La gastronomie de palace peut-elle rimer avec une vision saine et autonome de l’alimentation ? Ce n’est pas, à première vue, de toute évidence.
Dans le huitième arrondissement de la capitale, le Four Seasons Hotel George V Paris, établissement mondialement reconnu héberge Le George. Simone Zanoni y soigne les assiettes depuis 2016. Selon lui, concilier une alimentation végétale, locale et spontanée avec les exigences d’un palace est possible. « On dit souvent que les clientsne sont pas prêts à s’adapter aux changements culinaires mais non, il s’agit plutôt des chefs ! » s’exclame Simone. Le chef, très connecté, ne peut penser que ses semblables ignorent les conséquences de leurs manoeuvres car ils y sont confrontés quotidiennement au même titre que les clients.
Le voeu de s’alimenter, en partie, avec son potager a germé dans l’esprit de Simone lorsque son fils lui expose l’absurdité du système alimentaire dont nous demeurons spectateurs. La question est simple : « Pourquoi, papa, ces vingt kilos de bananes sont-ils à la poubelle ? ». Voici les premiers mots que le transalpin couche sur le papier vierge. Depuis, l’histoire s’écrit à toute allure. À l’instar du majestueux palace, dans le jardin, rien n’est laissé au hasard. Situé dans le Domaine de Madame Elisabeth, la soeur de Louis XVI, le potager d’un quart d’hectare prend racine au coeur de Versailles.
Quand Simone entre dans cette enclave du George V, il se réjouit : « Si les tomates continuent comme ça, dans un quinze jours, c’est bon ! ». Deux à trois fois par semaine, il vient, accompagné de quelques cuisiniers, pour récolter les légumes qui arrivent à maturité. Commis comme chef de partie, chacun perçoit le premier maillon d’un chaîne qui a été rompue. La formule est claire : l’entretien des cultures est confié à une association oeuvrant pour l’insertion professionnelle et la brigade s’occupe de la récolte. «Tu changes ta manière de faire ta cuisine. Tu changes ta manière de créer tes plats. Tu changes ta manière de passer des messages aux clients. Et les résultats que tu obtiens sont beaux à voir” résume le chef dissimulé derrière les palissades de tomates qui ne font l’objet d’aucun traitement. Les associations d’espèces, les zones en friche ainsi que la musicothérapie contiennent les maladies et les invasions. D’année en année, le fonctionnement se précise, la production gonfle et les ambitions s’élèvent.
La preuve que l’évolution de la gastronomie vers un fonctionnement plus respectueux de l’environnement et de l’humain n’entrave pas la qualité des menus proposés. Simone Zanoni pourrait bien devenir le premier chef de palace dont les légumes proviennent exclusivement de son potager. À surveiller.















