La France est riche de quelques figures emblĂ©matiques en matiĂšre dâagriculture. Le public profane les ignore. La mĂ©connaissance de ce dernier Ă leur Ă©gard nâa dâĂ©gal que la pertinence de leur analyse et la justesse de leur raisonnement. Devant Marc-AndrĂ© Selosse, professeur spĂ©cialiste des interactions mycorhiziennes ; GĂ©rard Ducerf, botaniste expert en plantes bio-indicatrices ; Konrad Schreiber, pointure en agriculture de conservation ou Alain Canet, expert en agroforesterie, il y en a un, pionnier de lâagroĂ©cologie, qui se taille la part du lion. Il sâappelle Pierre Rabhi. Câest un prĂ©cepteur. Il a Ă©veillĂ© des milliers de consciences.
La vocation pour le travail de la terre, Bruno Junquet lâavait aussitĂŽt le diplĂŽme du baccalaurĂ©at dĂ©crochĂ©. Bien parti pour devenir paysagiste, câest lorsquâil reçoit un chĂšque Ă cinq chiffres dĂ©diĂ© Ă lâamĂ©nagement du minuscule jardin dâune rĂ©sidence de villĂ©giature que son embarras se renforce. « Cet argent foutu en lâair pour une maison secondaire et les produits que lâon allait mettre pour entretenir⊠Cela me posait problĂšme » se rappelle le jeune homme. Il dĂ©couvre les textes de Pierre Rabhi et rĂ©flĂ©chit. Ses mains seront noircies par la terre mais Ă une autre fin.
Depuis presque cinq ans, Bruno travaille les deux hectares de terres limoneuses de la ferme Aroztegia, sur la route dâEspelette. Encore apprenti, il sâapprĂȘte Ă connaitre une sacrĂ©e promotion. Dans cinq mois, Ă quelques jours de son vingt-cinquiĂšme anniversaire, il deviendra associĂ© en remplacement de son maĂźtre dâapprentissage, Panpi Goity. « Câest une belle histoire, je suis content » confie celui qui semble autrement plus heureux de lâallure des cultures : « Cette annĂ©e, la parcelle a de la gueule, cela fait plaisir ! ». Le printemps fut clĂ©ment mais il serait prĂ©tentieux et prĂ©maturĂ© dâaffirmer quâAmalur - la Terre MĂšre en Basque - est bienveillante. La saison derniĂšre, Ă quelques semaines dâintervalle, deux inondations eurent raison de la production des sept milles pieds de piment vers lesquels nous nous dirigeons.
Une forĂȘt de tiges supportant une demi-douzaine de feuilles entiĂšres et ovales nous fait face. Aucun tuteur, ni filet ne vient briser la perspective de ce tapis vĂ©gĂ©tal pas plus haut que trois dĂ©cimĂštres. Il sâagit des plants de Gorria. Ces piments sont, aprĂšs un tri manuel, une maturation de quinze jours minimum et un sĂ©chage au four, broyĂ©s en une poudre rougeoyante. Il est difficile dâimaginer que ce quart dâhectare auquel nous sommes confrontĂ©s ait pu ĂȘtre infructueux lâannĂ©e passĂ©e. Bruno ne se laisse pas abattre, rĂ©solu et rĂ©aliste, il dĂ©clare : « Jâaimerais me dĂ©gager un peu de temps et de rentabilitĂ© pour observer et comprendre. Les traitements sont des rĂ©ponses immĂ©diates pour la rentabilitĂ© de la saison, dâaccord. Mais aprĂšs, le questionnement doit aller plus loin ».












