La Profezia di Cazotte:
La Conversione di J.F. De La Harpe:
Le protĂ©gĂ© de Voltaire sâenflamme pour la rĂ©volution... mis en prison, il se met Ă prier Dieu, qui lâexauce. LibĂ©rĂ© il se convertit et dĂ©fen
Jean-François de la HARPE (1739-1803)
SiĂšcle : 18e
Point de départ : Lieutenant de Voltaire (« philosophie » des « lumiÚres »).
Préoccupation : Arrestation en avril 1794 ; prison ; ombre menaçante de la guillotine.
Porte dâentrĂ©e dans la vraie religion : Psaumes, Ăvangile, Imitation de JĂ©sus-Christ.
Le protĂ©gĂ© de Voltaire NĂ© le 20 novembre 1739 Ă Paris (dans la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet), Jean-François de La Harpe a 20 ans lorsquâil publie ses premiers vers antireligieux (Les HĂ©roĂŻdes, 1759), qui attirent aussitĂŽt lâattention de Voltaire. Le jeune La Harpe devient alors, comme dit Sainte-Beuve, âle premier lieutenant de Voltaireâ. Ce dernier fait couronner les discours et les poĂšmes de son poulain par lâAcadĂ©mie française. En 1776, malgrĂ© lâopposition de la Sorbonne et de lâarchevĂȘque de Paris, Voltaire et dâAlembert rĂ©ussissent mĂȘme Ă faire Ă©lire La Harpe acadĂ©micien. La Harpe continue de flatter son vieux protecteur, qui meurt deux ans plus tard (1778). Il compose en son honneur un Ăloge de Voltaire qui reçoit le prix dâĂ©loquence de lâAcadĂ©mie.
Le parvenu La Harpe est dĂ©sormais un personnage : directeur du Mercure de France, qui rĂšgne sur les lettres françaises. Câest un correspondant rĂ©gulier du tsar Paul Ier (qui lâinvite plusieurs fois Ă sa table lors de sa visite en France). En 1789, il sâenthousiasme pour la RĂ©volution. Il applaudit particuliĂšrement les mesures antireligieuses. FidĂšle Ă son maĂźtre Ă penser, Voltaire, il dĂ©signe constamment lâĂglise catholique par les termes fanatisme et superstition. Il dĂ©nonce les prĂȘtres comme « les charlatans Ă Ă©tole » complice des « charlatans Ă couronne » (Mercure François, 23 novembre 1793). Il affirme que câest de la messe que sont venus tous nos malheurs (Mercure François, 1er mars 1794). Pourtant, il dĂ©plaĂźt Ă Robespierre, qui lâinscrit sur la liste des suspects. Le 26 VentĂŽse de l'an II (16 Mars 1794), La Harpe est arrĂȘtĂ©. EmprisonnĂ© pendant quatre mois, il nâĂ©chappe Ă la mort que grĂące Ă la chute de Robespierre. Mais Quelquâun lâattend dans sa prison.
Conversion en prison (mars 1794) La Harpe a racontĂ© sa conversion dans une lettre Ă un ami. Câest dâabord lâarrivĂ©e en prison : « Il Ă©tait dĂ©jĂ nuit ; on me fit traverser trois longs corridors, oĂč je vis Ă©pars ça et lĂ des hommes, ou plutĂŽt des spectres, pĂąles, silencieux, rĂȘveurs, abattus. Jâarrive enfin Ă la cellule qui mâĂ©tait destinĂ©e ; le conducteur me dit dâune voix rauque et forte : âIl ne vous faut rien ? â RienËź, lui dis-je. Ă ces mots, il tourne une grosse clef, et mâenferme dans mon cachot. « Je mâapproche Ă tĂątons dâun lit, ou plutĂŽt dâun vieux grabat, oĂč je croyais pouvoir trouver quelque repos. La premiĂšre idĂ©e qui sâoffrit Ă mon esprit, ce fut de songer au malheureux qui, la veille, avait couchĂ© dans ce mĂȘme lit, et qui nâĂ©tait dĂ©jĂ plus. AussitĂŽt mes yeux se couvrent dâun nuage ; Ă travers ce nuage, mon imagination effrayĂ©e me reprĂ©sente tout Ă la fois lâĂ©chafaud, la mort, lâenfer⊠lâenfer pour toute lâĂ©ternitĂ© ! Je me prosterne et mâĂ©crie : âMon Dieu, aie pitiĂ© de moi ! Aie pitiĂ© de moi, mon Dieu ! Je sais combien je suis coupable ; mais je connais aussi toute lâĂ©tendue de ta misĂ©ricorde. Tu vois mes larmes, mon repentir sincĂšre ; ne dĂ©daigne point un cĆur contrit et humiliĂ©. Si ma derniĂšre heure est venue, rends-moi digne de me prĂ©senter au tribunal de ta suprĂȘme justice ; que si ta bontĂ© veut encore prolonger mes jours, affermis-moi dans la rĂ©solution de ne vivre dĂ©sormais que pour te servir, que pour expier mes fautes. Je jure, dans toute la sincĂ©ritĂ© de mon Ăąme, dâabjurer tous les faux systĂšmes que jâai professĂ©s jusquâici ; de faire aimer, de propager ton culte, autant quâil me sera possible, et de rĂ©parer, tant par ma conduite que par mes Ă©crits, le scandale que jâai pu donner Ă lâĂglise et Ă notre sainte foi catholique, apostolique et romaine. Ëź « A peine eus-je prononcĂ© cette priĂšre, souvent interrompue par mes sanglots, que je sentis comme un baume vivifiant couler dans mon Ăąme ; il me parut entendre ces mots consolants : âDieu vient dâexaucer ta priĂšre, il accepte la promesse que tu lui fais ; tiens ta parole, et songe bien quâon ne le trompe jamais impunĂ©ment.Ëź « Je regarde autour de moi, je porte mes pas du cĂŽtĂ© dâoĂč jâavais cru entendre partir la voix ; je ne trouve personne. Je ne doutai pas que ce ne fĂ»t un de ces messagers de lâĂternel qui portent ses ordres sur la terre. Je me prĂ©parais Ă lui tĂ©moigner ma reconnaissance, lorsquâun doux sommeil vint fermer mes paupiĂšres et me donner un repos que jâavais perdu depuis longtemps. « Le lendemain, je me rĂ©veillai Ă la pointe du jour, lâĂąme enivrĂ©e des prĂ©mices dâune bĂ©atitude que je ne saurais dĂ©crire. En ce moment, les souvenirs de la RĂ©volution, les agents et les instruments de la mort, lâimage de ma captivitĂ©, ma prison mĂȘme, tout disparut devant moi ; je ne vis que Dieu seul. » AprĂšs cette premiĂšre grĂące, La Harpe emploie son temps Ă la lecture des Ăvangiles et des psaumes. Mais lâinquiĂ©tude le reprend. Sa conscience est chargĂ©e de nombreuses fautes. Il voudrait les confesser Ă un prĂȘtre et recevoir lâabsolution, pour ĂȘtre sĂ»r du pardon de Dieu. Mais aucun prĂȘtre nâest disponible.
La rĂ©ponse de Dieu Ă ses inquiĂ©tudes, La Harpe reçoit la rĂ©ponse en ouvrant le cĂ©lĂšbre ouvrage LâImitation de JĂ©sus-Christ : « JâĂ©tais dans ma prison, seul, dans une petite chambre et profondĂ©ment triste. Depuis quelques jours jâavais lu les Psaumes, lâĂvangile et quelques bons livres. Leur effet avait Ă©tĂ© rapide, quoique graduĂ©. DĂ©jĂ jâĂ©tais rendu Ă la foi ; jây voyais une lumiĂšre nouvelle ; mais elle mâĂ©pouvantait et me consternait en me montrant un abĂźme, celui de quarante annĂ©es dâĂ©garement. Je voyais tout le mal, et aucun remĂšde. Rien autour de moi qui mâoffrĂźt les secours de la religion. Dâun cĂŽtĂ©, ma vie Ă©tait devant mes yeux, telle que je la voyais au flambeau de la vĂ©ritĂ© cĂ©leste, et de lâautre, la mort, la mort que jâattendais tous les jours, telle quâon la recevait alors. Le prĂȘtre ne paraissait plus sur lâĂ©chafaud pour consoler celui qui allait mourir ; il nây montait que pour mourir lui-mĂȘme. Plein de ces dĂ©solantes idĂ©es, mon cĆur Ă©tait abattu, et sâadressait tout bas Ă Dieu, que je venais de retrouver et quâĂ peine je connaissais encore. Je lui disais : « Que dois-je faire ? Que dois-je devenir ? » Jâavais sur une table lâImitation, et lâon mâavait dit que dans cet excellent livre je trouverais souvent la rĂ©ponse Ă mes pensĂ©es. Je lâouvre au hasard, et je tombe en lâouvrant, sur ces paroles : âMe voici, mon fils (câest JĂ©sus-Christ qui parle) : « Je viens Ă vous, parce que vous mâavez invoquĂ©. » Je nâen lus pas davantage : lâimpression subite que jâĂ©prouvais est au-dessus de toute expression, il nâest pas plus possible de la rendre que de lâoublier. Je tombai la face contre terre, baignĂ© de larmes, Ă©touffĂ© de sanglots, jetant des cris et des paroles entrecoupĂ©es. Je sentais mon cĆur soulagĂ© et dilatĂ©. Assailli dâune foule dâidĂ©es et de sentiments, je pleurai longtemps, sans quâil me reste dâailleurs dâautres souvenirs de cette situation, si ce nâest que câest, sans aucune comparaison, ce que mon cĆur a jamais senti de plus violent et de plus dĂ©licieux : Me voici, mon fils ! » LibĂ©rĂ© aprĂšs le 9 Thermidor (chute de Robespierre), La Harpe persĂ©vĂšre dans ses rĂ©solutions. Il pratique publiquement la religion catholique et la dĂ©fend courageusement contre ses persĂ©cuteurs.
Contre la manipulation du langage (1797) En 1797, La Harpe publie un ouvrage important : Du Fanatisme dans la langue rĂ©volutionnaire. RĂ©flĂ©chissant sur les causes de la RĂ©volution, il est le premier Ă dĂ©noncer un mĂ©canisme essentiel de la Terreur : la manipulation du langage. Il montre comment les rĂ©volutionnaires ont donnĂ© un sens nouveau Ă des mots porteurs dâune forte charge Ă©motive, afin de manipuler les foules. Ils ont Ă©tabli un vĂ©ritable contre-langage (une « langue inverse ») qui permet dâasservir au nom de la libertĂ©, de tyranniser au nom de lâĂ©galitĂ©, de massacrer au nom de la fraternitĂ©, de persĂ©cuter au nom de la tolĂ©rance, etc. La Harpe montre comment cette inversion du langage â qui a menĂ© Ă la guillotine et au gĂ©nocide vendĂ©en â a Ă©tĂ© mise en place par les prĂ©tendus philosophes des LumiĂšres, notamment Voltaire lorsquâil employait systĂ©matiquement le mot fanatisme pour dĂ©signer la religion catholique. (La Harpe dĂ©signe cette inversion de langage par lâexpression langue inverse ; on a inventĂ©, depuis, le mot novlangue).
RĂ©tractation dĂ©finitive la veille de sa mort (1803) La Harpe a clairement dĂ©savouĂ© les blasphĂšmes et les mensonges de Voltaire, mais il tient Ă le redire une derniĂšre fois la veille sa mort. AprĂšs avoir reçu les derniers sacrements, le 10 fĂ©vrier 1803, il ajoute Ă son testament le codicille suivant : « ⊠Je dĂ©clare que je crois fermement tout ce que croit et enseigne lâĂglise romaine, seule Ăglise fondĂ©e par JĂ©sus-Christ ; que je condamne dâesprit et de cĆur tout ce quâelle condamne ; que jâapprouve de mĂȘme tout ce quâelle approuve. En consĂ©quence, je rĂ©tracte tout ce que jâai Ă©crit et qui a Ă©tĂ© imprimĂ© sous mon nom, de contraire Ă la foi catholique ou aux bonnes mĆurs ; le dĂ©savouant, et, autant que je puis, en condamnant et dissuadant la promulgation, la rĂ©impression et la reprĂ©sentation sur les théùtres. Je rĂ©tracte Ă©galement et condamne toute proposition erronĂ©e qui aurait pu mâĂ©chapper dans ces diffĂ©rents Ă©crits. Jâexhorte tous mes compatriotes Ă entretenir des sentiments de paix et de concorde. Je demande pardon Ă ceux qui ont cru avoir Ă se plaindre de moi, comme je pardonne bien sincĂšrement Ă ceux dont jâai eu Ă me plaindre. »
Il faut lire les Ăvangiles ! Dans ses papiers, on trouva une Apologie de la religion inachevĂ©e. Il insiste sur la nĂ©cessitĂ© de lire les Ăvangiles et les psaumes. Il cite le rĂ©cit de la guĂ©rison miraculeuse de lâaveugle nĂ© (Jn 9) et sâĂ©crie : « Et moi aussi je crois, et je vous adore, adorable auteur et du rĂ©cit et du miracle, qui, lâun et lâautre, sont de Dieu. Et moi aussi jâĂ©tais aveugle, non pas de naissance, mais dâorgueil, ce qui est bien pis ; et vous avez eu pitiĂ© de moi, et vous mâavez ouvert les yeux ; ne permettez pas, je vous en conjure, quâils se referment jamais aprĂšs avoir vu votre lumiĂšre, ni que les malĂ©dictions de lâimpiĂ©tĂ© ferment jamais ma bouche, aprĂšs que vous lui avez permis de vous confesser, tout indigne quâelle en fut toujours. » Et il insiste : « Tout est dans ces livres divins, et le malheur le plus commun et le plus grand est de ne pas les lire. Il y a, entre autres, un sermon de la CĂšne, qui me parut contenir toute notre religion, et oĂč chaque parole est un oracle du ciel. Je ne lâai jamais lu sans une Ă©motion singuliĂšre ; que de fois je me suis dit ce que disait aux pharisiens cet agent de la synagogue, en sâexcusant de nâavoir pas fait arrĂȘter JĂ©sus-Christ : âQue voulez-vous ? Jamais homme nâa parlĂ© comme cet homme.Ëź Et câest un juif qui disait cela ! Quel terrible arrĂȘt contre les chrĂ©tiens infidĂšles ! Il mâest impossible Ă chaque verset de ce sermon, de ne pas entendre un Dieu, jâen suis aussi sĂ»r que si je lâavais entendu en personne. Câest alors que je mâĂ©crie : que la religion est belle ! Elle est belle comme le Ciel dont elle est descendue ; elle est grande comme le Dieu dont elle est Ă©manĂ©e ; elle est douce comme le CĆur de JĂ©sus-Christ qui nous lâa apportĂ©e. »













