à quoi ressemblerait la France en 2022, si les réformes pertinentes avaient été menées sans faiblir ? Forcément subjective, voici la vision à laquelle je crois profondément.
Ce matin, jâai pris le train pour aller visiter la nouvelle usine de mon groupe Ă ChĂąteau Renault. Câest une grande fiertĂ©. Un bĂątiment ultra-moderne et flambant neuf qui vient complĂ©ter celui existant depuis plus de 30 ans. Câest la sixiĂšme usine du groupe : 200 emplois en plus, inaugurĂ©e voilĂ 1 an tout juste.
Les simplifications administratives, fiscales et sociales, combinĂ©es aux baisses de prĂ©lĂšvements obligatoires nous avaient redonnĂ© des marges dĂšs 2017. Cela nous a permis de continuer Ă investir, dâaccĂ©lĂ©rer la formation des salariĂ©s, dâĂȘtre plus agiles, de monter en gamme et, au final, de gagner des parts de marchĂ© partout dans le monde. Les rĂ©formes du code du travail ont simplifiĂ© le droit social existant, retirĂ© des contraintes et facilitĂ© le dialogue avec les salariĂ©s. En plus, le gouvernement a tenu un cap cohĂ©rent, lisible, ramenant petit Ă petit la confiance dans le pays. Tout cela nous a convaincu de lancer lâinvestissement nĂ©cessaire pour une nouvelle usine en France. MĂȘme nos partenaires Ă©trangers ont trouvĂ© ce choix logique â plus personne nâest venu nous faire du « french bashing » : des salariĂ©s formĂ©s et motivĂ©s, des compĂ©tences nombreuses et de haut niveau, une administration exigeante mais aidante, une cohĂ©rence dâaction dans la durĂ©e de la part de notre gouvernement, un environnement rĂ©glementaire et lĂ©gislatif drastiquement simplifiĂ©, des relations continues avec les Ă©lus locaux qui se traduisent par des baisses de la pression fiscale locale et une meilleure gestion⊠Au final, la confiance des forces vives est revenue, notre image internationale a profondĂ©ment changĂ©, notre croissance est repartie. La France est devenue depuis quelques annĂ©es lâeldorado de lâesprit dâentreprise, et ça se sent.
En arrivant sur place, jâai rendez-vous avec les reprĂ©sentants des salariĂ©s pour dĂ©finir un plan de formation et une rĂ©forme de la participation. Je veux introduire de nouveaux robots pilotĂ©s par intelligence artificielle. Ils devraient nous permettre d'amĂ©liorer encore notre productivitĂ© et notre qualitĂ©. Les salariĂ©s sont un peu inquiets â ils ne veulent pas se faire dĂ©passer par la technologie. Je sais que la discussion sera comme Ă chaque fois tonique et de trĂšs bon niveau car, depuis la rĂ©forme des instances reprĂ©sentatives des salariĂ©s, on a moins dâinterlocuteurs mais ils sont trĂšs bien formĂ©s, plus pertinents et donc plus pugnaces. Je mâaccroche rĂ©guliĂšrement avec le reprĂ©sentant syndical. Il est coriace et travaille ses dossiers. Je me suis dit que, quand il finirait son mandat syndical, je lui proposerais bien d'encadrer certaines Ă©quipes commerciales. Il en a la capacitĂ©. Il sâest vĂ©ritablement rĂ©vĂ©lĂ© dans son mandat. Lâautre sujet va ĂȘtre la participation. Partager mieux la valeur créée, entre actionnaires, salariĂ©s, dirigeants, voilĂ un sujet de dĂ©bats sans fin. Depuis la rĂ©forme fiscale sur les plus-values et le renforcement des outils dâintĂ©ressements, les discussions se passent mieux car personne ne se sent lĂ©sĂ©. Transparence, Ă©thique et exemplaritĂ©, voilĂ comment la grande majoritĂ© des chefs dâentreprise gĂšrent dĂ©sormais ces sujets, y compris leurs propres revenus.
Ă la voiture-bar du train, un commerçant de Nevers mâinterpelle. Il tient Ă mâexpliquer comment il a participĂ© Ă la revitalisation de son centre-ville. Initialement il Ă©tait dans la vente de vĂȘtements et dâarticles sportifs. Un commerce vouĂ© Ă la fermeture comme beaucoup de ses collĂšgues sâil nâavait pas pu Ă©voluer et sâadapter rapidement. En changeant ses horaires, en Ă©tant actif sur internet et surtout en proposant de nouveaux services. Il sâest Ă©galement associĂ© avec de nouveaux entrepreneurs qui ont des idĂ©es de commerces complĂ©mentaires, et ils veulent travailler en symbiose. Vins bios, spĂ©cialitĂ©s de la rĂ©gion, librairie et jeux⊠Il parle avec passion de son projet, de sa ville, des atouts quâil y voit. Il veut travailler avec la mairie pour dĂ©velopper le tourisme, attirer de nouvelles compĂ©tences. Il a aussi rencontrĂ© ses amis entrepreneurs du bĂątiment pour relancer lâurbanisme, me parle de bĂątir au milieu de la maison de retraite un CFA pour les mĂ©tiers de la restauration pour recrĂ©er du lien social. Une super idĂ©e qui a dĂ©jĂ fait ses preuves. Il fourmille de projets et dâenvies.
Juste Ă cĂŽtĂ© de nous, une boulangĂšre se joint Ă notre conversation. Elle a une boulangerie industrielle bio et propose ses pains partout dans la rĂ©gion Auvergne RhĂŽne-Alpes. Elle est heureuse et surtout fiĂšre de ses 5 salariĂ©s, dont 2 compagnons, et de ses 3 apprentis. Les jeunes ont retrouvĂ© le goĂ»t des mĂ©tiers techniques me dit-elle. Ils adorent de ce quâils font. Parfois, les plus vieux ressortent leurs vieux clichĂ©s : voies de garage, mĂ©tiers pĂ©nibles⊠Et elle les entend leur rĂ©pondre : Ă©panouissement, plaisir du travail bien fait, contacts avec les clients ! Ils savent parfaitement que leurs mĂ©tiers vont Ă©voluer et cela leur va trĂšs bien. Ils devront se former tout au long de leur vie et ils y sont prĂȘts. « Il nây a pas de fatalitĂ© Ă la dĂ©sertification de nos campagnes » me dit-elle. Sur ses trois apprentis, un est un jeune migrant isolĂ©. Notre boulangĂšre Ă©tait sceptique au dĂ©part, mais la greffe prend. « Il sait pourquoi il est là » me dit-elle. Elle poursuit en me disant quâelle souhaite maintenant se dĂ©velopper Ă lâinternational, car selon elle le pain français a une superbe cote dans le monde. Elle me demande conseil. Je lui rĂ©ponds : « Commencez par la zone euro : câest la mĂȘme monnaie, vous nâavez pas de rĂ©glementation trop diffĂ©rente, on peut le faire assez simplement ».
On Ă©change librement. Notre ami commerçant me parle de ses trois salariĂ©s, dont lâun nâĂ©tait pas fait pour le mĂ©tier, mais nâavait trouvĂ© que ce travail de vendeur. Il est fier de lâavoir poussĂ© Ă se reconvertir en se formant. Je demande ce quâil fait maintenant. « Webmaster, il en avait toujours rĂȘvĂ© et il travaille dĂ©sormais Ă distance de chez lui ». Je demande sâil a créé son entreprise. « Non, non, il est toujours salariĂ©, son entreprise est basĂ©e Ă Lyon, mais ils acceptent quâil travaille de chez lui 4 jours par semaine. Maintenant, il sâĂ©panouit ». Il mâexplique que, grĂące au compte personnel de formation, les salariĂ©s sont responsables de leur stratĂ©gie de formation. Il faut les accompagner et les inciter Ă changer, mais ça permet Ă des gens de quitter des mĂ©tiers qui leur dĂ©plaisent. « Bon, câest quand mĂȘme pas facile, et il faut faire des efforts. » conclut-il.
On entre en gare. Je reçois un SMS de mon « chauffeur privĂ© ». Les taxis Ă©taient tous pris. C'est une femme dâune cinquantaine dâannĂ©es. Jâengage la conversation. Elle me dit quâelle Ă©tait en « transition professionnelle » comme on dit. Mais quâelle nâa pas retrouvĂ© un emploi salariĂ© qui lâintĂ©resse. Alors, elle sâest mise Ă son compte. Et finalement, Ă sa grande surprise, elle aime bien ce mĂ©tier. Elle parle avec les passagers, elle peut choisir ses horaires. Câest flexible. Elle qui pensait ne pas savoir faire quelque chose en dehors du salariat, avoir besoin dâinstructions prĂ©cises, elle dĂ©couvre lâintĂ©rĂȘt dâĂȘtre Ă son compte. Elle dĂ©couvre aussi le stress qui va avec quand le chiffre dâaffaires ne rentre pas, et ça, câest plus dur Ă vivre. Mais au final, ça lui plait. Elle regrette de nâavoir pas pu passer les concours administratifs pour devenir infirmiĂšre. Le mĂ©tier lâintĂ©ressait, mais sa belle-sĆur, qui est infirmiĂšre, lâavait dĂ©couragĂ©e : pas de reconnaissance, pas de management, pas dâintĂ©rĂȘt aux missions. Depuis la rĂ©forme, lâintroduction dâoutils de management, dâexcellence opĂ©rationnelle, de dĂ©cloisonnement de la fonction publique, les choses ont heureusement changĂ©es. Le travail a retrouvĂ© de son intĂ©rĂȘt et sa belle-sĆur « sâĂ©clate ». Câest toujours dur, mais elle est redevenue fiĂšre de son mĂ©tier et a le sentiment dâĂȘtre enfin Ă©coutĂ©e et prise en compte. « Câest mieux pour nos discussions familiales. » conclut ma conductrice en arrivant.
Cette vision de la France en 2022 est possible. Elle peut mĂȘme ĂȘtre rĂ©elle si nous acceptons de faire les efforts nĂ©cessaires et de dĂ©passer nos postures. Câest ce dont je suis intimement persuadĂ© comme chef dâentreprise. Mais pour cela, il ne faut pas se tromper sur les rĂ©formes Ă mener, ne pas tourner le dos Ă lâeuro et Ă lâEurope, faire de lâentreprise et de lâenvie dâentreprendre le moteur de nos politiques Ă©conomiques, simplifier et baisser les prĂ©lĂšvements, mettre en Ćuvre un management moderne tant dans les entreprises que dans la sphĂšre publique, pour la motivation et l'Ă©panouissement de tous au travail. Et surtout remettre l'entreprise et l'esprit l'entreprise au centre du village, de chaque village.
Nous pouvons le faire. Jâen suis persuadĂ©.