Le Vélib, symbole des dérives municipales
Le vélo en libre-service lancé en grande pompe il y a 10 ans est le parfait exemple de l’inefficacité des dépenses électoralistes de nos municipalités.
A la base, une bonne intention: développer le vélo, moyen de transport urbain, écologique et peu onéreux.
La mairie aurait pu se contenter de remplir sa mission : organiser l’espace public pour favoriser ce mode de transport (voies, parkings, fixer les règles et les faire appliquer) et laisser à des opérateurs privés gérer la location courte ou longue durée. Ils auraient pu même aider ces nouveaux acteurs à émerger par des incitations fiscales.
Las, nos politiques ont besoin de faire du spectaculaire, montrer qu’ils ont des idées, qu’ils peuvent offrir un nouveau type de service public, « sans rien couter aux parisiens «  dixit Mr Delanoe.
Des tanks Ă 4000 euros par an
Après 10 ans, le résultat n’est pas au rendez-vous. Un vélib revient à 4 000 euros par an à la municipalité, ce qui conduit à un déficit de 16 millions d’euros chaque année. Le service semble certes pratique pour les parisiens qui n’ont pas eu d’autre choix que de s’habituer à ces tanks à deux roues; c’est aussi un enfer pour ceux qui veulent juste louer une journée aux bornes d’une lourdeur qui rappelle le minitel. Eux aussi n’ont pas le choix. Et tous les contribuables, utilisateurs ou non, financent le déficit. En créant un quasi-monopole public avec l’éternel JC Decaux, qu’espérer d’autre ? Encore un exemple de ce mal français du capitalisme de connivence. Mais l’illusion a tenu le temps d’une élection, Delanoe a bénéficié d’une bonne image et ce dispositif a essaimé dans toutes les grandes villes françaises, désormais en proie aux mêmes difficultés.
De nouveaux acteurs et une offre disruptive Et puis, sans prĂ©venir, des acteurs Ă©trangers arrivent avec une offre plus compĂ©titive: des vĂ©los plus lĂ©gers que l’on peut garer plus facilement, une diversitĂ© d’offre, une concurrence qui va secouer le marchĂ© et risque de creuser encore le dĂ©ficit velib. Ces opĂ©rateurs ne sont pas français, logique puisque le monopole public /capitalisme de connivence les a empĂŞchĂ© d’émerger. Alors c’est la panique ! La municipalitĂ© change en catastrophe d’opĂ©rateur, jette Ă la poubelle, sans prĂ©venir, tout un dispositif de bornes (super pour l’environnement) laissant tout le loisir aux abonnĂ©s Velib d’essayer les vĂ©los des nouveaux acteurs. Sans compter la  hausse des tarifs Ă venir pour financer tout cela.Â
La mairie de Paris contredit 15 ans de politique La panique étant mauvaise conseillère, la municipalité finit par atteindre un paroxysme de mauvaise foi et contredire 15 ans de politique en disant craindre, sans rire, l’« envahissement de l’espace public par le vélo en free floating ». On croit rêver ! Au lieu de s’en féliciter, d’y voir une grande victoire du vélo, et ben non ! Pire, la mairie envisage de créer une taxe (qui risque d’être contestée car anti-concurrentielle) pour les nouveaux acteurs, en anticipant les nuisances éventuelles avant même qu’elles aient lieu. Hidalgo invente la taxe « Minority report ». Personne n’est dupe, il s’agit de sauver le soldat velib et surtout sauver un argument électoral pour une réélection déjà en risque. En effet, les incivilités peuvent être verbalisées (et le velib n’y échappe non plus) et les opérateurs n’y ont pas intérêt, pour leur image. (ils offrent déjà un service de signalement des vélos mal garés).
La mairie prend le risque de limiter le développement du vélo et nous laisser dépendant d’un système public déficitaire qui finira par se payer très cher. Une fois de plus, le volontarisme drapé des meilleures intentions produit l’effet inverse de celui escompté ! Au lieu de se lamenter sur la suppression de la taxe d’habitation, les mairies devraient simplement promettre à leurs électeurs de se concentrer sur leurs vraies missions.
Sources:
http://www.huffingtonpost.fr/2015/05/19/velo-cout-libre-service-paris-lyon-marseille-velib-velov_n_7311086.html
https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/030804178923-velib-la-fin-dun-cycle-2127800.php
http://www.lemonde.fr/smart-cities/article/2017/11/16/la-mairie-de-paris-s-inquiete-de-l-arrivee-des-velos-en-libre-service-sans-station_5216030_4811534.html












