Toujours la mĂŞme chose...
Chaque fois qu'un cahier lui tombait dans les mains et que des mots sortaient de sa tête elle commençait par :
Puis elle rayait la phrase et elle écrivait juste en dessous :
« tout ce qu'il reste »
ça lui faisait comme une virgule. Alors elle prenait un temps pour respirer et s'il faisait soir ou noir, tirer un peu sur une clope.
Et elle profitait de cet entre-deux, de cette petite fêlure qu'elle avait réussi à faire apparaître.
Alors elle écoutait la lumière couler lentement dedans la petite fêlure.
Et elle regardait l'avant se tirer, doucement, et l'après se pointer, encore plus doucement. Â
Puisque la vie ne semblait être qu'un enchaînement de moments à surmonter...
Docile, elle ? Toujours, quand il faut, comme il faut mais, ras-le-bol.
Alors cette petite fĂŞlure de temps lĂ , juste pour elle.
Une miette de paresse. Comme une caresse dans son trop rempli, dans son trajet tout cadenassé.
Petit souffle de vide entre deux bouts de temps pas dicté par le rythme imposé.
« Ce qui n'est plus »
« Tout ce qu'il reste »
Ces quelques mots de rien du tout.
La décision de ne plus en être.
Une rébellion insensée.
« Je vous emmerde, le temps n'existe plus. Je l'arrête net ! Et je passerai le temps que je veux dans cet interstice. Vous n'existez plus. Je vous ai annulés. Ni plus. Ni moins !»
Elle goûtait ce flottement, lentement, en souriant.
Parfois elle fermait les yeux.
Parfois, s'il y avait du monde autour elle s'amusait à les regarder ne plus avancer . Ça la fascinait, tous ces corps figés. La beauté du mouvement qui n'est plus. Qui attend de redevenir.
Aucun sculpteur, jamais, n'arriverait à représenter une telle beauté. Aucune photo non plus, aucune images nulle part, ne pourrait jamais reproduire la grâce de cet instant arrêté.
Et son sourire, seul, à elle, dans ce non temps et ses yeux soulagés qui regardaient le monde ne plus être...
Jusqu'à ce que le moment arrive. Quand elle le décidait, et que le sang se mettait à re-circuler.
Le moment de s'y remettre.
Le moment de replacer chaque moment l'un derrière l'autre.
Le moment où le temps redevenait bêtement linéaire.
Le moment oĂą elle devait sortir de son cercle.
Le moment oĂą le bruit redevenait son, oĂą les sens se remettait Ă sentir. OĂą elle pouvait faire le deuil de tout ce qui n'est plus et recevoir le poids de tout ce qu'il reste.
Elle n'était pas folle, non.
Ni particulièrement farouche à l'idée de faire partie de la fête.
Pas fanfaronne peut ĂŞtre.
Pas la plus habile pour les situations sociales.
Pas vraiment équipée pour l'équivoque humaine. Pas la plus forte ni la plus forcenée.
Elle n'était pas tout ça.
Elle avait juste trouver comment faire pour s’extraire de cette évidence.
Elle savait comment ne plus ĂŞtre lĂ . LĂ . Le temps de le dire.
Derrière ses propre yeux.