almost home
we're not kids anymore.
Misplaced Lens Cap
he wasn't even looking at me and he found me

PR's Tumblrdome
occasionally subtle
One Nice Bug Per Day
ojovivo

Origami Around

Love Begins
The Bowery Presents

oozey mess
"I'm Dorothy Gale from Kansas"
Aqua Utopia|海の底で記憶を紡ぐ
Show & Tell
will byers stan first human second

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Cosimo Galluzzi

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@deuxmarguerites

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Bêtise en Alexandrins (à peu de choses près)
Baby doll drapée en peau de doux téton
Les lambeaux roulés et cambrés à l'hispanique
(Rouge et roses s'encanaillant sur tous les tons)
Ouvre grand! offre-toi à nos langueurs comiques.
Les larmes coulent ! Et la sueur, résidus divins
au goût salé, gamèteux, sans doute fertile,
Sont un jus dont je ferais volontiers mon vin.
Quelles mains, quel génie dont les ciseaux habiles
Ont dressé une vigne si peu alignée !
Te bile pas ! On a beau moquer ton babil,
Le temps n'est pas loin où un monsieur fortuné
Écrira ton nom tendre sur son codicille,
Ô Nabilla .
A mort la Madeleine!
Ou l'art de débusquer un poseur.
Quand il s'agit de littérature ( surtout dite classique) On est souvent tenté de dire qu'on a lu tel ou tel livre dont on connaît à peine le titre ( Il arrive que j'y succombe aussi, bien malgré moi :) ). C'en devient dans certains cas une sorte de réflexe. Je dirais même à les écouter, que de nombreux « intellectuels » célèbres mentent à tour de brassur l'étendue de leur culture. Or, entre tous les indices qui permettent d'identifier un mensonge littéraire, il y en a un qui peut aisément passer pour une preuve inéluctable : c'est le syndrome des cent pages.
Le cas Don Quichotte est assez édifiant. L'épisode des moulins à vent est le seul dont on entende jamais parler. Or cette scène se trouve avant la centième page. De plus, elle dure dans son entier à peine le temps d'une ou deux pages... sur six à huit cent. Ainsi, si vous entendez faire référence à l'histoire des moulins, vous pouvez être assuré que celui qui en parle n'a jamais ouvert le tome 1. C'est à dire, comme on le constate, à peu près tout le monde.
La première fois que j'ai entendu parler sérieusement de Proust, ce fut grâce à Mr Salengro, un professeur de français bien nommé. Un jour, comme de bien entendu, il nous donna à lire le fameux passage de la "madeleine" , auquel sur le coup je ne trouvai rien de particulier, si ce n'est une certaine mièvrerie peu à mon goût. Lorsque dix ans plus tard je me mis à lire A la recherche du temps perdu, quelle ne fut pas ma surprise de le retrouver- en même temps gâché par l'approche hasardeuse que j'en avais eu-, une demi page à l'entame d'une œuvre qui en compte plusieurs milliers ! J'en conclus ( qui sait, peut-être à tort), que Mr salengro n'avait pas lu La recherche, et que s'il s'y était frotté, il s'était rapidement lassé faute de comprendre quoi que ce soit. En effet, la madeleine n'est pas le meilleur passage, mais c'est sans doute le plus compréhensible pour un non initié.
Céline est victime du même mal, bien que sous une forme plus sévère ; car en général, ceux qui se réfèrent à Céline prétendent plus effrontément qu'ils l'ont lu. Combien de place prend la Grande Guerre dans Voyage au bout de la Nuit ? Devinez... On dirait une bande de cancres qui se refilent de table en table la même antisèche à moitié juste.
Il y aurait tellement d'exemples....Or il ne faut pas se décourager pour si peu. Si un grand nombre de gens voudraient avoir lu tel ou tel auteur, c'est sans doute que d'autres avant eux, plus remarquables, ont cherché à les élever au rang des classiques. En conséquence de quoi, fiez-vous à l'avis de ceux qui n'ont pas lu ; ils ont un goût très sûr.
L'esprit de Noël illustré ^^
Noël avant l'heure...
...ou L'esprit de réveillon.
Quand j'étais gosse, Décembre était une torture toute délicieuse. Je passais mon temps libre à compter; un chocolat par jour, 24 chocolats. En regardant le calendrier, je me demandais avec envie ce qui se passerait si je les mangeais tous d'un coup. Peut-être que le temps passerait plus vite. Puis je reprenais mes esprits ; une bonne saucée, voilà ce qui allait se passer.
Le soir du réveillon en revanche, j'avais beau tenter de me raisonner, mollement, je n'y tenais plus. Je bouillonnais sur place, et mes yeux devaient luire pareil à ceux d'un pirate au moment d'empocher le butin, ou d'un bijoutier de renom à la vue d'un chèque. La messe, puis le dîner, puis ces cinq dernières minutes passées à attendre en haut des escaliers que le père Noël, qui a « peur des enfants », dispose les cadeaux.... Un enfer de lenteur. Enfin nous étions submergés de cadeaux par les parents, grands parents et les oncles et les tantes. Et pourtant, même si je me souvenais parfaitement de l'excitation qui avait précédé d'un mois la vue des cadeaux, souvenir auquel je me raccrochais sans bien comprendre, le plaisir dans sa substance m'avait déja quitté. L'envie est une impression somme toute décevante : une fois acquis l'objet du désir (ou la surprise longtemps attendue), on n'éprouve pas la satisfaction d'après un bon repas, ni la fraîcheur d'après un doux sommeil. Rien à faire, on n'y trouve pas son compte.
Ce n'est pas que la possession, l'argent ne font pas le bonheur ; mais plutôt qu'on éprouve le plaisir de l'argent seulement quand on n'en a pas assez. Beaucoup de gens modestes se lèvent chaque matin pour un travail ennuyeux, épuisant ou dangereux dans l'espoir d'acheter un nouveau téléviseur. C'est d'ailleurs un truc utilisé par les vendeurs : faire croire au client qu'il achète au dessus de ses moyens. On est prêt à économiser, à se serrer la ceinture, ou même à s'endetter pour acheter un frigidaire, plutôt que la viande qu'on stocke à l'intérieur. A ce propos, l'achat à crédit, c'est comme le camembert : le relent d'impayé rehausse le goût dans l'assiette mais gâte l'odeur du frigo.
Bien entendu, je suis du lot. Il y a quelques années, fraîchement sorti d'une période de disette, je me suis jeté, fou d'impatience, sur le premier ordinateur que j'ai trouvé. S'ensuivirent, disons, quelques retards sur le 3X sans frais. De la même façon, l'abonnement i-phone semble avoir en partie remplacé chez les lycéens celui à la cigarette en guise de rite de passage informel. Pour une part grâce au crédit, le goût du luxe s'est répandu comme une traînée de poudre.
Pendant l'histoire de la grève des clubs de football contre la taxe à 75% je me suis demandé qui était assez fou, ou assez idiot, pour payer un joueur plusieurs millions d'euros par an et l'acheter plusieurs centaines. En fait, n'importe qui. Ou plutôt , quiconque a un jour succombé au désir d'acheter quelque chose qui était au dessus de ses moyens. De ce point de vue, c'est peut être un mal que les clubs professionnels ne soient rien que gouffres financiers, que montagnes de dettes , mais c'est peut-être aussi une condition sinequanone. Il faut que ça fasse suer le portefeuille, sinon la joie de la victoire risquerait d'être gâchée. La même mécanique est en œuvre dans les jeux d'argent : le plaisir et l'espoir du gain dépendent presque uniquement de la perte volontaire d'une somme plus ou moins excessive -suivant les coutumes, les moyens et le bilan cardio du flambeur. C'est sans doute pourquoi on voit beaucoup de nouveaux milliardaires, notablement des Russes et des Emiratis, investir des sommes astronomiques dans les grands clubs, c'est à dire les plus coûteux, tandis que les familles plus anciennes et mieux rodées aux affres de l'extrême richesse, font œuvre sinon de pudeur ou de générosité, de discrétion. On peut donc dire avec un semblant de raison que les clubs sont des joujous pour milliardaires dénués de passion, on peut même s'en moquer, en revanche on ne peut pas les en blâmer plus que les autres. Les machineries qu'ils ont construites ou s'attellent à maintenir en vogue, ils n'en sont ni plus ni moins dupes que nous. Comme nous ils payent leur impôt au bien particulier -celui qui est sans intérêt- à proportion de leurs moyens.
Or, grâce à eux on discerne plus clairement le caractère naïf et puéril, et en même temps l'ennui, un certain désespoir, ou une injustice quant à la vie qu'on mène qui poussent à suivre un tel mode de vie, parfois jusqu'au cynisme, parfois l'aveuglement. On se contente( en ce qui nous concerne, la classe moyenne occidentale), de recréer chacun pour soi la vieille histoire qu'on sert aux enfants pour Noël, moins les boules et les sapins : « Si tu es sage, Jackpot ». Autrement dit, l'idée selon laquelle toute récompense est un cadeau à posséder. Le plus drôle (ou le plus curieux), c'est que notre société en soit venue à reposer si lourdement sur ce principe. Pourtant j'en suis venu à croire -à la façon de Saint Thomas- qu'il y a autre chose à désirer, à rêver, à obtenir de la vie et de la communauté. Comme disait l'autre, il faut cultiver son jardin.

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"L'avantage de l'Homme sur l'Animal, c'est qu'il peut parfois passer de bonnes soirées."
"L'avantage de l'Homme sur la Machine, c'est qu'il peut passer du binaire au ternaire sans trop se fatiguer."
Du coq à l'âne
Putain, Jacques Vergès est mort. Il avait beau être très âgé ( de mémoire, 88 ans), l'annonce de son décès fut pour moi un choc et une surprise plus grands que celle des attentats en septembre 2001. Dans ses costumes soignés taillés sur mesure à la mode des années 60, Maître Vergès était un petit monsieur d'allure discrète. Au centre d'une figure arrondie et surmontée d'une chevelure raide et coiffée en brosse, ses yeux, sans doute adoucis par les reflets du dehors sur les verres de ses lunettes cerclées d'or mat, se plissent comme ceux d'une jeune fille maligne et enamourée. Le pli de sa bouche étroite et peu mobile dénote une honnêteté austère et moqueuse, ainsi qu'une propension à la méfiance. En somme, si au milieu d'une foule on ne l'aurait sans doute pas remarqué, vu de près en revanche, on devine aisément qu'on n'a pas affaire à un homme comme les autres ; un esprit de nature paradoxale, ou comme disait Thomas Bernhardt : simplement compliqué.
Jacques Vergès est né en Thaïlande- à l'époque part de l’Indochine- d'une mère thaïlandaise et d'un père réunionnais. Rien d'étonnant à ce qu'il choisît, dans l'Algérie des années 60, de se faire l'avocat des partisans du FLN et des poseurs de bombe ; en effet, à cause de ses origines et de son histoire, il avait une sympathie d'instinct pour la soif d'indépendance algérienne.
Lorsqu'il plaidait, il faisait preuve d'une exagération oratoire, une ostentation plutôt comique commune à beaucoup d'avocats, et qui les fait toujours sonner un peu faux.- Ace propos, il est amusant que la façon dont on parle puisse être à ce point influencée par la profession qu'on exerce.- Cependant, dans ses moments d'emportement et de concentration les plus intenses, sa voix prenait un accent brutal, ou de colère, un peu à la manière de Lacan - un psychanalyste pour le moins étrange qui poignardait les mots au lieu de les prononcer.
Pour leur défense, je dirais qu'on ne mesure jamais assez à moins d'y être poussé, contraint, ou d'en être témoin, le garçon boucher qui sommeille en chacun. A ce propos il semble- comme le raconte le documentaire intitulé « L'avocat de la terreur »- que Maître Vergès ait été le spectateur et le défenseur privilégié (et indépendant) de la naissance du terrorisme dans le monde arabe. « Il semble », car il manque huit ans à sa biographie : jusqu'en 1978, pas trace de lui. Ce sont sans doute les raisons pour lesquelles cet homme m'apparaît aujourd'hui comme un de ces personnages secondaires de l'Histoire, plus secrets- et plus intéressants que les premiers rôles.
Un soir qu'il avait répondu à l'invitation de Thierry Ardisson pour l'émission « Tout le monde en parle », on lui fit cette subtile question: « Et Hitler ? Vous le défendriez, Hitler ? » Ce à quoi il répondit, je crois en toute franchise : oui, à condition qu'il plaide coupable. Depuis son décès , on entend un peu partout dans les médias et la presse le même genre de réflexions. On répète à longueur d'antenne la liste de ses clients les plus infâmes, et on conclut là dessus en le qualifiant de figure « controversée ». Ce qui est un contresens difficilement excusable pour un journaliste. En effet, Jacques Vergès a fait sienne- et s'y est toujours tenu- la déontologie du barreau français dont la première règle est la suivante: tout homme, quel que soit son crime, a le droit d'être défendu. C'est pourquoi il avait fait le voyage jusqu'en Côte d'Ivoire, certes en compagnie de l'infréquentable Roland Dumas, pour défendre Laurent Gbagbo peu avant que celui-ci soit détrôné ; et ce faisant, dénoncer le contrôle de la France sur la vie politique d'un autre état- qui plus est une ancienne colonie. S'il y a controverse, il est ici plutôt question de droit, voire qui sait, de philosophie. Choisir de défendre Gbagbo, c'est délégitimer de façon radicale, via ses institutions médiatiques et juridiques, l'ingérence directe d'un état dans les affaires d'un autre.
Il en va de même en ce qui concerne ses rapports avec Carlos. En plaidant la cause du célèbre terroriste (ou bandit, je ne saurais dire), il tâchait non pas tant de racheter ses crimes, que de défendre le peuple palestinien contre les conséquences des choix censément bien-fondés, dictés dans la région par les états occidentaux. Qui terroriste ? Qui résistant ? Maître Vergès réaffirme l'idée hautement polémique- car elle constitue un aveu de faiblesse- qu'aucun homme, quels que soient sa patrie, son rang ou son degré de sagesse,n'est capable de distinguer le bien et le mal propres à ses actes ou ceux des autres. A quoi bon expliquer à un braqueur que ce qu'il a fait est un mal en tant que tel? Il ne vous croira pas. Ce principe est à garder pour soi,car on ne peut pas dire qu'il convienne à l'établissement d'une société pérenne ; de fait, la Loi ne peut intégrer un tel paradoxe. C'est par ailleurs une signification possible à la maxime sybilline : « La fin justifie les moyens », qui en ce sens n'est pas une règle de conduite, mais plutôt une stratégie de gouvernance. En effet toute morale, ainsi que tout pouvoir exercé en son nom et sa vertu, est par nature injuste, puisque la « fin » est arbitraire et hasardeuse ; l'enfer est pavé de bonnes intentions. Dans ce cas, ce qu'il reste à l'homme honnête s'il veut agir, c'est de toujours chercher à faire correspondre son discours et ses actes ; c'est à dire en toute circonstance, de préférer à l'exercice du pouvoir celui du libre arbitre.
La mort de Maître Jacques Vergès est à plusieurs titres, un drame. C'est qu'il nous doit en guise de rappel un dernier coup de théâtre, le récit de ses huit années d'absence. Et d'autre part, le monde a changé très vite ; j'ai bien peur qu'on ne revoit pas de si tôt en France un avocat d'aussi haute volée.
Apparemment, sur tumblr on ne peut pas directement poster de commentaires. Donc si vous avez des questions, ou des remarques, n'hésitez pas à passer par cette adresse.
Switch flip into crooks into fakie front 180 hard-flip, et je replaque.
Récemment, je suis tombé au hasard d'un surf, sur une retransmission en ligne des X-Games ; On en était à une épreuve de Skateboard, comme ils disent, celle du « bowl park ».J'étais à la fois étonné et ravi, car moi même je m'y étais essayé aux alentours de 14 ans. Il fallait m'y voir, pas plus épais qu'un chat des rues marrakchi, ni beaucoup plus grand,ébouriffé et noyé sous un tas de tissu .Le poids du jean et la difficulté technique eurent sans doute raison de ma ténacité. Le skateboard était à mon goût et ma nature, comme dit Tweek, way too much pressure : toujours un trottoir à monter, une courbe à descendre, un flip à tenter....Ca n'en finit donc jamais !
D'autre part, le bowl est une des disciplines les plus anciennes- inventée comme vous le savez peut-être, par une bande de surfeurs californiens un jour où la mer était à plat, et les piscines à sec. Depuis le temps, soutenue et démocratisée par la conception de bowls dédiés, la technique s'est (à mon sens de profane) rapprochée de celle de son ancêtre aquatique ; et notamment cette façon qu'ils ont, rasant à pleine vitesse le haut des courbes à 90°, de faire exception aux lois de la gravitation.
Certes, où qu'on pose les yeux, il y a un logo ; un des contestants prie avant chaque passage (ce qui fait bondir la grenouille douteuse et athée que je suis) ; et cette manière qu'a le commentateur français et quarantenaire d'appeler en parmanence les gamins de moins de quinze ans des « kids » a le don de m'irriter. Pour autant je ne me lasse pas du spectacle périlleux, hypnotique. De plus, la plupart des compétiteurs ont, comme on dit, une sacrée gueule. Celui-ci porte des vêtements simples aux couleurs vives, il a la peau mat, un visage dont on se demande s'il pourra vieillir un jour, et des cheveux bruns très raides qui lui tombent jusqu'au creux des reins ; son skate est à son image :incomparablement léger. Ou cet autre, style latino, des écouteurs dans les oreilles, sur les épaules un maillot de football américain; toujours prêt à décrocher son large sourire auquel il manque une dent. Le genre de type dont on se dit, soit qu'il va réaliser un exploit, soit qu'il va se faire mal ; quand c'est le cas, il se relève en se marrant, l'air non tant souffrant qu'embarrassé.
Afin de faire progresser la technique, ou ne serait-ce que pour en vivre, il a fallu trouver des mécènes. Cependant, contrairement à l'opinion courante, il ne me semble pas que l'immixtion des sempiternelles franchise commerciales - quel ennui! - ait complètement pourri les talents des sports dérivés du surf ( à l'inverse de nombre d'autres athlètes). Au contraire, je leur trouve la témérité, la fantaisie, l'insouciance toute adolescente que je leur trouvais déja auparavant sur le parvis de Bercy ou tout autre spot de la capitale ; tel Laird Hamilton, ce surfeur légendaire qui malgré les décennies, les rides et les enfants, reste le même beau blond benêt, un Hercules qui joue sa vie - pour mieux en jouir - tous les quatre matins.

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Etude comparative.
That's my people, toujours au Zénith, pour finir de goûter l'ambiance.
Excusez la qualité moyenne des deux vidéos.
L'intro du concert d'NTM au Zénith.
A propos du Rap français
A l'aube de l'an deux mille, j'éprouvais à écouter du rap un plaisr coupable.
Ayant grandi dans une famille de type autochtone, catholique et conservateur, je n'avais encore qu'un pied dans l'adolescence ; je ne pouvais donc admettre à haute voix que j'aimais en fait les sifflements rebelles et précis d'un « Laisse pas trainer ton fils ». Par dessus tout, j'étais fasciné et intrigué par la musicalité inédite de leurs performances langagières; en effet -concernant le rap en général-, le français sonnait dans leur bouche comme une langue étrangère et inattendue.
En revanche, les images étaient si pauvres et redondantes, si mince le substrat philosophique et esthétique, que lorsque j'ouvrais le livret contenu dans le boitier K-7 ou CD afin de lire -et de comprendre :) - les textes, c'était une déception systématique, puisqu'à chaque fois j'espérais trouver un esprit à la hauteur- aux couleurs et au goût- de leur instinct phonétique. De plus, la musique rude, dépouillée et souvent maussade convenait peu à mon oreille habituée à des accords plus subtils, plus variés et pour tout dire plus agréables.
C'est pourquoi il me reste peu de chose de cette fin de millénaire qui fut à mon sens l'apogée du rap français : la virtuosité joyeuse du Saïan, un amour tout particulier pour le créole, et les vidéos du concert d'NTM, à Paris en 98.
Or, comme ces deux groupes l'ont maintes fois prouvé, il y a beaucoup à tirer des tentatives – certes souvent peu abouties- de leurs pairs. Et depuis 10 ans, dans tous les domaines artistiques où ils sévissent, les artistes du mouvement Hip-Hop se sont affranchi des codes qui semblaient à l'époque indissociables de la pratique. A ce titre, il m'a été donné de découvrir tout récemment un artiste étrangement surnommé Vhils. Plutôt que de se contenter comme les autres graffeurs, de peindre les murs, il s'est mis à les creuser, à en sculpter les différentes strates à coups de bombes et de burin. Ainsi, au coin d'une ruelle, l'ombre laissée sur un mur par la lueur d'orange d'un réverbère, figure une jeune mère au regard tendre. Ailleurs, taillé dans le plâtre et la brique rouge assombrie d'un quelconque quartier de Liverpool, le faciès émacié, ridé, les yeux toujours concentrés, et la casquette, d'un grand parent ouvrier. A chaque fois des gens du cru ; images empreintes d'une poésie simple et juste, jamais trop typiques, jamais de carte postale, et enrichies par le rendu fantomatique de sa technique parfaite, et pour le moins inventive. Or ce Vhils a commencé comme il le raconte lui même, par le graffiti, le seul le vrai, c'est à dire comme on l'appelait en 98 : le vandale.
De la même façon, la poétique du Suprême NTM s'inscrit dans la tradition de la complainte et de l'illicite, en somme de la révolution des valeurs. La Seine Saint D'nis, c'est d'la bombe bébé, ça c'est un pedigree ça s'reconnait au débét.
Citons au passage une partie du premier couplet de "Laisse pas traîner ton fils", au cas où vous auriez oublié :
« A l'aube de l'an deux-mille
Pour les jeunes c'est plus le même deal
Pour celui qui traîne comme pour celui qui file
Tout droit, de toute façon y a plus de boulot
La boucle est bouclée
Le système a la tête sous l'eau
Et les jeunes sont saoulés
Salis sous le silence
Seule issue la rue, même si elle est en sang
C'est pas un souci...»
Les assonances et allitérations sont dans leur genre, des petits bijoux ! La rythmique matraque, elle traine et tousse comme après un pétard trop chargé. La chanson elle-même dépeint magnifiquement les misères des nouveaux ghetto, ainsi que les fantasmes et le fonctionnement de la racaille ( notez encore dans le mot racaille, l'opération de renversement des valeurs). Je dois admettre que pour ma part, j'ai une nette préférence pour les couplets de Kool Shen. On peut dire à rebours que la voix amère et rouillée de Joey Starr confère à la musique sinon trop grise, répétitive, trop bétonnée, la saveur nécessaire. En somme cette chanson- à l'instar de plusieurs autres- est une prédiction très juste du rap et de la société française tels qu'ils sont presque vingt ans plus tard.
Prenons par exemple Booba, souvent considéré – peut-être à raison- comme une des meilleures plumes de la nouvelle génération. A l'écoute, voici la première chose qui frappe : où sont passés la musique, le goût et la chair de la langue ? Le rap de Booba consiste en une suite plus ou moins rimée ( et cohérente) de ce qu'il nomme citant les Yankees, des punch-lines ; c'est à dire des sortes de vannes, préjugées choquantes ou bien senties,en réalité, disons, embarrassantes. Le registre est strictement le même que celui du rap américain, ce dans ses formes les plus industrielles et agrémenté de tous les gadgets habituels : Nikes, casquette, poses swag, voitures, femmes vulgaires et voluptueuses ( traitées en « chiennes »( sic) de façon régulière sinon systématique ; pourtant, pour Booba pas de pire insulte que de « niquer sa mère ») et enfin, parfois, un vers ou deux plus spirituel, ou même plus joli. Si on l'en croit, Seuls comptent pour lui l'argent et le sexe. Toute autre chose est exclue d'emblée de son système de valeurs, si ce n'est peut-être les figures familiales, parent ou enfant, bien qu'elles servent en quelque sorte de prétexte et de passe-droit à la nostalgie ( Le mot « prétexte » fait écho à ce qu'on appelle en psychanalyse le surmoi, dans ses formes des plus archaïques, telles qu'on les trouve dans les vieux monothéismes).
On dirait donc que le champs le plus cher payé du genre Hip-Hop s'est à l'inverse enfermé dans ses figures les plus basiques. Et pourtant, bien qu'il suscite l'intérêt chez le quarantenaire moyen, et plus ou moins sensible à l'art quel qu'il soit, seulement lorsqu'il fait filmer des fesses en gros plan, il semble comme on entend souvent, qu'il « parle aux jeunes ».
Beaucoup d'hommes (politiques ou non) voient là un signe de la bêtise par nature des mômes amateurs de rap. Or c'est justement la preuve de l'indécrottable ineptie propre à leur discours de puristes. Car il suffit d'emprunter un RER ou un train de banlieue- et d'en connaître les tarifs-, pour apprendre que passé la zone tarifaire 3, on évolue en eaux stagnantes. Il en va parfois de même là où j'habite, bien que nous soyons plus proches de Paris : la « cité »(un si bel euphémisme!) réputée la plus mal famée se trouve tout en haut de la plus haute colline ; l'unique route pour y grimper est affreusement raide, et si étroite que les voitures de passage ne l'empruntent pas de peur de contrevenir sans le savoir au code de la route. Les gigantesques bâtiments – dont les plafonds à certains endroits, se détachent des murs de façade-, on a enfin prévu de les détruire- avec 60 ans de retard, et pour en reconstruire du même genre, au même endroit.
Tout le monde s'accorde à constater l'existence de ces ghettos pas si neufs que ça. En revanche, il est rare qu'on en mesure les conséquences avec justesse. Or on trouve mille exemples dans la nature, dans l'histoire, la littérature ou même,dans le rap, de ce que donne l'ennui quand il est associé à la misère et ses humiliations, à l'ignorance, et au sentiment de l'enfermement. Est-ce à dire que nos décideurs manquent d'éducation?Toujours est-il que la désagréable prophétie, celle du suprême nique ta mère, est en passe et pour perpète de se réaliser.
Qu'en pensez-vous, lecteur éventuel? Peut-être vaut-il mieux que je publie ce billet sur Skyblog?....