They said I couldânt reach Mars, so I turned to a star
2020. Si jâavais eu le pouvoir de supprimer cette annĂ©e de nos existences, lâaurais-je fait ?
BientĂŽt Ă la moitiĂ© de lâannĂ©e, et nous vivons collectivement une pĂ©riode floue. Je pense ne pas exagĂ©rer en disant que jâai lâimpression de suivre un fil qui peut changer de route, ou totalement se briser.
Je pensais que passer deux mois enfermĂ©s mettrait un terme Ă tellement de choses, Ă nos projets, Ă nos envies dâautre chose, nos envies dâailleurs. Je pensais prendre un coup dans lâaile, en mĂȘme temps que la planĂšte entiĂšre. Mais ça nâest pas le cas.
Du temps pour penser, je mâen crĂ©e depuis des annĂ©es. Je mâinflige des minutes, des heures, des jours, des mois pendant lesquels je me force Ă envisager le pire. Rarement le meilleur. On vit vite, Ă 100 Ă lâheure tout le temps, les gens Ă©voluent rapidement, les sentiments, les envies. Trop facile de se retrouver confrontĂ©e au pire du jour au lendemain. Alors lâenvisager a Ă©tĂ© ma façon - pendant longtemps - de me rassurer. Peut-ĂȘtre avais-je le sentiment dâavoir le contrĂŽle sur mon existence dans ce monde oĂč jâai lâimpression que la vie dĂ©cidait pour moi ?
Ces deux mois, tout sâest ralenti. Le monde et les voix dans ma tĂȘte avec. Le temps sâest rallongĂ©, lâespace-temps sâest Ă©tirĂ©. Le temps Ă©tait lĂ . Plus besoin de courir aprĂšs, jâavais juste Ă tendre la main et je pouvais le sentir. Contrairement Ă certaines personnes, jâai aimĂ© cette pĂ©riode pour cette raison. Je nâavais dĂ©sormais plus besoin de courir aprĂšs le temps pour trouver des moments de respiration, et surtout pour voir la lumiĂšre.
Jâai compris ne pas ĂȘtre une personne frontale. Je fantasme sur ce qui pourrait aller mieux, je suggĂšre, je fais des sous-entendus, crĂ©e des situations en attendant que les autres rĂ©pondent Ă mes questions. Mais je prends trĂšs rarement les choses en main. Je rĂ©ponds trĂšs rarement moi-mĂȘme Ă mes questions.
Cette pĂ©riode aura permis ça. Comme toutes les autres que jâai traversĂ© - et dont jâai souvent parlĂ©, oui. Mais dâune maniĂšre bien plus saine, bien plus Ă©vidente aussi : jâai Ă©tĂ© obligĂ©e de me regarder en face.
Combien de fois ai-je affirmĂ© ne pas ĂȘtre satisfaite de mon boulot ? Combien de fois jâai parlĂ© de tout arrĂȘtĂ© ? Combien de fois jâai criĂ© haut et fort que jâĂ©tais faite pour faire mes propres choix, dĂ©cider, avoir ma propre vision ? Des centaines.
Mais combien de fois ai-je vraiment pris la mesure de mes propos ? Ă quel moment jâai dĂ©cidĂ© de ne plus procrastiner et de me lancer vraiment ? Ă quel moment jâai assumĂ© ce que jâaffirmais fiĂšrement Ă mes amis ? Jamais.
Je pense que ça y est. Jâai les pieds, mais surtout le cĆur et la tĂȘte dedans. La peur est naturelle. Elle est mĂȘme rationnelle pour qui sâapprĂȘte Ă vivre un Ă©niĂšme changement. Pour qui se prĂ©pare Ă sâexposer. Je pensais ĂȘtre courageuse, sans jamais avoir vraiment eu de preuves de cela.
On est le 18 mai 2020, et je pense quâaujourdâhui, je commence Ă lâĂȘtre vraiment. Je pense que la gamine que jâĂ©tais - Ă qui on a toujours rĂ©pĂ©tĂ© quâelle Ă©tait la meilleure - nâa jamais vraiment transformĂ© lâessai. Je suis intelligente, je peux faire les choses. Je sais que je peux. Alors, je me suis contentĂ©e de ça. Parce quâaprĂšs tout, pourquoi le prouver si tout le monde le dit ?
Jâai fantasmĂ© ma satisfaction. Ma satisfaction des situations, mais aussi la satisfaction de ma propre personne. Je pense que jâai souvent dit que jâĂ©tais fiĂšre de moi, quand au fond je ne lâĂ©tais pas. Ăa a quelque chose de douloureux de se lâavouer. Je nâai jamais eu envie dâĂȘtre une fraude, mais jâai conscience que jâaurais rapidement pu en devenir une. Et je crois que lĂ aurait Ă©tĂ© mon plus grand Ă©chec.
Jâai des ambitions que je nâassumais pas. Que je nâassumais pas aux yeux des autres, que je nâassumais pas pour moi-mĂȘme. Jâavais envie dâĂȘtre dans un cocon, dans un moule, de ne pas ĂȘtre trop bien aux yeux des gens pour pas mâexposer aux commentaires, mais Ă©galement de ne pas ĂȘtre trop nulle.
Je me suis toujours auto-dĂ©finie comme une meuf solide, comme quelquâun dâinflexible. Qui sâen foutait du regard des autres. Qui faisait.
Je crois que jâen ai marre de ma propre hypocrisie.Â
Je nâai pas envie de laisser un mood ambiant dĂ©finir quel est le mien.
Je nâai pas envie de laisser le niveau dâautres personnes - proches ou moins proches de moi - Ă©tablir le mien. Je nâai plus envie dâavoir peur de la critique, de toute façon elle est inĂ©vitable. Je nâai plus envie dâavoir peur de dire Ă mon mec quand quelque chose ne me convient pas. Je nâai plus peur dâĂȘtre seule. Je nâai plus peur de dĂ©cevoir quiconque si ce nâest ma propre famille. Je nâai pas envie de me forcer Ă me faire apprĂ©cier des potes de mes potes.
Je nâai plus envie quâon valide tout ce que je fais, tout ce que je dis. Je nâai plus envie de laisser mon destin entre les mains des autres.
Je nâai plus envie de mâauto-rabaisser pour passer entre les quatre murs que ce monde a Ă©difiĂ© pour moi.
Jâassume mes ambitions, jâassume les exigences que jâai. Et je crois pouvoir dire, sans honte, que si quelque-chose ou quelquâun nây correspond pas, il nâa rien Ă faire dans ma vie.
2020 et ce confinement auront Ă©tĂ© une bĂ©nĂ©diction pour moi. CoupĂ©e de lâextĂ©rieur, des pressions, du taf, je me suis rendue compte que jâĂ©tais mon propre plafond.
Ăa fait exactement 1 mois que je bosse sur le projet qui fera certainement de moi une nouvelle personne. Qui, jâespĂšre, va changer ma vie. Il est tournĂ© vers les autres, mais je le fais aussi et surtout pour moi. Â
Câest le dĂ©but, jâen suis au bĂ©gaiement. Mais wow, que les perspectives futures sont rendues meilleures depuis que je mây suis mise. Jâai lâimpression que ça va rĂ©volutionner ma vie, comme jâaimerais que ça rĂ©volutionne un peu chacun dâentre nous. Moi qui aie eu toujours peur de lâaprĂšs, grĂące Ă ce projet, jâai lâimpression que mon cĆur se soulage un peu chaque jour.
Jâai lâimpression que je peux tout faire, tout devenir, que tout est Ă ma portĂ©e et que rien ne mâempĂȘchera de lâatteindre Ă part moi-mĂȘme.
Je suis tellement heureuse dâĂ©crire tout ça. Comme dâhabitude, jâen ai les larmes aux yeux.