âVoilĂ belle lurette que je nâĂ©tais descendu sur la plage la nuit pour mâasseoir autour dâun gigantesque feu avec dâautres; trop longtemps Ă©galement que je nâĂ©tais pas retournĂ© dans la forĂȘt pour Ă©couter parler le vent dans les feuillages. Jâavais perdu lâhabitude de poser ma tĂȘte contre le pierre, la mousse, lâhumus, pour ressentir les vibrations de cette terre qui mâa enfantĂ© et me reprendra un jourâŠPeut-ĂȘtre parce que je nây avais plus Ă©tĂ© invitĂ© de si courtoise et belle maniĂšre depuis longtemps, depuis avant The Wicker ManâŠLâhomme dâosier, le symbole ultime des coutumes paĂŻennes (au sens primaire du terme, soit opposĂ© au monothĂ©isme) face au christianisme incarnĂ© par un policier, aussi bien dans le film original que dans son remake de 2006. Et il y a eu ces sons: coassements de corneilles, Ă©tirements de vielle, raclements de cordes, cette atmosphĂšre de campagne, de salon, aussi avec des cordes, un cercle de sable oĂč les talons claquentâŠPuis ces percussions, ces pulsations primales que je nâĂ©coutais plus et qui ont fait battre mon coeur Ă nouveau. Cela mâa rappelĂ© un peu de âSynaesthesisâ dernier Module Etrange en date si Ă©loignĂ© des autres dans sa trame musicale plus proche de The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud que dâun quelconque post-punk et pour cause, les protagonistes sont les mĂȘmes qui poussent cette fois le concept jusquâau bout, comme une vĂ©ritable cĂ©rĂ©monie et pas seulement une sort de B.O. dâun film imaginaire. GĂ©nial, de la musique paĂŻenne celtique authentiqueâŠStooop ! Qui a dit que cette musique avait des contours limitĂ©s, dĂ©terminĂ©s ? On parle dâun esprit immortel qui se transmet par ce mĂ©dia, lequel peut varier dans ses intonationsâŠOui, il y a des sonoritĂ©s celtes, mĂ©diĂ©vales mais aussi hispaniques; certes, les influences folk sont nettes mais le groupe pioche volontiers dans le nĂ©oclassique Ă©galement. Comme The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud ne prĂ©tendaient pas Ă©crire une musique authentique dâune certaine Ă©poque, de mĂȘme The Wicker Man se veut avant tout vecteur dâesprit, dâune conception mystique du mondeâŠPas de paroles, pas de titres, il sâagit de ressentir. Les sonoritĂ©s sont multiples, cohĂ©rentes, la spiritualitĂ© sincĂšreâŠUn travail remarquable dans lequel on sent beaucoup de dĂ©dication vraie et personnelle.â
Twilight, âGuts of Darknessâ
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The Wicker Man m'a envoyé un CD pour chronique ; celui-ci est une simple pochette cartonnée sans titre d'album, sans notes, sans liste des morceaux. J'ai une adresse, un mail et je sais que la photo a été prise lors d'une des éditions du festival L'Homme Sauvage.
Les treize piĂšces de ce disque mystĂ©rieux et anonyme explorent plusieurs possibles. On entre dans un cĂ©rĂ©moniel, sans avoir les codes, mais peu importe. Le paganisme du dĂ©part, qui prend rĂ©guliĂšrement un bourdon pour envahir l'esprit, cĂšde place Ă une musique plus ouverte, plus âworldâ ou ânew ageâ dirons-nous, du temps oĂč ces registres s'appliquaient aussi Ă Dead Can Dance (le virage post Aion). Les rythmiques sont souvent envoĂ»tantes, les instruments utilisĂ©s tĂ©moignent d'une profusion d'envies. Seuls quelques titres sont chantĂ©s, comme la cinquiĂšme piste, planante et folk mutante.
Un petit coup d'Ă©coute dans la voiture et des titres s'affichent sur le lecteur (ah, la modernitĂ© !). Le climat se fait de plus en plus brassage oriental, dĂ©laissant les terres un peu froides pour des nuits plus chaleureuses (âAndalâ, septiĂšme titre). Le rĂ©sultat est Ă©vocateur, la maniĂšre de restreindre les informations renvoie Ă une lointaine Ă©poque oĂč les cassettes copiĂ©es perdaient leur jaquette. Reste la musique et les Ă©motions. âBeltanâ dessine les contours d'un marchĂ© en plein air, du cĂŽtĂ© de l'Asie mineure, au carrefour d'anciennes cultures. Des bruitages s'immiscent (grincements sur âHurdyâ, corbeaux sur « Huginn & Muninn »), surprenant dans le pas de cĂŽtĂ© avec les cĂŽtĂ©s qu'ils instaurent. Toutefois, la briĂšvetĂ© des titres n'offre pas une immersion totale, comme si The Wicker Man avait plus voulu jouer du kalĂ©idoscope, en survolant notre planĂšte (comme ces deux corbeaux, oreilles et yeux d'Odin qui ouvrent le disque et lui rapportent ce qu'ils ont vu du monde), volant par effraction des sonoritĂ©s, des rythmes (souvent proches des berceuses) et des harmoniques (les cordes Ă©mouvantes de âJĂłlnerâ). Avec ces Ă©lĂ©ments, il livre un disque Ă©trange, en dĂ©calage avec les modes de la modernisation (le travail d'un Phil Von, par exemple), d'essence folk et pagan, mais libre dans son interprĂ©tation datĂ©e et donc hors d'Ăąge.
Dans un mail Joan, l'Homme d'osier, dévoile son site ; il précise que cette sortie prendra la forme d'un digipack et d'un vinyle transparent. Il cite The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud et le nom de ce projet se rattache au film de Robin Hardy (1973), célébrant tragiquement le renouveau de la sorcellerie. Homme sauvage et Wicker Man : les fibres se bouclent.
Sylvain Nicolino, âObskĂŒreâ Â