Marine Guez-Vernin : voix off et rédactrice de l'ombre
Mon parcours jusqu’à aujourd’hui : une histoire de rencontres !
J’ai toujours évolué en naviguant entre le monde de la création et celui de la production. J’ai travaillé pendant plus de 10 ans, comme assistante d’un producteur de films longs métrages, Philippe Carcassonne (société CINEA), qui a produit des films de Patrice Leconte, Claire Denis, Claude Sautet, Peter Greenaway, Anne Fontaine…
J’étais alors une petite fourmi dont la tâche principale était de faciliter celle du producteur, rien encore en rapport à l’écrit. Mais j’y ai appris à quel point la création était intimement mêlée à l’administratif, combien la façon dont on présentait un film dans un dossier, permettait ou non, d’avoir un rendez vous ou une aide financière… J’étais en contact avec les scénaristes, les techniciens, les acteurs… je les voyais évoluer, s’énerver, se réjouir…, je recevais beaucoup de courriers auxquels il fallait répondre, et j’ai vite saisi que pour créer du lien avec les interlocuteurs, rendre un dossier plus humain, il fallait y mettre un peu d’esprit, un ton attrayant qui change de l’ordinaire, créer du lien, même pour de l’administratif !
J'allais parfois apporter tel document dans un studio de post production ou d’enregistrement de la musique du film. Déjà, être dans ces lieux là me faisait rêver.
En parallèle, je faisais beaucoup de musique, j’écrivais des chansons que j’interprétais en piano voix dans les bars, la nuit…, j’apprenais le chant lyrique avec une vieille cantatrice grecque, incroyable personnage, Irma Kolassi. Un jour, pour la petite histoire, le producteur me dit « il devait y avoir une chanteuse dans une scène du film « Ridicule", de Patrice Leconte…", un travelling de quelques secondes où on la voit et l’entend chanter un petit air de Cour accompagnée d’un clavecin… et la comédienne a annulé !! "Marine vous prenez bien des cours de chant ???" Je confirme, mais précise que je suis amateur ! "Pas grave, allez travailler chez le compositeur (Antoine Duhamel), et on fera avec !!! ». Et me voilà dispensée de bureau, direction une salle de répétition et bientôt un costume de courtisane du XVIIIème siècle, avec grosse perruque blanche et mouche sur la joue ! On me voit 20 secondes à l’image mais quelle expérience amusante ! C’est un peu l’histoire de ma vie, des opportunités inattendues !
Après la production cinéma
J’ai travaillé 2 ans dans la distribution de films, chez Pyramides Distribution. Rien de créatif, pas d’écriture, mais j’ai beaucoup appris sur l’importance de la communication, du travail des attachés de presse, combien la vie d’un film est fragile si les entrées sont faibles en première semaine d’exploitation. Plus de musique, plus le temps… Je démissionne car c’est trop administratif, et passe quelques mois à aider un impresario à développer les réseaux de ses musiciens, je change d’air….. Et puis, encore une rencontre qui, celle-ci, fait basculer ma vie : l’épouse de cet imprésario, Nathalie Le Breton, alors co-animatrice de l’émission Les Maternelles sur France 5, avec qui j’ai eu, lors d’une courte mission, un excellent contact, cherche une documentaliste et assistante pour préparer sa chronique littéraire quotidienne.
Je n’y connais rien dans le monde de la télévision, le mot « documentaliste » me semble bien technique, de surcroit dans le monde de la parentalité, de la grossesse, de l’éducation….! Mais le contact est tellement sympathique et l’enjeu de taille, que je fonce.
Et me voilà…. recevant 20 livres par jour, pour les adultes et la jeunesse, à classer pour une équipe au taquet de journalistes. Peu à peu, je prends mes marques et utilise l’écrit pour donner envie à l’équipe de lire ces ouvrages, d’en utiliser les thèmes, je deviens sans le savoir, veille éditoriale de l’émission. J’écris mes mails de façon ludique, pour les inciter à les lire, j’essaye d’être un moment récréatif dans leur travail. Je m’occupe de présélectionner les livres à présenter, travail merveilleux, quand il s’agit de la littérature pour enfants. Croyez moi, quand il faut trouver un livre pour les petits de 5 ans, qui doit, sous couvert de belle histoire, parler de gestation pour autrui, de cancer, d’homoparentalité, ou d’adoption, c’est un challenge ! J’apprends à quel point le livre jeunesse peut être un media extraordinaire pour aborder un sujet délicat. Là encore, le lien entre le texte, et la voix, celle du parent, de l’ami, du lecteur à l’enfant, est primordial. On peut s’arrêter sur un mot, faire silence après tel autre, toutes ces choses aiguisent mon attirance pour le lien voix-écrit.
Pendant 2 ans, me prenant au jeu, j’anime une chronique de livres audios pour enfants. Une fois par mois. Une expérience amusante et terrifiante en même temps, de joyeux souvenirs !
Et puis…. Avec Nathalie, nous écrivons 4 livres de conseils, reprenant les grandes lignes de nos émissions, publiés aux éditions de la Martinière.
Pendant 3 saisons, j’ai le bonheur d’être prise pour faire les voix off des reportages quotidiens. La production souhaitait quelqu’un en interne, « à portée de main » tous les jours, et me choisit après quelques tests.
L’ingénieur du son et mixeur de l’émission, Dany Plaud, m’apprend le métier sur le tas, et nous constatons souvent ensemble que les textes des journalistes, de grande qualité par ailleurs, sont souvent très denses, ne prennent pas en compte le besoin de respiration, il faut filer une phrase sur un plan très rapide, alors… quand on peut, on coupe des mots, on triture, et j’adore faire rentrer une phrase dans un bon timing d’image, c’est un peu comme trouver la chaussure de Cendrillon. Chaque semaine, j’attends avec impatience nos sessions de mix, de travail audio et de (légère) réécriture. Je me dis que si un jour je change de métier, c’est ça que je voudrais faire.
Et puis l’émission s’arrête
Fin 2016. Après 14 ans. Et 3 enfants. Et un petit cancer pour la route (détail peu professionnel, mais qui compte au sens où, après cette expérience, se recentrer sur ses aspirations profondes devient beaucoup plus essentiel dans la vie !).
Après quelques mois entre deux, je décide de travailler plus en profondeur la technique de la voix off, et fais un stage à l’IMDA, qui me remet quelques pendules à l’heure. Je créé mon site internet, peu fourni, vu le parcours, et commence à faire quelques voix. N’ayant pas de home studio, je limite mon envol, évidemment.
J’ai l’immense chance de rencontrer, à cette époque, la voix off Pierre Alain de Garrigues, qui accepte de me donner, suite à une connexion et à quelques échanges écrits, conseils pour cheminer dans ce monde de la voix. Je me souviens encore de son écoute, ses mots avisés, un concentré de bienveillance et de chaleur humaine, qui m’a encouragée à trouver ma place dans ce monde.
Alors que je me focuse sur le développement de cette activité, une nouvelle rencontre me fait bifurquer, celle de Bruno Waizmann et Olivier Casado, les créateurs d’une nouvelle émission, Carrément Bien(s), téléachat immobilier diffusé sur TMC, du groupe TF1.
Comment ? J’étais au café avec des membres des Les Maternelles, pour parler souvenirs…, et l’ancien directeur de production me dit :" je vais travailler pour une nouvelle émission, ils vont avoir besoin d’une voix ou de quelqu’un pour écrire les textes…… appelle les". Ce que je fais sans tarder. On me soumets un test : je dois imaginer une visite de maison, trouver un ton, deux personnages, comme deux copines qui visiteraient (nous réalisons très vite que pour un reportage d’1m30, 2 voix c’est totalement contre productif)….. je me prête au jeu, et l’idée d’une voix off attachante, qui découvre autant que le spectateur, le lieu où elle va, loin d’un ton journalistique, me semble être le bon choix. Je commence alors à écrire, pour la première fois de ma vie, pour une autre voix off, Katia Philibert apprenant à me mettre «dans sa voix », si je puis dire, à dire tout haut le texte, en imaginant que c’est elle, et créer, au fil des reportages, une identité.
Ce travail me comble. C’est un plein temps soutenu car je dois en même temps préparer des fiches complètes sur les villes où se déroulent les tournages, sur les caractéristiques des biens…. Cette aventure dure de 2018 à avril 2020. L’émission s’est arrêtée il y a peu et ne reprendra pas.
Le site sur lequel étaient tous les replays est fermé ! J’ai sauvé un reportage que j’ai mis sur mon site, ouf. Un souvenir.
Et me revoilà, qui ne sait encore ce qui se dessine pour la suite. Je commence à songer à un home studio pour développer mon travail de voix. Mais en parallèle, je compte bien continuer la rédaction pour d’autres voix, et me réjouis déjà des nouvelles missions qui seront les miennes. Podcast ? Tutoriels ? Pub radio ? Dialogues de série (qui sait)? Voix de magazines ? De documentaires (si le journaliste a besoin de soutien…) ? Paroles de chanson ? Histoires à raconter pour les enfants ?
C’est une belle responsabilité que d’écrire pour une voix, nous savons combien des mots qui ne s’aiment pas entre eux, qui frottent, vont freiner la fluidité du discours. C’est un peu comme de la musique, il faut, en plus du sens à donner, bien sûr, travailler la sonorité pour que la voix surfe le plus librement possible sur les lignes. En image, écrire pour de la voix off, je trouve que c’est un peu modeler une piste de ski ! Si on met les bosses au mauvais endroit, ou de la poudreuse là où elle est dangereuse, on ne facilite pas le trajet !!! Lorsqu’une voix off bute sur un mot, c’est souvent du à un texte écrit sans penser précisément à ce qu’il va donner à voix haute. Enfin, c’est ce que ma modeste expérience a remarqué !
Au delà de l’expérience magazine télé
Je me sens capable de m’atteler à tous types de supports, audios et audiovisuels. Si je pouvais être en contact avec des rédacteurs, savoir comment ils naviguent, quels sont les domaines dans lesquels on fait le plus appel à eux, cela serait pour moi d’une grande aide.
Je tiens déjà à remercier chaleureusement Aurélien d’avoir rebondi sur mon poste FACEBOOK et de me donner la chance extra de me présenter ici ! Qui sait si ce ne sera pas, encore une fois, un nouveau virage vers de nouvelles rencontres et de nouveaux chemins !
Parler et écrire, dans ce monde de l’ombre de la voix off, c’est tout ce à quoi j’aspire et si possible, vu que ce métier n’a pas d’âge, jusqu’à la fin de mes jours ! N’hésitez pas à me contacter ! [email protected] - https://marineguezvernin.com
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