TĂ©moignage â Il y a un an les choses bougeaient enfin
Il y a un an les choses bougeaient enfin.
(Texte écrit en date du 4 juin)
J'aime ce genre de souvenirs lĂ .
Ils me font moins mal au coeur que ceux des temps et de ma vie avant l'agression. (HonnĂȘtement me revoir durant mon voyage dans l'Ouest en 2015 ça me fait pas feeler bien. Je vois l'innocence et le bonheur dans mes yeux et je me dis "oh shit ma girl, tu savais tellement pas ce qui t'attendais en revenant au QuĂ©bec.")
Ă mĂȘme date l'an passĂ©, aprĂšs tellement de larmes, d'incomprĂ©hension, de rage, de dĂ©ceptions, de mises en action, d'efforts et de rĂ©silience; j'ai reçu le signe que le processus irait enfin de l'avant. C'Ă©tait le dĂ©but d'un Ă©norme soulagement. La spirale de descente avait atteinte le fond... Je me suis redonnĂ© une swing vers le haut. J'ignorais que le combat serait aussi ardu et long.
J'ai l'impression d'ĂȘtre sur le pilote automatique depuis 2 ans, depuis le dĂ©pĂŽt de ma plainte. La vie dĂ©file devant moi. Tout dĂ©file vite. Et pourtant des fois ça parrait long longtemps.
Ă partir de juin 2018 tout a dĂ©boulĂ©: dĂ©pĂŽt des accusations, arrestation, remise en libertĂ© sous conditions, les commentaires dĂ©sobligeants sur les rĂ©seaux sociaux, le dĂ©bat que ça crĂ©er dans mon ancienne ville d'adoption, moi qui ne peut m'empĂȘcher de lire ce que les gens ont Ă dire sur moi ou de regarder qui like les commentaires de qui. (thanks en passant, j'ai pu faire un beau mĂ©nage facebook â if you are neutral in situations of injustice you have chosen the side of the oppressor.)
AprĂšs est venue l'enquĂȘte prĂ©liminaire en septembre, l'impression que tout ça n'Ă©tait qu'une comĂ©die ou que ce n'est pas pris au sĂ©rieux (sachez que l'enquĂȘte prĂ©liminaire c'est un mini procĂšs oĂč seulement la victime tĂ©moigne. Et c'est lĂ qu'on se fait poser milles et une question les plus idiotes qui soit), la crainte pour la suite, la peur que ça soit encore la mĂȘme chose au vrai procĂšs. L'Ă©tat de dissociation qui durent quelques semaines. L'attente revient en force. Les remises de cour s'Ă©tale sur plusieurs mois, l'attente d'une date, d'une idĂ©e de quand tout ça va finir. D'une date oĂč je pourrai enfin prendre la parole et arrĂȘter de me taire.
Vient ensuite la remise sur pied: je me mets en mode action et je dĂ©cide que j'ai le droit de prendre soin de moi pour de vrai et de prĂ©server mon Ă©nergie de toutes les façons possibles. Je rentre dans le mode guerriĂšre. PrĂȘte Ă affronter tout ce qui s'amĂšne vers moi. La date du procĂšs est fixĂ©e. Le dernier sprint est devant moi. Deux jours fixĂ©s dans le temps. Deux jours inscrit dans mon calendrier de cell. C'est pu juste du parler pour parler: it's coming for real.
Pour ĂȘtre franche je ne sais pas Ă quoi je m'attendais quand je pensais au procĂšs, mais c'est clair que je n'avais pas fait tous scĂ©narios possibles dans ma tĂȘte finalement. C'Ă©tait extrĂȘmement Ă©prouvant et retraumatisant. M'avancer et monter dans le box en avant alors qu'il est Ă environ 1 mĂštre et quelques de moi, encore Ă gauche et par derriĂšre comme dans l'agression.
Rester lĂ pendant des heures, sur deux jours, avec le sentiment d'ĂȘtre encore Ă sa merci, sans pouvoir me tourner pour savoir s'il me regarde ou ce qu'il fait. Des heures et des heures Ă me faire poser les mĂȘmes questions. Les choses qui changent c'est les complĂ©ments avant les verbes ou les verbes avant les complĂ©ments ou bien l'ordre de mon nom de famille au dĂ©but de chaque question. Changer la tournure des phrases ou un mot qui change le sens de la question. Des phrases longues comme mon bras pour me mĂȘler, de longs silences dans les questions, me faire suggĂ©rer pleins d'affaires, utiliser d'anciennes conversations oĂč j'Ă©tais consentante Ă des rapprochements pour tenter de dĂ©montrer que j'Ă©tais sĂ»rement consentante lors de l'agression. Le sentiment que c'est moi qui a fait quelque chose de mal au final, l'impression qu'il connaĂźt des dĂ©tails que j'ignore. C'est facile de se dire "il faut pas que j'essaie de comprendre oĂč il veut en venir", mais le faire c'est une autre chose.
Je tiens Ă vous dire que pour moi les figures d'autoritĂ© c'est gros, c'est Ă©peurant. La cour ça se passe pas comme on voit dans les films. Ă la tĂ©lĂ© c'est souvent basĂ© sur le systĂšme judiciaire amĂ©ricain. OĂč l'accusĂ© est coupable jusqu'Ă preuve du contraire. Bin ici c'est le contraire. Il est innocent jusqu'Ă preuve du contraire. C'est la victime qui se sent coupable et qui porte le fardeau de la preuve. Ma parole contre la sienne. L'impression que c'est moi l'accusĂ©, ma vie et mes paroles sont passĂ©es au peigne fin: Ă la recherche du moindre dĂ©tails pour me faire perdre la face.
Quand j'ai mis ma main sur la bible et que j'ai jurĂ© "de dire la vĂ©ritĂ© juste la vĂ©ritĂ©, dites je le jure" bin je l'ai dite la vĂ©ritĂ©. Dans tous les dĂ©tails possibles, de toutes les façons possibles. En me rĂ©pĂ©tant Ă maintes et maintes reprises. J'ai maintenu ma position, j'ai fais part de toutes les Ă©motions que j'ai pu ressentir. Je me suis tenue debout. Droite comme une barre. Je me suis peut-ĂȘtre laissĂ© marcher dessus, mais je ne me suis pas Ă©croulĂ©e. J'ai vidĂ© le sac que je portais sur mes Ă©paules depuis le 18 decembre 2015.
Ce qui me fĂąche c'est de rĂ©aliser que mon agresseur et son tĂ©moin avaient le beau jeu et ont pu dire n'importe quoi pour le sortir du pĂ©trin. Ma psy m'a fait comprendre que tous les accusĂ©s font ça. Les hells angels accusĂ©s de meurtre ne vont certainement pas dire la vĂ©ritĂ© juste la vĂ©ritĂ© mĂȘme s'ils ont mis leur main sur la bible. C'est fĂąchant. Ma colĂšre est lĂ©gitime. Quand il est venu tĂ©moigner en avant, il a changĂ© plusieurs dĂ©tails de l'agression. Il est venu invalider mon histoire. Ses versions changeaient d'une fois Ă l'autre. Son avocat et lui ont tentĂ©s de me faire perdre toute crĂ©dibilitĂ©.
L'entendre parler, le voir, ĂȘtre dans la mĂȘme piĂšce que lui ça a rĂ©activĂ© mon traumatisme. Mon corps au grand complet le perçoit comme une menace. J'avais des chaleurs intenses dans le corps et des douleurs vives dans le cou, lĂ oĂč il m'a mordu. Le fait de devoir me remĂ©morer chaque dĂ©tails et de les rĂ©pĂ©ter en boucle a aussi reactivĂ© la plaie. J'avais aucun contrĂŽle sur les rĂ©actions de mon corps. C'est frustrant ça aussi.
Les trois premieres semaines qui ont suivi le procĂšs j'ai Ă©tĂ© dans une forte dissociation. Je commence juste Ă rĂ©aliser que ce n'Ă©tait pas un rĂȘve mais bien la rĂ©alitĂ©. Ăa Ă©tĂ© rough. Je pense que personne ne peut s'imaginer comment on se sent sauf les autres victimes et les personnes qui ont assistĂ©es dans la salle. Mon estime de moi en a pris une claque. J'ai eu l'impression de me faire rĂ©duire en une moins que rien. Je suis encore en train de dĂ©construire tout ça avec ma psy et je sens que ça va me prendre un moment pour y arriver. Je vaux crissement quelque chose. I will prove you wrong.Â
Ă la fin de la deuxiĂšme journĂ©e j'avais envie de disparaĂźtre, de me faire du mal. Ma rage Ă©tait tellement grande. La journĂ©e s'est terminĂ©e par le speech de son avocat. Un retour complet sur le dossier, selon sa vision. Une Ă©numĂ©ration de tous les points me discrĂ©ditant. Il a utilisĂ© toutes les choses que j'ai faite de biens dans ma vie, en commençant par mon diplĂŽme en Ă©ducation spĂ©cialisĂ©e. Il a dit que mes Ă©tudes devaient m'avoir montĂ©es Ă la tĂȘte et que c'est pour ça que j'avais un sentiment de vengeance (wtf!). Il a dit que moi aussi j'avais commis un crime au fond. Qu'Ă©tant donnĂ© que j'ai dis et que je n'ai jamais cachĂ© que j'avais consommĂ© un speed ce soir lĂ bin que c'est moi qui est plus dans le tort faut croiređ€š. J'en passe et j'en oublie sĂ»rement et c'est vraiment mieux comme ça.
La troisiÚme journée m'a redonnée espoir en l'humanité. Le speech du procureur de la couronne était vraiment empowering. Il a parlé du mouvement me too. Il a dit qu'il faut écouter le cri du coeur des survivantes. Qu'il faut qu'on se fasse prendre au sérieux. Que ce n'est pas pour un vol de sac de chips que je porte plainte mais bien parce que je me suis fais voler une partie de mon intégrité et de ma dignité. Que ce n'est pas banal. Que c'est grave. Le procureur a dit que c'est la notion de consentement qui est le sujet de débat du procÚs et que moi je dis qu'il ne l'avait pas et qu'il n'a pas écouté ma parole alors que mon agresseur dit clairement que le consentement ce n'est pas quelque chose de nécessaire, qu'il n'avait pas besoin de me demander la permission pour faire ce qu'il a fait, etc. Le procÚs s'est terminé sur ça. Le juge a demandé deux mois de délibéré avant de rendre son jugement.
Ce qui me ramĂšne Ă aujourd'hui. Ăa fait un peu plus d'un mois dĂ©jĂ . Dans la derniĂšre semaine, la pression et l'adrĂ©naline retombe. J'ai les deux pieds sur terre. Ma tĂȘte est revenue. Mon esprit est dans mon corps. Je rĂ©alise l'ampleur de l'Ă©preuve que j'ai traversĂ©e. Je pleure souvent et je vide mon verre trop pleins. J'ai accumulĂ© beaucoup d'Ă©motions et de fatigue dans les derniĂšres annĂ©es. J'ai mal aux muscles du cou, du dos et des bras. J'ai Ă©tĂ© tellement contractĂ©e, tellement en hypervigilence Ă cause de sa prĂ©sence durant le procĂšs. C'est fou ce que le stress fait au corps. J'ai ressenti tellement de choses en mĂȘme temps que les brakers dans mon cerveau ont tiltĂ©s. Pour me protĂ©ger, je me dĂ©connecte. J'ai pas rĂȘvĂ©. Tout ça, ça s'est bien passĂ©.
Depuis mars 2017, je suis dans l'attente constante de quelque chose. Je vis sur un automatisme. J'ai mis du temps Ă identifier ce Ă quoi je m'attends au fond. J'ai fini par mettre le mot dessus. Je ne lui souhaite rien de mal. Je ne lui en ai jamais souhaitĂ© d'ailleurs. MalgrĂ© ce que bien des gens peuvent penser ou dire. Ce que je lui souhaite c'est une guĂ©rison pour lui aussi. Je lui souhaite de prendre conscience de certains comportements inacceptables et de changer ses mentalitĂ©s. Ce que je dĂ©sire c'est qu'il soit reconnu coupable des gestes qu'il a eu envers moi. Qu'il ait lui aussi Ă porter un fardeau toute sa vie. Je ne pourrai jamais claquer des doigts et oublier ce qui s'est passĂ©. Ăa va me suivre toute ma vie. Je vais apprendre Ă vivre avec le choc post-traumatique. Les symptĂŽmes vont s'attĂ©nuer avec le temps, mais ils vont se faire rĂ©activer souvent. J'ai pleins de triggers. Je les contrĂŽle pas. Son nom, le nom du bar, entendre parler trop longtemps ou souvent du nom de la ville oĂč c'est arrivĂ©, le maudit emoji de diable qui ressemble trop Ă sa face et Ă ses yeux durant l'agression, sortir dans des bars du mĂȘme genre, ĂȘtre entourĂ©e de trop de gens en mĂȘme temps, la musique trop forte dans les bars, les becs dans le cou du cĂŽtĂ© droit, le mois de dĂ©cembre, la noirceur, la ptite neige qui tombe le soir, etc. Il est lĂ partout, trop souvent Ă mon goĂ»t. Sa face m'apparaĂźt dans des moments randoms et ça me paralyse (btw ça c'est la bonne façon d'employer le mot paralyser ;)). Je demande pas Ă ce qu'il apparaisse, mais il le fait quand mĂȘme et c'est pas nice. J'imagine qu'en Ă©tant reconnu coupable, il devra souvent se le remĂ©morer lui aussi. C'est ça qui me ferait du bien. Qui me donnerait un sentiment que c'est Ă©gal ce qu'on vit. Que je suis pas la seule Ă rusher le choix des actions qu'il a fait (parce que oui c'est un choix. Il savait trĂšs bien ce qu'il faisait. Il ne pensait pas que je me tiendrais debout et que je continuerais de refuser ses gestes du dĂ©but Ă la fin).
Avant de faire le choix égoïste d'écouter tes propres pulsions avant la parole de la personne en face de toi, penses y comme il faut. "Un non ça sonne jamais comme un oui. Tiens-toi le pour dit!"
Avant de discrĂ©diter ou d'invalider le tĂ©moignage de quelqu'un, mets toi Ă sa place. Avant de venir dire n'importe quoi ou de mettre des mots dans la bouche d'une survivante d'agression sexuelle, penses y Ă deux fois. Ăa prend tout le courage du monde pour aller de l'avant et dĂ©noncer ce qui nous est arriver. Ne pensez pas que c'est une partie de plaisir de traverser toutes ces Ă©tapes du processus judiciaire, de vivre dans l'attente constante et dans la peur des reprĂ©sailles au quotidien. Enlevez-vous de la tĂȘte que quand quelqu'un dĂ©nonce "c'est juste une fausse histoire ou qu'elle prend la parole juste pour foutre le trouble."
Non! Quand quelqu'un dénonce c'est parce qu'ielle considÚre qu'on a dépassé les limites et c'est tout à fait légitime.
Personne n'a le droit de forcer une autre personne Ă des gestes non consentis.
Pas mĂȘme ton chum, ta blonde, ton ami(e), ton ancien amant, ton boss, un membre de ta famille, ton voisin, un membre du gouvernement ou un inconnu. Okay?! Personne, compris?!
Le linge que tu portais, ton attitude, tes comportements passés, ton état d'ébriété, ton état de consommation, le temps que ça te prend pour en parler, le temps que ça te prend pour aller chercher de l'aide, que tu aies crier, que tu te sois débattu ou non: tout ça ne sont pas des raisons valables pour discréditer ton vécu ou des raisons pour excuser les gestes que tu as subis.
Fuck la culture du viol. Fuck la masculinitĂ© toxique. Fuck la violence sous toutes ses formes. Non au victim blaming. đŁ
Oui à l'égalité des sexes, au féminisme, au respect, à l'écoute, à l'amour, à l'entraide, à la douceur et aux pouvoirs de nos voix. Oui à la culture du consentement !
Depuis un an les choses ont bougées. Je sais qu'elles bougeront encore à la fin du mois.
Patience, gratitude, repos, soulagement. La pression d'aprĂšs procĂšs retombe tranquillement. J'accueille et je cĂ©lĂšbre ma renaissance. C'est le dĂ©but de ma nouvelle vie. Je commence Ă me libĂ©rer de l'attente. J'ai hĂąte d'entendre les mots qui me libĂšreront enfin d'une autre partie du fardeau. Il n'y a pas de victimes parfaites et ça me fait du bien de rĂ©aliser que je n'ai pas besoin d'en ĂȘtre une non plus.đđŠ
Rajout en date du 27 juin suite Ă la condammation de mon agresseur.
Le juge l'a reconnu coupable pour les deux chefs d'accusation retenus contre lui, soit agression sexuelle et voies de fait causant lésions. Une grande victoire et un énorme soulagement.
Je veux que les victimes d'agressions sexuelles sachent qu'il faut en parler rapidement quand ça arrive. Il faut évacuer le traumatisme.
Il faut s'entourer de gens de confiance qui nous croient et qui nous supportent. Il faut aller chercher de l'aide . Que ce soit d'appeller Ă la ligne ressources pour les victimes d'agressions sexuelles, les calacs, les cavac, aller Ă l'hĂŽpital pour demander d'ĂȘtre vue en urgence par une t.s., en parler Ă des membres de sa famille pour se faire enligner lĂ oĂč il faut aller, Ă des amis etc. Que cest important de crever labces et de se faire valider dans nos emotions le plus vite possible. Que cest legitime de sentir qu'on a Ă©tĂ© Ă l'encontre de notre volontĂ© et que c'est dans notre droit de se lever pour faire valoir nos droits. Je veux que chaque personne prenne conscience de l'impact qu'il ou elle peut avoir dans la vie des autres. Une personne en Ă©tat de choc n'est pas en mesure de savoir quoi faire souvent. Et c'est aux gens autour de l'aider et de l'amener vers les ressources d'aides. Je veux aussi dire Ă la population que c'est dans notre droit d'exiger que quand on porte plainte pour agressions sexuelles il FAUT que ça passe par la voie criminelle. Pas par la voie sommaire. Cest un acte criminel et c'est grave. Et il n'y a personne qui a le droit de classer une agression comme Ă©tant moins grave qu'une autre. Dans la voie sommaire, c'est pour les delis classĂ©s moins graves qui encourent des peines moins grandes. Et dans cette voie, il existe un dĂ©lai de prescription de 6 mois et c'est carrĂ©ment insensĂ© de mettre cette pression lĂ sur les Ă©paules des victimes. Ce n'est pas realiste comme dĂ©lai. Ăa prend souvent plusieurs semaines voir plusieurs mois ou annĂ©es pour constater l'impact de l'agression dans nos vie, de sortir de la torpeur et de rĂ©aliser l'ampleur du choc et de la douleur Ă©motionnelle, mentale et physique. Il faut qu'on soit davantage Ă se lever pour faire changer cette façon de faire. Une agression sexuelle est un crime qui vient Ă l'encontre de nos droits fondamentaux. On se fait prendre une partie de notre Ăąme, de notre dignitĂ©, c'est une grosse partie de botre intĂ©gritĂ© qui est touchĂ©e. Ăa vient dĂ©truire le sentiment de sĂ©curitĂ© qu'on se construit depuis notre enfance. Ăa enlĂšve l'impression que le monde est bon et sĂ©cure. C'est important d'ĂȘtre cru et entourĂ© pour nous permettre de retrouver ce sentiment de sĂ©curitĂ© et le sentiment de contrĂŽle sur notre vie et sur notre corps. C'est loin d'ĂȘtre banal et ça ne peut pas ĂȘtre classĂ© comme quelque chose de moindre. J'encourage de tout coeur toutes les personnes qui ont subis des abus, des sevices, des attouchements, des agressions, des viols Ă prendre la place qui leur est destinĂ©e et Ă reprendre le pouvoir sur leur vie. Il faut en parler. Quand on en parle on rĂ©alise qu'il y a tellement de gens autour de nous Ă qui c'est arrivĂ© aussi. La honte et la culpabilitĂ© appartiennent Ă l'agresseur et pas Ă la victime. Ăa suffit d'avoir l'impression que c'est nous le coupable dans cette histoire. Le systĂšme de justice doit changer sa façon d'aider les victimes. Le fardeau de la preuve c'est lourd Ă porter et ça devrait ĂȘtre Ă l'accusĂ© de devoir se dĂ©fendre du crime qui lui est reprochĂ©. C'est la responssbilitĂ© de tous et chacun de faire renverser la mentalitĂ© des gens et de crĂ©er la culture du consentement.
Evelyne Babin-Rhéaume, indestructible.