Le courage d'agir - Le courage de réformer - M.Valls (La Rochelle 31/08/2014)
Il y a deux jours de cela, jâai ressenti une trĂšs vive Ă©motion. Je veux la partager avec vous.
JâĂ©tais dans les PyrĂ©nĂ©es-Orientales, dans le joli village de Millas, aux traits si catalans.
La foule était importante. Emue. Silencieuse. Rassemblée.
Nous étions là pour un dernier au revoir à notre camarade Christian BOURQUIN, président de la Région Languedoc-Roussillon.
A tour de rĂŽle, nous nous sommes exprimĂ©s. Je lâai fait au nom du gouvernement. Et jâai écoutĂ© les messages si personnels, si touchants de mon ami Jean-Claude GAYSSOT et de toutes les autres personnalitĂ©s de la rĂ©gion.
Nous Ă©tions tous rassemblĂ©s, telle une famille, dans le souvenir dâun militant, dâun Ă©lu, dâun homme de gauche engagĂ© au service de la collectivitĂ©.
Si je vous parle de cela, câest parce que sâest imposĂ©e Ă moi, dans ce moment-lĂ , dans cette cĂ©rĂ©monie rĂ©publicaine et laĂŻque, une Ă©vidence que je voulais vous transmettre : ce qui fait une famille, câest une histoire partagĂ©e, câest la soliditĂ© des liens.
Câest la capacitĂ© Ă se rassembler. Car ce qui nous unit doit ĂȘtre plus fort que nos diffĂ©rences.
Câest aussi la capacitĂ© Ă se retrouver, pour se parler et envisager ensemble lâavenir ; le
Aujourdâhui, devant vous, dans des circonstances trĂšs diffĂ©rentes bien sĂ»r, et
heureusement, je ressens Ă©galement une Ă©motion. Parce que je mâexprime, pour la
premiÚre fois en tant que Premier ministre, devant ma famille politique rassemblée.
Parce que je mâadresse aussi, Ă travers vous, Ă lâensemble des Français.
Nous gouvernons. Câest la mission que les Françaises et les Français nous ont confiĂ©e, le
6 mai 2012, avec lâĂ©lection de François HOLLANDE.
Gouverner la France, câest un immense honneur.
Câest surtout une trĂšs grande responsabilitĂ©. Elle est dâautant plus grande que nous
gouvernons dans une situation particuliĂšrement grave. A plusieurs titres.
Dâabord, au regard du contexte international avec sa succession de crises :
diplomatique, humanitaire, sanitaire, climatique.
Les tensions entre lâUkraine et la Russie, lâenlisement du conflit au Proche-Orient, les
massacres en Syrie, la terreur en Irak, lâessor du virus Ebola en Afrique de lâOuest âŠ
jamais peut-ĂȘtre nous nâavions Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă une telle intensitĂ©, et Ă une telle
Ces crises déstabilisent des pays, des régions entiÚres, dans lesquelles la menace
terroriste gronde. Et dans un monde globalisé, ces crises ont nécessairement un impact
Gravité aussi en raison de la crise économique : croissance en berne en Europe, et
chĂŽmage de masse, notamment en France.
Et Ă la crise Ă©conomique et sociale sâajoute une autre crise. Une crise moins visible, plus
sournoise, plus profonde : une crise morale, une crise dâidentitĂ©, une crise civique, une
Car ce monde en pleine mutation fait vaciller les certitudes, les repĂšres.
La crise dâidentitĂ©, câest aussi une crise de nos valeurs : montĂ©e de la violence, des
incivilitĂ©s, de lâindividualisme, des revendications communautaires.
La gravitĂ© du moment nous intime lâordre de nous hisser Ă la hauteur des enjeux.
Oui, nous gouvernons dans un moment difficile. Et notre premier devoir, câest de
lâassumer. Avec luciditĂ©.
Lâangoisse des Français est lĂ . Il y a aussi une colĂšre sourde. Elle sâest manifestĂ©e dans
les urnes en faveur du populisme, de lâextrĂȘme-droite, ou par lâabstention.
Je comprends que beaucoup de nos compatriotes, y compris dans nos rangs,
prĂ©occupĂ©s par la situation, doutent, sâinterrogent, formulent des propositions.
Quâau sein dâun parti, il y ait des interrogations, des dĂ©bats, câest normal. Câest sain.
Mais je le dis : faisons attention aux choix des mots, Ă nos attitudes, Ă nos
comportements, Ă la maniĂšre dont nous nous adressons les uns aux autres.
Les Français nous regardent. Si nous ne montrons pas lâexemple, nous tous, comment
pourraient-ils comprendre, retrouver confiance, avoir le sentiment que leurs efforts ont
Exigeants, oui, tous les Français le sont. Et ils ont raison de lâĂȘtre.
Etre aux responsabilitĂ©s, ce nâest pas baisser les bras Ă la premiĂšre difficultĂ©.
Etre socialiste, ce nâest pas cĂ©der Ă la facilitĂ©, ou Ă la fatalitĂ© !
Le sens de lâEtat appelle la maĂźtrise de soi ; la maĂźtrise collective aussi.
Dans le monde actuel, face à des défis colossaux, nous devons agir avec
détermination et avec comme objectif de rendre la France plus forte, plus
compétitive, plus juste.
1 / Renforcer la France, câest dâabord redresser notre Ă©conomie.
Et renforcer la France, câest dâabord redresser son Ă©conomie.
a) Remettre notre industrie et nos entreprises en mouvement
Le sens du pacte de responsabilité et de solidarité, annoncé par le Président de la
République le 14 janvier, c'est de s'attaquer à la racine des problÚmes qui rongent nos
entreprises, nos PME, nos PMI, nos artisans, nos commerçants. Depuis dix ans, la perte
de compétitivité nous affaiblit alors que la concurrence internationale ne nous fait
DĂšs lâautomne 2012, le rapport GALLOIS posait le diagnostic sur lâĂ©tat inquiĂ©tant de la
compétitivité française.
La Nation a donc consenti un effort sans précédent. Cet effort était nécessaire. Il va se
mettre progressivement en oeuvre. Jâassume que la gauche fasse ce qui est nĂ©cessaire
pour renforcer lâĂ©conomie et donc les entreprises qui crĂ©ent de la richesse et de lâemploi.
Et nous le faisons dans le dialogue, en associant les syndicats aux réformes conduites. Et
nous sommes vigilants, exigeants sur les engagements qui ont été pris.
Oui, la Nation a consenti un effort nĂ©cessaire. Et câest donc maintenant aux chefs
dâentreprise, parce que nous crĂ©ons un dĂ©but de confiance, de faire preuve de
patriotisme économique, sur les salaires, en embauchant, en formant, en
Le rĂ©armement industriel est un combat essentiel. Parce que lâindustrie, câest un moteur
pour le développement de notre pays. Pour sa force ! Depuis deux ans, nous avons agi
sans relĂąche pour arrĂȘter ce drame national qu'est l'hĂ©morragie des emplois industriels.
Et nous nous mobilisons pour développer nos filiÚres prometteuses, notamment la
transition Ă©nergĂ©tique, le numĂ©rique, les biotechnologies, qui sont autant dâatouts
stratégiques pour notre pays.
Nous devons libĂ©rer toutes les Ă©nergies productives, soutenir lâinvestissement privĂ© et
public, dans les travaux publics, la construction et le logement, grĂące notamment Ă nos
collectivitĂ©s territoriales. Elles doivent pouvoir investir. Jây veillerai.
Nous devons, aussi, renforcer lâattractivitĂ© de la France, dans tous les domaines â je
pense au tourisme â et donner envie d'investir sur notre territoire.
C'est aussi pour cela que nous avons engagé ce grand chantier de la simplification, car il
faut arrĂȘter de crĂ©er des normes, des rĂšgles qui compliquent la vie des entreprises. Et
qui compliquent la vie quotidienne des Français.
Alors bien sĂ»r, il nous reste encore beaucoup de blocages Ă lever. De rĂ©formes Ă
mener. Réformer pour débloquer. Mais pas pour aller en arriÚre. Je le réaffirme ici,
simplement et clairement, car je ne veux pas de faux dĂ©bats, il nây aura pas de remise
en cause des 35 heures, pas de remise en cause de la durée légale du temps de travail.
b) Lever les blocages, réduire nos déficits.
Nous devons donc nous attaquer, avec pragmatisme, Ă tout ce qui entrave notre
économie depuis des années, des décennies.
Nous le ferons avec une grande loi sur la croissance et le pouvoir dâachat. Elle portera
des mesures fortes pour remettre en cause les rentes, les monopoles de certaines
professions, pour redonner de la souplesse et favoriser une concurrence qui profitera
Nous devons aussi lever les blocages qui empĂȘchent la rĂ©ussite de notre politique
dâapprentissage. Nos voisins ont montrĂ©, depuis bien longtemps, combien
lâapprentissage est important pour lâinsertion professionnelle des jeunes. A nous de
Je pense Ă tout cela, mais une de nos premiĂšres prioritĂ©s â une tĂąche qui a Ă©tĂ© mise sous
le tapis depuis des annĂ©es ⊠â câest rĂ©duire nos dĂ©ficits. Car tant que nous
accumulerons de la dette, tant que nous vivrons au-dessus de nos moyens, nous
courrons le risque dâĂȘtre Ă la merci des marchĂ©s financiers. Nous ne pouvons augmenter
la dĂ©pense publique ; elle atteint dĂ©jĂ 57% des richesses que nous produisons. Câest
pour cela que nous devons engager la rĂ©forme de lâEtat et celle des collectivitĂ©s
Pour autant, la rĂ©duction des dĂ©ficits ne doit pas se faire par dogmatisme. Ce nâest
pas un but en soi. Sur cette question, il nây a pas avoir de dĂ©bat entre nous. Il faut
adapter le rythme de réduction des déficits à la situation économique, au niveau de
Disons les choses clairement. Pour mieux définir le sens de ce que nous faisons.
Quand nous crĂ©ons 60 000 postes dans lâEducation nationale pour refaire de lâĂ©cole une
prioritĂ©, nous ne faisons pas de lâaustĂ©ritĂ©.
Quand nous préservons les missions du budget de la Culture pour la création et le
spectacle vivant nous ne faisons pas de lâaustĂ©ritĂ©.
Quand nous créons des postes de policiers, de gendarmes, pour garantir la sécurité des
Français sur tout le territoire â dans les quartiers populaires, dans les zones rurales â,
nous ne faisons pas de lâaustĂ©ritĂ©.
Quand nous créons des postes dans la Justice, la pénitentiaire, et pour mettre en oeuvre
la rĂ©forme pĂ©nale, nous ne faisons pas de lâaustĂ©ritĂ©.
Quand nous agissons avec les emplois dâavenir pour permettre aux jeunes de dĂ©buter
dans la vie, nous ne faisons pas de lâaustĂ©ritĂ©.
Bien sûr, je connais comme vous les difficultés que vivent de millions de Français au
chÎmage ou dans la précarité. Mais quand nous augmentons le RSA de 10%, quand
nous mettons en place un grand plan de lutte contre la pauvreté, nous ne faisons pas de
Quand nous augmentons lâallocation de rentrĂ©e scolaire que viennent de toucher des
milliers de familles, nous ne faisons pas de lâaustĂ©ritĂ©.
Alors, ne caricaturerons pas nous-mĂȘmes notre action â dâautres sâen chargent ! -
sachons expliquer, valoriser ce que nous faisons ! Soyons en fiers !
Nous faisons des choix calibrés, équilibrés. Ils visent à préserver notre modÚle social.
Nous tiendrons notre objectif de 50 milliards dâĂ©conomies dans les dĂ©penses publiques.
Câest cela le sĂ©rieux budgĂ©taire. Et que dit la droite dans ce domaine ? Câest dâailleurs la
seule chose quâelle propose ⊠Elle voudrait 100 ou 150 milliards ! Câest de la folie !
Combien de professeurs, de policiers, de gendarmes, dâinfirmiers en moins ? Câest tout
simplement une mise en cause du fondement de notre pacte social. VoilĂ la vraie
Et si nous rĂ©duisons nos dĂ©ficits, ce nâest parce que lâAllemagne en aurait dĂ©cidĂ© ainsi,
ou parce que ce choix nous serait imposĂ©. Non ! Nous le faisons pour nous-mĂȘmes.
Et nous devons le faire tout en baissant la pression fiscale, car les impĂŽts ont atteint
un niveau insupportable pour les Français. Un premier pas a été accompli en
direction de plus de 4 millions de ménages dÚs cette rentrée. Et nous poursuivrons ce
c) Relancer la croissance en Europe.
A nous de relever un grand défi aux yeux de l'Europe, aux yeux du monde : prouver
que la France peut se relever avec ses propres solutions, en assumant ses choix, en
préservant son pacte social, et ayant confiance en elle.
Câest aussi en menant Ă bien nos rĂ©formes structurelles que nous pourrons faire avancer
nos idĂ©es en Europe. Pour plus de croissance ! Plus dâemplois !
Ce que nous attendons de lâEurope, nous ne cessons de le rĂ©pĂ©ter depuis des
semaines : câest un engagement puissant pour la croissance et pour lâemploi.
En avril dernier, nous étions trÚs isolés en Europe sur cette question. Je me souviens de
rĂ©actions trĂšs vives suite Ă ma dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale. Jâavais alors dit que
lâeuro Ă©tait surĂ©valuĂ©.
Cette idée a fait son chemin. Je le constate.
La Banque Centrale Européenne a fait un premier mouvement remarqué début juin qui
a entrainĂ© une baisse de lâeuro de 6%.
Cela peut paraßtre faible, mais appliqué à toutes nos entreprises exportatrices, cela
reprĂ©sente des dizaines de milliers dâemplois prĂ©servĂ©s.
Ces décisions de la Banque Centrale ont constitué un signal fort. Devant la faiblesse de
la reprise Ă©conomique, devant le niveau Ă©levĂ© de lâeuro, devant le risque de dĂ©flation
dans certains pays, la BCE agit enfin pour soutenir la croissance.
Mais il faudra aller encore plus loin. Et dans son dernier discours, le Président de la
BCE, Mario DRAGHI, a dĂ©clarĂ© quâil se tenait prĂȘt Ă dâautres types dâintervention.
Alors reconnaissons-le : la politique monétaire a commencé à changer. Mais il faut
Le président de la BCE a aussi recommandé une politique globale de la demande au
niveau européen accompagnée de politiques nationales structurelles. La politique
budgétaire doit jouer un rÎle plus important aux cÎtés de la politique monétaire. Mario
DRAGHI souhaite mĂȘme que la flexibilitĂ© inscrite dans les rĂšgles actuelles soit utilisĂ©e
pour sâajuster Ă une croissance trop faible. Il a enfin ouvert le dĂ©bat sur lâorientation
globale de la politique budgétaire en Europe, et soutenu un vaste programme
dâinvestissement public europĂ©en.
La position du PrĂ©sident de la BCE aujourdâhui, câest celle portĂ©e depuis deux ans par
le PrĂ©sident de la RĂ©publique. Câest celle qui est prĂŽnĂ©e par de nombreuses
institutions internationales, par des Ă©conomistes. Câest celle que je porte depuis cinq
Hier, nous nous sommes retrouvés avec le Président de la République et les leaders
sociaux-démocrates européens. Tous, avec Matteo RENZI, Sigmar GABRIEL, partagent
les mĂȘmes analyses : lâinvestissement est Ă niveau trop bas en Europe. La prĂ©sidence
italienne organisera un conseil europĂ©en consacrĂ© Ă la croissance et Ă lâemploi, et
suivant la proposition du Président de la République, il y aura également un conseil de
Mesurons ensemble le chemin parcouru !
Et nous allons continuer, dans les semaines qui viennent, Ă convaincre, car le temps
Nous allons travailler Ă concrĂ©tiser les 300 milliards dâeuros que le nouveau prĂ©sident
de la Commission, Jean Claude JUNCKER a annoncé. Mais Jean-Christophe a raison :
tous les pays doivent prendre leurs responsabilitĂ©s. Et lâAllemagne ne peut pas
Ă©chapper aux siennes. Elle aura aussi besoin dâune relance.
2/ Renforcer la France en retrouvant nos valeurs, en refaisant Nation
Pour se renforcer, la France doit redresser son économie, mais elle doit savoir aussi se
retrouver. Se retrouver pleinement.
Notre pays est traversé par de nombreuses fractures, économiques, sociales, culturelles,
géographiques identitaires.
Nous devons faire face Ă la montĂ©e trĂšs prĂ©occupante de lâintolĂ©rance, du racisme, des
actes et des paroles antisémites, antimusulmans, anti-chrétiens, homophobes.
Il y aussi la radicalisation qui pousse des Français, et notamment des jeunes, à aller
mener le djihad au-delĂ de nos frontiĂšres et Ă nourrir le projet de frapper leur pays au
retour. La radicalisation, câest un grand danger qui gĂ©nĂšre des peurs lĂ©gitimes parmi
nos concitoyens. Le Français qui a commis lâattentat au musĂ©e juif de Bruxelles Ă©tait un
membre de lâEIIL dont nous connaissons les actes de barbarie en Syrie et en Irak. Câest
une menace pour lâĂ©quilibre du Moyen-Orient. Câest une menace globale peut-ĂȘtre sans
Ce que je crois profondĂ©ment, câest que beaucoup de Français ont perdu de vue ce
Je suis fier dâĂȘtre Français. Je sais ce que je dois Ă mon pays. Et je me bats, chaque jour,
pour lui rendre ce quâil mâa donnĂ©. Et comme vous, je veux que tous les enfants de
France soient fiers de leur pays, sây sentent Ă leur place. Comment alors accepter que
des jeunes, dans nos quartiers populaires, aillent chercher dâautres appartenances que
celles de la République ?
Si nous assistons Ă cela, câest bien quâil y a un problĂšme.
Et quand il y a un problĂšme, il faut savoir ouvrir les yeux.
Si certains tournent le dos Ă la RĂ©publique, font le choix du repli, câest aussi parce
que la RĂ©publique nâa pas su, et ne sais plus, tenir toutes ses promesses.
Ayons le courage de dire que 30 ans de politiques dâintĂ©gration, destinĂ©es Ă des
populations choisies pour leurs origines, ont fait fausse route.
Moi, je ne connais que les politiques de citoyenneté. Celles qui font que, peu importe
ses origines, sa couleur de peau, que lâon ait des ancĂȘtres en France ou quâon y rĂ©side
depuis peu, on puisse ĂȘtre un citoyen Ă part entiĂšre, avec les mĂȘmes droits et les
Mon expĂ©rience de maire dâEvry mâa appris combien nous devons parler Ă nouveau
aux quartiers populaires. Pour leur redonner confiance. Cela passe bien sĂ»r par lâĂ©cole,
la formation, lâemploi, par une politique de la ville ambitieuse, et une lutte acharnĂ©e
contre les discriminations. Cela passe aussi, et surtout, par le respect, la reconnaissance.
Câest Ă une immense mobilisation vers ces quartiers que je vous appelle. Nous
devons adresser un message Ă cette jeunesse qui nâest pas un problĂšme pour la
France, mais un atout, une chance.
ArrĂȘtons de stigmatiser des populations en les ramenant constamment Ă leurs origines,
Ă leur religion. Et je pense en particulier Ă lâIslam. LâIslam, câest la deuxiĂšme religion de
France. Elle doit bien sĂ»r sâorganiser dans le cadre des valeurs rĂ©publicaines. Mais dans
notre pays, les musulmans ont le droit dâĂȘtre considĂ©rĂ©s pour ce quâils sont : des
citoyens Ă part entiĂšre. Câest aussi cela la laĂŻcitĂ©.
La laĂŻcitĂ©, câest notre richesse, notre bien commun. Faisons la vivre. Expliquons la !
Défendons la. Partout, et tout le temps. Et surtout quand des pratiques religieuses ou
des intĂ©grismes veulent sâaffranchir des lois de la RĂ©publique notamment en niant
lâĂ©galitĂ© entre les femmes et les hommes.
Cette politique de citoyennetĂ© que jâappelle de mes voeux nous devons lâengager
maintenant. Les Français lâattendent.
Ils ont besoin que soit réaffirmée une communauté de valeurs.
Ils ont besoin que soit restaurĂ©e lâautoritĂ© et les rĂšgles, car sans ordre rĂ©publicain, ce
sont toujours les plus faibles et les plus démunis qui souffrent. Agir en priorité pour
celles et ceux qui souffrent le plus de la violence, de la dĂ©linquance, câest le sens de
notre politique de sécurité.
Nos compatriotes ont besoin que nous rebĂątissions ensemble une France qui parle au
Pour cela, il faut renouer avec nos symboles républicains. Nous les avons délaissés,
parce que nous les pensions ringards, dĂ©passĂ©s. Et dâautres, encore hier, les partisans
du rejet et du dĂ©clin, sâen sont alors emparĂ©s pour les dĂ©tourner.
Nos symboles, ce sont notre drapeau, notre devise, notre hymne notre fĂȘte nationale,
mais ce sont aussi tous les moments qui tissent un lien entre le citoyen et la République.
Et dâailleurs, comment ne pas souligner lâengouement autour de cette annĂ©e de
commémorations du Débarquement de Normandie, de Provence, de la Libération de
Paris, du maquis du Vercors. Ces commémorations nous ont permis de nous retrouver
autour de notre histoire et de nos valeurs universelles. Elles sont plus que jamais
Face aux dĂ©rĂšglements du monde, nous devons ĂȘtre fiers de lâaction de nos armĂ©es et de
la France au Mali, en Centre-Afrique ; fiers également de notre soutien actif aux Kurdes
et aux ChrĂ©tiens dâOrient. Nous combattons sans relĂąche le terrorisme avec nos
partenaires et dans le cadre du droit international. Et celui qui incarne cette politique,
câest le Chef de lâEtat. Nous devons le soutenir. Et plus encore face Ă une droite
inconsĂ©quente qui, faute dâidĂ©e et de leader, ne mise que sur la dĂ©stabilisation de nos
On ne joue pas avec les rÚgles, les principes, les valeurs de la République.
3/ Renforcer la France en luttant contre les inégalités
Dans les moments de doute, il faut savoir retrouver lâessentiel : rassembler la Nation
Il faut aussi réaffirmer nos grands principes.
Et un des grands principes de la gauche, pour lequel elle sâest toujours battue,
mobilisĂ©e, câest la lutte contre les inĂ©galitĂ©s et les injustices.
Vous le savez comme moi : trop de Français ont le sentiment que les difficultés touchent
toujours les mĂȘmes ; que seules les personnes les plus favorisĂ©es, Ă©conomiquement et
culturellement, arrivent Ă sâen sortir. Et eux, classes populaires, classes moyennes, se
sentent alors asphyxiées et attendent une aide qui ne vient pas.
La gauche sâest toujours placĂ©e aux cĂŽtĂ©s des plus faibles, des exclus, des moins bien
lotis, pour les défendre.
Alors, plus que jamais, j'appelle la gauche à se remettre du cÎté de ceux qui
aimeraient croire un peu plus en la France, pour peu que la France croie un peu plus
Encore une fois, avant de sâattaquer Ă un problĂšme, il faut savoir le regarder de maniĂšre
Il est inacceptable que les enfants nâaient pas la mĂȘme chance de rĂ©ussir dans la vie,
selon quâils sont nĂ©s Ă Neuilly ou dans les quartiers populaires !
Il est inadmissible que des étudiants, ou des personnes ùgées, aient du mal à se soigner ;
que lâaccĂšs au logement reste une vĂ©ritable « galĂšre » pour des millions de Français, y
compris et de plus en plus de classes moyennes.
Il est rĂ©voltant, oui rĂ©voltant, que certains continuent Ă sâaccorder des dividendes et des
bonus indĂ©cents quand tant de gens â tant de jeunes â sont au chĂŽmage. Et quand tant
dâautres, qui travaillent dur, ont pourtant tant de mal Ă boucler leurs fins de mois !
Mais il est tout aussi inacceptable quâĂ revenu Ă©gal, Ă situation comparable, deux
individus nâaient pas les mĂȘmes droits ou ne perçoivent pas les mĂȘmes aides.
Tout aussi inadmissible que, lorsque certains travaillent dur pour gagner peu, dâautres
puissent aussi facilement se dérober à leur responsabilité de citoyens.
Tout aussi révoltant, enfin, que certains paient leurs amendes pour des erreurs
mineures, quand dâautres, parce quâils ont des connexions ou appartiennent Ă une Ă©lite,
ont souvent des passe-droits.
Dans la RĂ©publique, il nây a pas de « deux poids â deux mesures », pas de citoyens de
seconde zone ! Il y a une loi qui doit sâappliquer Ă tous, sans distinction.
La gauche doit aider les plus démunis, mais elle ne doit pas oublier les classes
moyennes, ou décourager tous ceux qui travaillent, qui produisent cette richesse dont
notre pays a tant besoin. La gauche doit aider chacun Ă vivre dignement de son travail.
Et ne laissons jamais sâinstaller toutes ces caricatures sur lâassistanat : aucun Français
ne rĂȘve de vivre des minimas sociaux ! Alors mettons plus d'Ă©nergie Ă leur garantir
du travail, à les former, à mettre toutes les chances de leur cÎté pour qu'ils puissent
saisir les opportunitĂ©s qui leur sont offertes. Et câest ce que nous faisons avec la
fusion entre le RSA activitĂ© et la prime pour lâemploi, qui permettra de mieux
soutenir les travailleurs pauvres.
Lâemploi. Lâemploi. Lâemploi. Il sera au coeur des prochains rendez-vous annoncĂ©s
par le PrĂ©sident de la RĂ©publique: sur lâapprentissage, sur la garantie jeune, sur
lâinvestissement et le financement de lâEconomie, sur le suivi du pacte.
Je connais les dĂ©bats qui peuvent exister autour des notions dâĂ©galitarisme,
dâĂ©quitĂ© ⊠Mais parlons simplement. Retrouvons, et faisons vivre pleinement, cette
belle idĂ©e dâĂ©galitĂ©.
Câest le sens des politiques que nous menons avec la loi SantĂ© qui gĂ©nĂ©ralisera le tiers
payants ; la loi sur le vieillissement â dĂ©battue prochainement â qui doit permettre Ă
chacun de vieillir dignement ; ou encore la loi sur la justice citoyenne qui rendra la
justice du quotidien plus accessible.
Nous le savons tous : lâĂ©galitĂ©, elle commence dâabord Ă lâĂ©cole. LâEcole de la
RĂ©publique que nous devons rĂ©investir, car depuis trop dâannĂ©es, elle a tendance Ă
reproduire les inégalités plutÎt que les combattre.
Nous avons commencé à agir avec les créations de postes, la priorité au primaire, la
relance de lâĂ©ducation prioritaire, la rĂ©forme des mĂ©tiers de lâĂ©ducation. Et dans
quelques jours, pour cette rentrée, toutes les écoles mettront en oeuvre la réforme des
rythmes scolaires. Câest le chemin nĂ©cessaire pour donner Ă chacun la meilleure chance
de rĂ©ussir. Alors, soyons fiers de cette rĂ©forme ! Elle sâappliquera. Partout. Car câest la
Oui, nous augmentons les moyens de lâĂ©cole. Mais cela ne suffit pas. Il y a toujours trop
dâĂ©chec. Alors nous devons aller plus loin en repensant lâĂ©cole, ses projets, sa
pĂ©dagogie. Câest une magnifique ambition dont nous devons tous nous emparer. Car
quel plus beau projet pour un pays que dâinvestir dans sa jeunesse, de lui donner tous
les moyens de réussir sa vie ?
Permettez-moi Ă ce stade une remarque : jâai entendu, depuis quelques jours, de
nombreuses réactions, de nombreux commentaires, sur un jeune ministre qui venait
dâĂȘtre nommĂ© ⊠Des commentaires avant mĂȘme quâil nâait eu le temps de faire ses
preuves. Mais jâaurais aimĂ©, quâĂ lâunisson, nous nous fĂ©licitions davantage que la
RĂ©publique ait su reconnaitre les compĂ©tences, le travail, lâengagement. Et notamment
en confiant, pour la premiĂšre fois, Ă une femme, elle aussi jeune, Najat VALLAUDBELKACEM,
cette lourde mission dâĂȘtre Ă la tĂȘte du ministĂšre de lâEducation nationale.
Mes chers amis, câest lĂ le sens de notre action : renforcer notre pays pour que ce
mouvement profite Ă tous.
Retrouver la croissance, rĂ©armer notre industrie, rebĂątir lâĂ©cole, câest replacer la France
sur le chemin du progrÚs économique.
Et notre projet a toujours été le progrÚs. Le progrÚs au sens le plus large. Le progrÚs
social, bien sûr ! Mais aussi le progrÚs industriel, technologique, scientifique. Et
comment parler de progrĂšs sans parler de culture. La culture, câest lâouverture aux
autres. Câest lâĂ©mancipation pour chacun. Câest le rayonnement. Câest notre langue et
notre exception culturelle. Ce sont aussi les enjeux du numĂ©rique. Câest aussi une
solution juste et durable pour les intermittents du spectacle. Et je sais combien Fleur
PELLERIN saura sâinvestir sur ces sujets tellement importants pour notre pays, pour sa
cohésion, et pour sa place dans le monde.
Depuis que nos universitĂ©s dâĂ©tĂ© existent, je crois nâen avoir manquĂ© aucune, comme
militant du MJS, du PS, comme élu, comme ministre, comme Premier ministre
Je connais bien les débats qui peuvent agiter notre parti. Et encore récemment au sujet
du non-cumul des mandats. Mais nous lâavons fait. Et je suis fier dâavoir portĂ© cette loi.
Je pense aussi au débat sur la réforme territoriale. Nous la ferons ! En écoutant les élus !
Et câest pour tous ces dĂ©bats ⊠que jâaime les socialistes.
Je connais nos réflexions permanentes sur nos positionnements, ou notre
ligne idĂ©ologique : Parti socialiste, parti social-dĂ©mocrate ⊠A toutes ces rĂ©flexions, jâai
participĂ© ⊠Et je suivrai attentivement, cher Jean-Christophe, la belle dĂ©marche dâEtats
généraux que tu as enclenchée. Elle est utile.
Mais avoir des débats entre nous ne doit jamais nous détourner des Français. Car la
gauche nâest jamais si grande que quand elle sâadresse au plus grand nombre. Et dans le
monde actuel, la gauche nâa jamais Ă©tĂ© aussi nĂ©cessaire, pour affirmer le rĂŽle de la
puissance publique, pour réguler, pour défendre la justice sociale, pour retrouver
Il nây a pas dâun cĂŽtĂ© la gauche qui gouverne et de lâautre la gauche. Il y a la gauche en
mouvement pour que la gauche avance.
La gauche, celle qui gouverne, câest tenir quand toutes les digues sâapprĂȘtent Ă rompre.
La gauche, celle qui gouverne, câest faire surtout quand câest difficile.
La gauche, celle qui gouverne, ce nâest pas : revenir, ajourner, rĂ©trograder.
La gauche, celle qui gouverne, câest avancer, rĂ©former, progresser !
La gauche, celle qui gouverne, câest aller chercher lâespoir surtout quand il nây en a
La meilleure façon de ne pas renoncer Ă lâidĂ©al, câest de ne pas renoncer au rĂ©el !
Je sais quelle est ma mission.
Jâen mesure les exigences.
Je sais dans quelles circonstances jâai Ă©tĂ© nommĂ©, par le PrĂ©sident de la RĂ©publique Ă
lâissue des Ă©lections municipales.
Et je nâignore rien des doutes et de la dĂ©fiance gĂ©nĂ©ralisĂ©s des Français. Et y compris
leurs questionnements sur notre capacité à gouverner.
Mais nous gouvernons, nous sommes aux responsabilités, avec François HOLLANDE,
comme nous lâavons Ă©tĂ© avec François MITTERRAND puis Lionel JOSPIN. Et toujours
nous avons su faire avancer la société.
Nous sommes les hĂ©ritiers de lâavenir.
Bien sûr, le contexte est différent. Le monde a changé totalement. Mais nos valeurs, nos
ambitions, nos exigences ne changent pas.
Il nây a ni virage, ni tournant. Il y a une ligne : celle de la vĂ©ritĂ©, de la rĂ©forme et de
RĂ©tablir la confiance. Faire confiance. Pour donner confiance. Câest la clef de tout.
Ce nâest pas en renonçant Ă ce qui est difficile que les difficultĂ©s disparaissent. Alors
ayons le courage dâagir, de gouverner dans la durĂ©e, pour que les choses changent
Mais rien ne se fera sans le rassemblement le plus large. Le rassemblement de toutes
les forces vives de ce pays, le rassemblement de tous les Français !
Mais rien ne se fera sans vous, sans nous les socialistes, les Ă©lus, les parlementaires â et
je salue Bruno LE ROUX, Claude BARTOLONE, Didier GUILLAUME, Jean-Pierre BEL.
Mais jâai surtout besoin de vous, militants dont je connais lâĂ©nergie, lâengagement, le
Alors, en-avant, debout, debout, relevons la tĂȘte ! Soyons fiers de nous-mĂȘmes.
Car quoiquâon dise, moi je sais que les Français ont envie dây croire. Que lâespoir,lâinvincible espoir, dâun lendemain meilleur existe toujours. Et câest Ă nous, nous tous, ensemble, de le porter !
Vive la République ! Vive la France !