InterrogĂ© sur i-TĂ©lĂ©, Martin Schulz a accusĂ© le parti dâextrĂȘme droite de pointer des « boucs Ă©missaires » sans apporter de « propositions concrĂštes ».
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InterrogĂ© sur i-TĂ©lĂ©, Martin Schulz a accusĂ© le parti dâextrĂȘme droite de pointer des « boucs Ă©missaires » sans apporter de « propositions concrĂštes ».

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« La âloi travailâ ne rĂ©duira pas le chĂŽmage »
Article du Monde publié il y a quelques jours
Par un collectif dâĂ©conomistes, dont Thomas Piketty, directeur dâĂ©tudes Ă lâEHESS.
Le dĂ©bat sur la loi El Khomri a focalisĂ© lâattention sur les coĂ»ts de licenciement, proposant une rĂ©forme en profondeur des prudâhommes. Priver un travailleur de la protection dâun juge et y substituer un barĂšme nâest pas anodin. Câest le rapport de lâemployĂ© Ă lâemployeur qui en est profondĂ©ment affectĂ©. Câest sans doute pour cette raison que 70 % des Français â de droite et de gauche â y sont opposĂ©s. Lâopinion publique nâa certes pas forcĂ©ment raison, et il y a place pour un dĂ©bat raisonnĂ©, sans a priori. Câest celui que nous proposons dans ce texte.
Le chĂŽmage a augmentĂ© du fait de la crise et de la politique macroĂ©conomique qui lâa accompagnĂ©e. En 2007, le taux de chĂŽmage français Ă©tait de 7 %. La crise lâa propulsĂ© Ă 10 %. En 2011-2012, une lĂ©gĂšre reprise Ă©conomique semblait se dessiner. Suivit en France une politique de redressement budgĂ©taire visant Ă ramener le dĂ©ficit sous la barre des 3 % : de 2013 Ă 2015, la croissance moyenne sâest Ă©tablie Ă 0,4 %. Il ne faut pas chercher plus loin la cause de la hausse du chĂŽmage.
Câest la conduite de la politique macroĂ©conomique, et en lâoccurrence la tentative de rĂ©duire beaucoup trop vite le dĂ©ficit budgĂ©taire, qui explique le niveau actuel du chĂŽmage, relativement en tout cas Ă celui de 2007. Parmi les rĂ©formes qui ont Ă©tĂ© engagĂ©es, sur les horaires dâouverture des magasins, les lignes dâautocars, le marchĂ© du travail, certaines peuvent ĂȘtre utiles, dâautres moins.
Ce qui est certain, câest que ces questions ne sont pas liĂ©es Ă lâaggravation du chĂŽmage ces derniĂšres annĂ©es. Il serait plus facile de dĂ©battre de ces rĂ©formes si le gouvernement commençait par reconnaĂźtre ses erreurs et par lancer une vĂ©ritable renĂ©gociation du traitĂ© budgĂ©taire europĂ©en de 2012.
Les coĂ»ts de licenciement, selon la littĂ©rature macro et microĂ©conomĂ©triques, ne sont pas un facteur majeur du chĂŽmage. La littĂ©rature Ă©conomique est extrĂȘmement prolixe sur le sujet. Il faut toutefois distinguer les raisonnements Ă base de modĂšles et ceux Ă base de donnĂ©es. Les modĂšles aident lâĂ©conomiste Ă forger des expĂ©riences de pensĂ©e. Ils peuvent ĂȘtre trĂšs utiles.
Mais lâarbitre dâun dĂ©bat, câest le test empirique. Et, dans lâĂ©tat actuel des connaissances, rien ne permet dâassĂ©ner, comme cela a pourtant Ă©tĂ© fait par un certain nombre de nos collĂšgues dans une tribune rĂ©cente â voir « La loi sur le travail peut-elle relancer lâĂ©conomie ? », Le Monde du 5 mars â, quâune baisse des coĂ»ts de licenciement permettrait de rĂ©duire le chĂŽmage en France.
Les coûts de licenciement conduisent à gérer dans la durée
Citons une Ă©tude rĂ©capitulative de nombre de travaux en ce domaine, rĂ©alisĂ©e par Giuseppe Bertola, auteur du rapport Ă lâOrganisation du travail en 2009 : « Dâun point de vue empirique, il nây a aucune preuve convaincante dâune relation entre la protection de lâemploi et le chĂŽmage. Il y a en revanche des preuves nettes que la protection de lâemploi rĂ©duit la rĂ©activitĂ© de lâemploi aux chocs affectant la demande de travail ou les salaires. » Les protections contre le licenciement conduisent Ă amortir les chocs, Ă la hausse comme Ă la baisse.
LâĂ©crasante majoritĂ© des Ă©tudes macro ou microĂ©conomiques confirment ce point. LâOCDE, quâon ne peut accuser de vouloir masquer les causes « structurelles » du chĂŽmage, le souligne dans le rapport Bassanini et Duval de 2006 : « En accord avec un grand nombre dâĂ©tudes antĂ©rieures, nous ne trouvons aucun impact significatif des mesures de protection de lâemploi sur le chĂŽmage. » Cette conclusion est rĂ©affirmĂ©e dans le rapport « Les perspectives de lâemploi » de 2013.
Le mĂ©canisme Ă lâĆuvre est simple. Les coĂ»ts de licenciement conduisent les entreprises Ă gĂ©rer dans la durĂ©e la main-dâĆuvre : moins de licenciements en pĂ©riode de crise, moins dâembauches en pĂ©riode de booms. La crise française a ainsi Ă©tĂ© Ă©tonnamment peu destructrice dâemploi : selon certaines estimations de lâOFCE, la France aurait dĂ» compter 200 000 chĂŽmeurs de plus, compte tenu de la sĂ©vĂ©ritĂ© du ralentissement Ă©conomique.
Le cas de lâAllemagne est particuliĂšrement Ă©clairant : la protection de lâemploi en CDI y est plus forte quâen France, toujours selon lâOCDE, et cela nâempĂȘche pas la performance Ă©conomique, bien au contraire. Les entreprises allemandes ont relativement peu licenciĂ© pendant la crise, ce qui leur a permis de conserver les qualifications et les investissements individuels nĂ©cessaires pour la reprise.
PlutĂŽt que de vouloir copier la rĂ©forme des CDI menĂ©e en Espagne, pays dont la performance en termes de chĂŽmage est particuliĂšrement mauvaise, il serait plus pertinent de regarder de prĂšs ce qui se passe outre-Rhin, en acceptant lâidĂ©e quâil existe plusieurs façons de rĂ©guler le capitalisme, et que le modĂšle anglo-saxon de salariĂ© jetable nâest pas le seul possible.
Un mal plus profond que le contrat
DerriĂšre les statistiques du chĂŽmage agrĂ©gĂ©, il y a Ă©videmment une autre rĂ©alitĂ©, celle de la segmentation du marchĂ© du travail, concernant notamment le chĂŽmage des jeunes et des non-qualifiĂ©s. LâidĂ©e selon laquelle il y aurait une spĂ©cificitĂ© strictement française est vite rĂ©futĂ©e en comparant la situation française et amĂ©ricaine. Les chiffres sont identiques pour les non-qualifiĂ©s, dont le taux de chĂŽmage dans les deux pays est 1,5 fois supĂ©rieur Ă la moyenne.
Concernant les jeunes, les Français travaillent moins que leurs homologues amĂ©ricains. Mais, comme chacun sait, un bon nombre de ces derniers sont des Ă©tudiants qui doivent payer leurs Ă©tudes. Si lâon sâintĂ©resse aux jeunes qui ne sont ni en Ă©tudes ni en emploi, les chiffres français et amĂ©ricains redeviennent quasiment identiques, autour de 15 % des 15-29 ans dans les deux cas â mais cependant bien en deçà des 24 % observĂ©s en Espagne. Le mal est donc plus profond que le contrat de travail.
La France est certes une grosse consommatrice de CDD pour lâembauche de nouveaux travailleurs. Le CDD crĂ©e des effets pervers, car une entreprise prĂ©fĂ©rera remplacer un CDD par un autre plutĂŽt que dâembaucher un CDI. Pour autant, la masse des CDD est stable depuis vingt ans, comprise entre 8 et 9 % de lâemploi total.
Le problĂšme central est que leur durĂ©e de vie est extrĂȘmement courte : 70 % des embauches en CDD se font pour moins dâun mois ! Il est difficile de penser quâun CDI allĂ©gĂ© changerait radicalement la donne. Il serait plus pertinent de restreindre drastiquement lâusage des CDD aux cas oĂč ils se justifient vraiment â remplacement dâun salariĂ© en congĂ©, emploi vĂ©ritablement temporaire, etc. Un systĂšme de bonus-malus peut ĂȘtre utile mais ne suffit pas.
Renforcer la légitimité des syndicats
Certains Ă©lĂ©ments de la loi El Khomri vont dans le bon sens, comme par exemple le compte personnel dâactivitĂ© (CPA). Le fait de lâavoir sĂ©parĂ©e de la rĂ©forme de lâUnedic â dont on a laissĂ© entendre quâelle pourrait donner lieu Ă la dĂ©gressivitĂ© des allocations â la vide toutefois de lâun de ses objectifs qui est de garantir aux chĂŽmeurs un ensemble de droits en matiĂšre de formation et de revenus.
Concernant le dialogue social, la mesure essentielle devrait viser Ă renforcer la lĂ©gitimitĂ© des syndicats pour dĂ©boucher sur une vĂ©ritable dĂ©mocratie sociale, avec notamment une meilleure reprĂ©sentation des salariĂ©s au sein des conseils dâadministration, comme cela se fait lĂ encore en Allemagne avec succĂšs â 50 % des siĂšges, contre 10 % en France. La mise en place du chĂšque syndical irait dans ce sens, en permettant aussi de mener une grande rĂ©forme de la formation professionnelle. Les procĂ©dures de licenciement peuvent certainement ĂȘtre amĂ©liorĂ©es : les dĂ©lais devraient ĂȘtre raccourcis, en augmentant les moyens qui leur sont affectĂ©s. Il serait bon aussi que les statistiques concernant les cas passĂ©s soient publiĂ©es, de maniĂšre Ă favoriser un accord au sein de lâentreprise.
Une politique effective de lutte contre le chĂŽmage durable ne peut se rĂ©sumer Ă quelques slogans. Elle exige un travail de longue haleine, Ă base de politiques actives Ă mener en direction des personnes vulnĂ©rables, dans le domaine de la formation notamment, une politique du logement qui favorise la mobilitĂ© et Ă©vite les ghettos, une politique de lâemploi qui lutte vĂ©ritablement contre les discriminations Ă lâembauche, et plus gĂ©nĂ©ralement une politique visant Ă promouvoir la cohĂ©sion sociale et la rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s. On en est loin.
Philippe Askenazy, CNRS, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Maya Bacache, TĂ©lĂ©com ParisTech ; Luc Behaghel, INRA, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Thomas Breda, CNRS, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Julia CagĂ©, Sciences Po ; Eve Caroli, Paris-Dauphine ; Daniel Cohen, Ecole normale supĂ©rieure, membre du conseil de surveillance du Monde ; Anne-Laure Delatte, Paris-Nanterre ; Brigitte Dormont, Paris-Dauphine ; Christine Erhel, Paris-I-PanthĂ©on-Sorbonne ; Marc Fleurbaey, Princeton ; JĂ©rĂŽme GautiĂ©, Paris-1-PanthĂ©on-Sorbonne ; Marc Gurgand, CNRS, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Pierre-Cyrille HautcĆur, EHESS, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Elise Huillery, Sciences Po ; Camille Landais, London School of Economics ; IoanaMarinescu, University of Chicago ; EricMaurin, EHESS, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Dominique Meda, Paris-Dauphine ; Thomas Piketty, EHESS, Ecole dâĂ©conomie de Paris ; Emmanuel Saez, Berkeley ; Xavier Timbeau, OFCE, Sciences Po.
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Et puis ça juste Ă cĂŽtĂ© dans les colonnes du âMondeâ. Alors est-ce que quelque chose ne va pas ? Sans tout mettre en lien, comment expliquer cet Etat Islamique, en ne pensant pas la politique des pays ? Comment ne pas penser Ă la mondialisation et Ă ce qui nâest pas fait par les Gouvernements ? Comment ne pas penser Ă tout ce qui ne va pas dans le mĂȘme temps ? Comment lâargent prend-t-il toujours plus de pouvoir ?
A nous de voir.

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