouvement des nuages dans ce ciel partiellement dégagé. Combien de secondes peut-on fixer le soleil avant que cela devienne intenable ?
Les armes font feu, les prisonniers tombent comme des brindilles au vent. Sur le mur, quinze tĂąches de sang se succĂšdent Ă distances Ă©gales. Â