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Le Monde de Dory - Entrave Narrative
La vision du dernier Pixar réveille une sensation dérangeante, qui prééxistait déjà dans la premiÚre itération du monde sous-marin de Nemo et ses amis. Les enjeux affichés de la saga maritime tournent autour du handicap et de sa représentation, puis de son dépassement (comme dans tout bon Disney/Pixar/Dreamworks...). Un sans faute apparent : Nemo, malgré son absence de nageoire, parvient à traverser l'océan et Dory, sujette à une perte de la mémoire immédiate, permet à Marin d'atteindre son but et de sauver son fils. Néanmoins, le cas de Dory en particulier va nous intéresser et suscite l'envie d'exposer les limites narratives d'un tel personnage, une fois appliquées à un métrage entier.
En effet, le personnage de Dory, amical second couteau aidant les hĂ©ros dans leur quĂȘte dans Le Monde de Nemo, se voit propulsĂ© en tĂȘte d'affiche dans ce second volet. DĂšs lors, la logique narrative d'un film reposant sur un personnage amnĂ©sique se voit terriblement entravĂ©e (ce qui est loin d'ĂȘtre une Ă©vidence, comme nous l'exposerons par la suite). Reprenant plus ou moins l'histoire lĂ oĂč elle en est restĂ©e, les trois hĂ©ros du premier film vivent une vie paisible, jusqu'au jour oĂč Dory se voit hantĂ©e par des flash-back lui rappelant l'existence de sa famille perdue, oubliĂ©e donc.Â
L'irruption arbitraire de ces flash-back pourrait ĂȘtre remise en question, si l'on ne dĂ©sirait pas tant une progression narrative de l'histoire. Ainsi, les flash-back sont autant de possibilitĂ©s d'avancer dans l'histoire, qui rĂ©sonnent avec l'actualitĂ© des personnages. Si ce modĂšle dâĂ©criture de l'histoire est des plus rĂ©currents, il ne parvient pas Ă dynamiser le quotidien des poissons, en cela que le retour Ă la rĂ©alitĂ© n'est souvent que paraphrase de ce qui vient d'ĂȘtre vu. ConcrĂštement, Dory rĂȘve d'un instant clĂ© en compagnie de ses parents, pour que cela rĂ©sonne immĂ©diatement avec une situation prĂ©sente. Comment expliquer de si nombreuses, et grossiĂšres, coĂŻncidences ?
Si les flash-back ne remplissent pas correctement leur rĂŽle de moteur de l'intrigue, c'est bien davantage le personnage de Dory, et ses mĂ©caniques de progressions, qui irritent. L'attente du spectateur Ă l'Ă©gard de personnages clĂ©s dans une histoire est gĂ©nĂ©ralement d'irriguer le dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements, d'aller Ă leur encontre. Or, l'amnĂ©sie rĂ©currente de Dory provoque bien (trop) souvent le contraire : Ă peine Ă©noncĂ©, le processus de progression est aussitĂŽt oubliĂ© par le poisson chirurgien. Il est donc nĂ©cessaire de rĂ©pĂ©ter les modes de rĂ©solution encore et encore, afin que puissent se produire les Ă©vĂ©nements. Si la rĂ©pĂ©tition brutale d'Ă©noncĂ©s narratifs peut ĂȘtre justifiĂ©e Ă l'Ă©gard du public des films Pixar (jeunes enfants), le procĂ©dĂ© est cependant trĂšs irritant pour le public adulte, forcĂ© de retenir son envie de connaĂźtre la suite de l'histoire.
Il existe pourtant des possibilitĂ©s de progression narrative inversĂ©e, adaptĂ©e Ă ce type de personnage dĂ©faillant. L'exemple de Memento de Christopher NOLAN paraĂźt des plus adaptĂ©. Ainsi, alors que le personnage principal souffre de pertes de mĂ©moire constantes, la narration mĂȘme du film se prĂȘte habilement Ă ce mode de progression, en inversant sa narration. Le film remonte dans le temps Ă chaque sĂ©quence, permettant ainsi de dĂ©couvrir l'instant prĂ©cĂ©dent. Dans ce systĂšme inversĂ©, la perte de mĂ©moire devient un moteur narratif, un processus trĂšs intelligent de rĂ©solution de situations. Il ne s'agit donc pas de vouloir adapter un personnage particuliĂšrement handicapĂ© Ă un systĂšme narratif Ă©culĂ© (le film familial), mais bien d'inventer un mode d'Ă©criture, de mise en scĂšne et de narration original. Il ne s'agit pas de refuser Ă un personnage dĂ©faillant la possibilitĂ© dâexister au sein d'une histoire, mais bien de trouver les clĂ©s narratives parfaites pour mettre en valeur les qualitĂ©s, et forces, de ce personnage.
Dans les faits, la problĂ©matique posĂ©e par Le Monde de Dory va au-delĂ d'une simple difficultĂ© narrative. Les personnages sous-marins de Pixar souffrent d'une terrible volontĂ© d'immobilisme, d'une peur panique de l'inconnu. Si Marin traversait tout l'ocĂ©an pour retrouver son fils, c'Ă©tait bien pour retrouver un Ă©tat initial de sĂ©rĂ©nitĂ©, oĂč chaque Ă©lĂ©ment rassurant retrouve sa place. Il en va de mĂȘme dans le second volet, alors que Dory tente tout pour retrouver un Ă©tat premier, celui de l'enfance, du passĂ©. Il s'agit bien plus de retrouver le lieu de sa jeunesse, que ses parents ou sa famille.Â
Cette volonté d'une stabilité récurrente se ressent terriblement dans le dernier plan du film : alors que tout est correctement rentré dans l'ordre (certains poissons allant jusqu'à prendre la place d'autres pour que rien ne change : Hank le poulpe devient professeur à la place de la raie), Dory et Martin contemplent un paysage qui semble les fasciner. La beauté du lieu les fascine, les transcende, et semble dire beaucoup de leurs envies futures : tous deux contemplent le vide absolu de l'océan, immobile et sombre.
Titre : Le Monde de Dory (Finding Dory) Année : 2016 Réalisation : Andrew STANTON Genre : Animation Pays : Etats-Unis ThÚmes Contre-Plongées : Narration, Personnages fonctions
Analyses : Cinéma Asiatique
Le CinĂ©ma Asiatique est en fĂȘte sur Contre-PlongĂ©es !
The Grandmaster (2013) de WONG Kar-WaĂŻ
Les Enfants Loups - Ame & Yuki (2012) de Mamoru HOSODA
Stoker (2013) de PARK Chan-Wook
Running out of Time 2 (2001) de Johnnie TO
A Touch of Sin (2013) de JIA Zhangke
The Raid (2011) de Gareth EVANS
Ashes (2012) dâApichatpong WEERASETHAKUL
Happy Together (1997) de WONG Kar-WaĂŻ
Doppelganger (2003) de Kiyoshi KUROSAWA
Analyses : Fantastique
Le Fantastique fait trembler Contre-Plongées !
It Follows (2014) de David Robert MITCHELL
Suspiria (1977) de Dario ARGENTO
Maniac (2012) de Franck KHALFOUN
Twixt (2012) de Francis Ford COPPOLA
[RECÂł] Genesis (2012) de Paco PLAZA
Analyses : Science Fiction
La Science Fiction est Ă lâhonneur sur Contre-PlongĂ©es !
10 Cloverfield Lane (2016) de Dan TRACHTENBERG
Midnight Special (2016) de Jeff NICHOLS
Circle (2015) de Aaron HANN et Mario MISCIONE
Total Recall (1990) de Paul VERHOEVEN
Ex Machina (2015) de Alex GARLAND
Under the Skin (2013) de Jonathan GLAZER
Gravity (2013) dâAlfonso CUARON
Iron Man 3 (2013) de Shane BLACK
Cloud Atlas (2012) des WACHOWSKI Bros.
Hollow Man (2000) de Paul VERHOEVEN
Avengers (2012) de Joss WHEDON

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10 Cloverfield Lane - Privation de Sens
La nouvelle production de J.J. ABRAMS nous enferme au plus profond d'un bunker, suite Ă un incident destructeur Ă l'Ă©chelle planĂ©taire. Retenue prisonniĂšre d'un inquiĂ©tant sauveur, Michelle (Mary Elisabeth Winstead) n'en sait pas plus sur le drame survenu Ă la surface. La mise en scĂšne de Dan TRACHTENBERG s'applique Ă nous imposer les mĂȘmes handicaps, nous privant peu Ă peu de nos sens de spectateurs, augmentant ainsi le sentiment d'oppression qui se dĂ©gage du film.
Avant mĂȘme que n'intervienne l'attaque (et donc le centre de l'intrigue), le personnage de Michelle est dĂ©jĂ dĂ©possĂ©dĂ©e de certains sens. Une nappe sonore recouvre les images, noyant les sons extĂ©rieurs dans un brouillard opaque et Ă©touffant. On perçoit le drame intime qu'elle traverse, son incapacitĂ© Ă sortir d'une bulle d'isolement. Isolement sonore qui la conduira Ă l'accident de voiture, et donc Ă l'emprisonnement. DĂšs ces quelques premiĂšres scĂšnes, la ligne narrative est ainsi exposĂ©e, et le spectateur se prĂ©pare Ă partager les conflits sensoriels du personnage.
Un flou plane en permanence sur la réalité de l'incident à l'extérieur, flou renforcé par les agissements étranges et malsains d'Howard, le propriétaire du bunker (John Goodman). Une seconde privation des sens s'opÚre sur le personnage (et donc sur le public) : le champ de vision est terriblement réduit. Les premiÚres apparitions d'Howard sont filmées de biais, sans totalement révéler son apparence. La possibilité d'une vision parfaite et complÚte nous est sans cesse refusée, renvoyant métaphoriquement à l'impossibilité d'appréhender l'événement cataclysmique dans sa totalité.
Les quelques tentatives de Michelle de rejoindre l'extérieur (et donc d'élargir son champ de vision) se soldent par des barriÚres visuelles (porte fermée, sas, hublot obstrué), renforçant son sentiment d'isolement et l'oppression du spectateur. Un plan particulier souligne la nécessité, pour le personnage, d'élargir son champ de vision pour mieux appréhender la réalité de sa prison. Alors qu'elle découvre une nouvelle sortie du bunker, elle écarte le volet d'un hublot, découvrant ainsi l'inscription « help » gravée à la main. Cet agrandissement des perspective passe donc par l'élargissement de sa vision.
Le dĂ©ficit visuel des personnages est mis en avant lors d'une fulgurance mĂ©taphorique, alors que les prisonniers du bunker tentent en vain d'achever l'assemblage d'un puzzle. Arrivant aux derniĂšres piĂšces, ceux-ci se rendent compte qu'un morceau important vient Ă manquer : l'oeil du chaton reprĂ©sentĂ© par le puzzle. Ce dĂ©tail renferme en rĂ©alitĂ© tout ce qui se joue Ă l'intĂ©rieur de cet espace rĂ©duit : mĂȘme en tentant de recoller les morceaux, le sens global de la menace ne peut jamais ĂȘtre totalement dĂ©terminĂ©.
La privation du goût est primordiale dans le film, en cela qu'elle génÚre de nombreuses scÚnes autour de la table, point central des tensions entre les personnages enfermés. Le troisiÚme habitant du bunker décide subitement de vanter le goût des plats préparés par Howard, ce qui entraßne une colÚre noire de ce dernier. La privation réelle de toute saveur pour les personnages (on imagine le goût trÚs limité des aliments en conserve destinés à la simple survie) implique un apauvrissement de leurs capacités, de leur volonté et de leur identité, ce vers quoi tend tout le film.
Les pertes d'audition de la jeune fille refont surface subitement au fil du mĂ©trage, soulignant gĂ©nĂ©ralement des moments de tension ou de danger. L'enfermement et l'oppression constante de ces instants plongent le spectateur et l'hĂ©roĂŻne dans de nouvelles bulles de brouillards sonores, oĂč tout peut basculer.
Finalement, c'est la destruction d'un sens complet qui menace les personnages. L'air extĂ©rieur, aux dites d'Howard, est devenu irrespirable. Sentir les odeurs de l'exterieur mĂšne les humains Ă la mort. De mĂȘme, l'acide que conserve Howard pour faire disparaĂźtre les corps leur brĂ»le la peau et l'Ă©piderme, dissolvant leur capacitĂ© Ă toucher et apprĂ©hender le monde (et donc Ă vivre).
Le film fait ainsi peser une menace constante sur ses personnages, les privant arbitrairement d'un sens l'un aprĂšs l'autre, leur refusant ainsi ce qui constitue les fondamentaux de leur humanitĂ©. En faisant partager cette expĂ©rience dĂ©rangeante avec son spectateur, il achĂšve de l'enfermer dans le mĂȘme bunker, renforçant l'immersion et le sentiment d'oppression de ce huis-clos apocalyptique.
Titre : 10 Cloverfield Lane Année : 2016 Réalisation : Dan TRACHTENBERG Acteurs : Mary Elizabeth Winstead, John Goodman Genre : Science-Fiction Pays : Etats-Unis ThÚmes Contre-Plongées : Sens et Sensations, Narration Visuelle, Point de Vue
Photos de 10 Cloverfield Lane (2016) de Dan TRACHTENBERG
10 Cloverfield Lane - Privation de Sens
CANNES 2016
Nos plus grosses attentes ! Retrouvez les articles de Contre-Plongées sur les films majeurs du Festival de Cannes 2016.
Desierto - Point de Vue Dominateur
Si l'on peut retrouver la trace du scĂ©nariste de Gravity, Jonas Cuaron, dans ce film dont il est rĂ©alisateur, c'est dans la mise en place d'un scĂ©nario purement schĂ©matique. Si dans Gravity la mĂ©taphore globale de la venue au monde Ă©tait poussĂ©e Ă l'extrĂȘme, c'est ici l'installation d'un schĂ©ma narratif rĂ©current qui va nous intĂ©resser. En effet, l'exposition d'une domination du point de vue est le sujet central de Desierto, tant sur le plan narratif que visuel.
Dans ce film qui relate le passage clandestin d'un groupe de mexicains aux Ătats-Unis, tout commence par le franchissement d'une barriĂšre. Purement symbolique (un simple fil tendu), il s'agit de s'incliner face Ă cette frontiĂšre, chacun des voyageurs passant sous les barbelĂ©s. S'inclinant ainsi face aux habitants de ce pays prometteur, les clandestins sont dĂšs lors placĂ©s en position d'infĂ©rioritĂ©, statut dont ils ne sauront se dĂ©partir par la suite.
Le film traitant de la poursuite de ce groupe de réfugiés par un chasseur américain, c'est lors de sa premiÚre apparition que le schéma narratif et visuel se met réellement en place. Observant une partie du groupe depuis les hauteurs, le tireur embusqué n'a aucun mal à abattre les nouveaux arrivants grùce à son sniper. Seuls les quelques chanceux restés sur un versant plus élevé de la colline survivent à cette confrontation.
Cette premiĂšre opposition avec le tueur met en Ă©vidence le schĂ©ma visuel du film. La supĂ©rioritĂ© du point vue sur le plan physique (ĂȘtre en hauteur, surĂ©levĂ©) confĂšre une domination sur son adversaire. Le reste du film devient donc une course Ă la conquĂȘte des hauteurs, Ă tous niveaux.
La poursuite continue pour le petit groupe de rescapĂ©s, alors que le chasseur se lance Ă leurs trousses. AidĂ© de son chien, il peine Ă rattraper les fuyards, alors que l'animal parvient Ă mordre l'un des mexicains Ă la gorge. Le malheureux se retrouve projettĂ© au sol, perdant sa supĂ©rioritĂ© sur la bĂȘte, qui met fin Ă ses jours.
Le chien peine par la suite à atteindre les clandestins, réfugiés sur les hauteurs. Pour pallier à ce handicap, le chasseur monte symboliquement sur le plus haut rocher de la sierra, retrouvant ainsi son avantage sur ses proies. Au sommet, il acquiert un point de vue omniscient qui lui permet d'abattre un nouveau clandestin.
Il est important de s'arrĂȘter sur l'arme du chasseur. Outre son chien, il dispose d'un fusil Ă lunette, qui s'avĂšre ĂȘtre le "point de vue ultime". Disposant d'une portĂ©e immense, il amplifie la vue et les capacitĂ©s meurtriĂšres de son porteur. PossĂ©der ce fusil sniper confĂšre les pleins pouvoirs dans cet univers ou seul compte la domination de la vision.
Une autre scĂšne conforte cette mise en application du schĂ©ma de CUARON. Alors qu'il ne reste que trois survivants, le chasseur parvient Ă les rattraper dans un canyon. Ă cet instant prĂ©cis, il se situe plus bas que les fuyards, ce qui l'empĂȘche d'exercer son pouvoir meurtrier. Pour pallier Ă cette infĂ©rioritĂ© temporaire, le tueur parvient Ă faire tomber l'un des trois mexicains. Une fois au sol, le blessĂ© se retrouve une nouvelle fois Ă la merci du chasseur, qui peut l'abattre.
Les rĂŽles parviennent Ă s'inverser, toujours grĂące Ă la domination du point de vue. Alors que la nuit Ă passĂ©e, les deux survivants dĂ©couvrent que leur agresseur est stationnĂ© en contrebas de leur colline. Profitant de leur supĂ©rioritĂ© (ils le voient, lui ne les voit pas), ils mettent en place une diversion pour s'Ă©chapper. Le piĂšge fonctionne, les deux fugitifs peuvent s'emparer de la voiture et fuir. Jusqu'au moment oĂč le tireur remonte sur la colline, reprend l'avantage et fait exploser leur vĂ©hicule.
Le film n'a de cesse de mettre en application ce schĂ©ma de domination par le point de vue. Deux exemples sont encore Ă relever : Lors de sa fuite, le hĂ©ros mexicain parvient Ă mettre le feu Ă quelques cactus. Dans cette scĂšne, le chasseur rĂ©vĂšle sa faiblesse, ses craintes et sa colĂšre. Il est mis en difficultĂ©, alors mĂȘme que la fumĂ©e l'entoure et le prive de visibilitĂ©. Ce dĂ©faut de point de vue coĂŻncide Ă sa mise en pĂ©ril, toujours selon le mĂȘme schĂ©ma.
Enfin, l'affrontement final entre les deux hommes est un véritable jeu d'équilibristes, ou chacun tente de s'élever par rapport à l'autre pour reprendre l'avantage. C'est finalement en se jetant avec son adversaire dans le vide que le héros remporte la victoire. Dans leur chute, il a atteri plus haut que le chasseur, ce qui le met à portée du fusil et lui permet de dominer finalement son agresseur.
L'ensemble du film repose sur ce schĂ©ma visuel et narratif de domination par le point de vue. La mise en application d'une narration presque gĂ©omĂ©trique permet Ă CUARON de mettre vĂ©ritablement en valeur les enjeux de son mĂ©trage, tout en caractĂ©risant Ă l'extrĂȘme son parti pris. Le schĂ©ma se rĂ©sorbe lors de la scĂšne finale, oĂč l'environnement qui entoure les personnages est uniformĂ©ment plat, exempt donc de tout danger.
Titre : Desierto Année : 2016 Réalisation : Jonas CUARON Acteurs : Gael Garcia Bernal, Jeffrey Dean Morgan Genre : Thriller Pays : Mexique ThÚmes Contre-Plongées : Schema, Narration Visuelle, Point de Vue
Photos de Desierto (2016) de Jonas CUARON
Desierto - Point de Vue Dominateur

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CANNES 2016 - Sélection Officielle
Voici les films sélectionnés à Cannes pour le Festival 2016.
Notons la présence de certains auteurs présents sur Contre-Plongées : Paul VERHOEVEN, Xavier DOLAN, Jeff NICHOLS, Olivier ASSAYAS, ou Nicolas WINDING REFN.
CafĂ© Society - Woody ALLEN Toni Erdmann - Maren ADE Julieta - Pedro ALMODĂVAR American Honey - Andrea ARNOLD La fille inconnue - Jean-Pierre DARDENNE, Luc DARDENNE Personal Shopper - Olivier ASSAYAS Juste la fin du monde - Xavier DOLAN Ma Loute - Bruno DUMONT Paterson - Jim JARMUSCH Rester vertical - Alain GUIRAUDIE Mal de pierre - Nicole GARCIA Aquarius - Kleber MENDONĂA FILHO I Daniel Blake - Ken LOACH Ma'Rosa - Brillante MENDOZA Loving - Jeff NICHOLS Bacalaureat - Cristian MUNGIU The Last Face - Sean PENN  Agassi - PARK Chan-Wook Elle - Paul VERHOEVEN Sieranevada - Cristi PUIU The Neon Demon - Nicolas WINDING REFN
Circle - Cadre Prophétique
L'Ă©conomie de moyens du film ne le dispense pas de jouer intelligemment avec son sujet, usant de tous les biais Ă sa disposition pour mettre en place un systĂšme de dĂ©signation visuelle intĂ©ressant.Â
L'action prend place dans une salle sombre, oĂč 50 inconnus sont rĂ©unis en cercle. TrĂšs vite, certains d'entre eux disparaissent, heurtĂ©s par un flash rougeoyant. Les survivants comprennent qu'ils disposent d'un droit de vote, Ă©liminant ainsi dĂ©mocratiquement leurs voisins. Le doute rĂ©side quant au sort rĂ©servĂ© au dernier d'entre eux, mais permet d'alimenter les dĂ©bats et de souligner les sombres mĂ©andres de la psychĂ© humaine.Â
Au delĂ de ce fond narratif plutĂŽt intĂ©ressant et correctement Ă©crit, la mise en scĂšne joue de son Ă©conomie pour conduire le spectateur sur de nombreuses fausses pistes. Ainsi les joutes verbales entre les protagonistes aiguilleront frĂ©quemment l'attention sur une victime prochaine, permettant souvent d'anticiper les morts Ă venir.Â
Si ce n'est que la camĂ©ra s'Ă©vertue Ă contrecarrer toute logique de projection, alimentant grandement la puissance potentielle du film en perturbant sans cesse le spectateur. Ainsi, la victime dĂ©signĂ©e par le vote sera plus d'une fois diffĂ©rente du personnage cadrĂ© lors du flash mortel. Toutes les morts ne sont pas filmĂ©es plein cadres, et le hors champ permet d'alimenter le doute quant aux disparitions.Â
Le plus frĂ©quemment, lorsque deux participants Ă©changent l'un l'autre, et que le reste des votants/prisonniers doivent faire un choix, la camĂ©ra choisira dĂ©libĂ©rĂ©ment de cadrer un personnage tiers, permettant d'intensifier une tension dĂ©jĂ palpable. Cette grammaire du dĂ©calage permet au film de tenir debout jusqu'Ă sa conclusion, cassant au fur et Ă mesure les choix de cadrages prĂ©alables, maintenant une attention constante chez le spectateur. Un tour de force qu'il faut savoir reconnaĂźtre pour un film, qui ne saurait autrement s'apparenter qu'Ă du théùtre filmĂ©. La puissance narrative de la mise en scĂšne permet donc Ă ce mĂ©trage d'exister en tant qu'objet filmique.Â
Titre : Circle Année : 2015 Réalisation : Aaron HANN, Mario MISCIONE Acteurs : Michael Nardelli, Carter Jenkins, Julie Benz Genre : Thriller, Science-Fiction Pays : Etats-Unis ThÚmes Contre-Plongées : Caméra, Narration Visuelle
Sicario - Caméra Embarquée
La mise en scÚne de Denis VILLENEUVE s'attache dans Sicario (2015) à souligner l'état d'esprit de son personnage principal, Kate Macer, une jeune agent du FBI embarquée dans une équipe d'intervention aux trousses du Cartel de Juarez. Alors que commence le film, l'échec catastrophique d'une intervention pousse la jeune femme à changer de terrain d'intervention, le reste de son parcours durant le film consistant à suivre à la trace sa nouvelle équipe.
Le rĂ©cit nous est contĂ© du point de vue de la jeune femme, qui semble subir au long du film les dĂ©cisions de sa nouvelle Ă©quipe, sans parvenir Ă intervenir sur les dĂ©cisions qui sont prises. Ses prises de positions sont invariablement rejetĂ©es, et les Ă©changes avec ses partenaires fatalement vains.Â
Dans l'esprit de souligner cette incapacité à agir et à prendre ses propres décisions, le réalisateur choisit plus d'une fois de proposer des plans tournés à la caméra embarquée. Tout comme le personnage d'Emily Blunt, le cadre est souvent posé sur ou dans des voitures, se contentant d'entraperçevoir la globalité de l'intrigue, ses tenants et ses aboutissants.
DÚs l'arrivée au Mexique, la jeune agent du FBI doit se contenter de deviner les rapports de forces entre les protagonistes locaux : cartels, policiers, politiques, militaires, etc... à cet instant, la caméra est posée sur les jeeps des militaires locaux, soulignant la position contrainte d'Emily Blunt.
De nombreux plans empĂȘchent toute sortie vers l'extĂ©rieur, cloisonnant le cadre Ă l'intĂ©rieur d'un vĂ©hicule, dĂ©crivant physiquement les limites qui s'imposent aux personnages. Plus d'une fois, il lui est demandĂ© de ne pas sortir, de ne pas intervenir. Les plans qui suivront sont invariablement tournĂ©s depuis l'intĂ©rieur de l'habitacle, permettant de furtifs coups d'oeils vers l'extĂ©rieur.
Le motif de la caméra embarquée revient à plusieurs reprises et sous plusieurs formes dans le reste du film. Denis VILLENEUVE inclut dans son montage des plans tournés avec les caméras thermiques portées par les militaires. Créant des visages et des personnages fantomatiques, cette vision embarquée fréquemment tournée vers le personnage d'Emily Blunt renforce son incapacité à agir, aux yeux de tous, et les limites que lui imposent ses supérieurs.
CamĂ©ra embarquĂ©e suprĂȘme et omnisciente, les visions satellites du terrain ou de l'Ă©quipe d'intervention entrecoupent le film Ă quelques reprises. Une fois encore, ce motif de l'embarquement et de l'hyper surveillance souligne les limites imposĂ©es au personnage, la restriction de son champ d'activitĂ©, motif qui deviendra au final le sujet mĂȘme du film. La multiplication de ces camĂ©ras mobiles et incapables de sortir de leur cadre est un moyen employĂ© par le cinĂ©aste pour souligner graphiquement toutes les limites de ses personnages, afin de les forcer Ă opĂ©rer hors du cadre lĂ©gal, visible, pour parvenir Ă leurs fins.
Titre : Sicario Réalisation : Denis VILLENEUVE Acteurs : Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin Genre : Policier, Thriller Pays : Etats-Unis Année : 2015 ThÚmes Contre-Plongées : Caméra, Narration Visuelle
Photos de Sicario (2015) de Denis VILLENEUVE
Sicario - Caméra Embarquée
Midnight Special - Réalités Superposées
Il y a une certaine idĂ©e de la superposition dans Midnight Special, dernier film de Jeff NICHOLS, oĂč un petit groupe de personnages hĂ©tĂ©roclites risque tout pour mener un enfant vers une destination inconnue. Lâenfant en question semble dotĂ© dâĂ©tranges pouvoirs surnaturels, et attire lâattention du gouvernement amĂ©ricain et dâune secte religieuse. Ă maintes reprises, le mĂ©trage joue Ă superposer les champs, les rĂŽles, les points de vues. Lâensemble sert une accumulation narrative et visuelle particuliĂšrement intĂ©ressante.
En premier lieu dans la dĂ©couverte des personnages. Tous sont envisageables Ă plusieurs niveaux : Michael Shannon, hĂ©ros du film, pourrait bien ĂȘtre un dangereux kidnappeur, avant de se rĂ©vĂ©ler le pĂšre de lâenfant quâil enlĂšve; Joel Edgerton apparaĂźt comme un meurtrier de policier, avant de rĂ©vĂ©ler quâil sâagit de son propre mĂ©tier, Kirsten Dunst est en rĂ©alitĂ© la mĂšre du petit, bien que lâayant abandonnĂ© au prĂ©alable. Adam Driver incarne lâautoritĂ© poursuivant lâenfant, Ă mĂȘme de dĂ©couvrir tous ses secrets, avant de guider le petit vers la libertĂ© et les retrouvailles avec les siens.Â
Lâenfant lui-mĂȘme manipule Ă plusieurs reprises de petits personnages en LEGO, dotĂ©s de tĂȘtes lumineuses, transparentes, doubles miniatures de sa propre identitĂ©. Chaque figure de personnage se voit ainsi dotĂ© dâune double existence, dâun double rĂŽle, servant une narration oĂč se superposent les rĂ©alitĂ©s.
Ainsi que lâexplique le petit garçon, une autre rĂ©alitĂ© vient se superposer Ă la nĂŽtre, rĂ©alitĂ© dont il prĂ©tend ĂȘtre originaire. Le film nâaura de cesse dâĂ©voquer visuellement ce parti pris scĂ©naristique. Plusieurs scĂšnes illustrent clairement cette double rĂ©alitĂ©. Les premiers Ă©changes entre la NSA et les membres de la secte entourant lâenfant passent par des enregistrements vidĂ©os. Ces derniers montrent des hommes et des femmes au travers du viseur de la camĂ©ra, relĂ©guant leur existence matĂ©rielle dans le flou arriĂšre. Entourage direct de lâenfant, ces derniers manifestent dĂšs lors une double prĂ©sence, inquiĂ©tante et dĂ©rangeante.
Lors de lâinterrogatoire entre le responsable de la NSA et lâenfant, deux Ă©crans les sĂ©parent : une vitre et un Ă©cran de tĂ©lĂ©vision. Si au dĂ©but de la scĂšne, les deux points de vue reflĂštent la mĂȘme chose, ces derniers se distinguent bien vite. Ainsi, lâenfant se lĂšve derriĂšre la vitre, alors que lâĂ©cran le montre toujours assis. Si les pouvoirs surnaturels du garçon expliquent ce tour de magie, lâeffet produit renforce le sentiment de superposition de deux univers.Â
Autre effet de superposition visuelle, les rayonnements lumineux Ă©mis par les yeux et les mains de lâenfant. Ceux-ci semblent venir se greffer Ă la surface des membres du garçon, surgissant de lâailleurs. En outre, les fantĂŽmes/extra-terrestres de lâautre rĂ©alitĂ© ne sont constituĂ©s que de ce rayonnement, ne possĂ©dant quâune enveloppe transparente trĂšs tĂ©nue. Leur prĂ©sence dans lâenfant (et, plus tard, dans le pĂšre), ne sâapparente donc quâĂ une superposition visuelle, les corps luminescent de lâautre monde venant sâappliquer sur les enveloppes charnelles de notre monde.
Superposition finale de deux univers, lâapparition finale de lâautre monde vient dĂ©montrer lâexistence de cette double rĂ©alitĂ© parfaite. Les constructions parallĂšles sâagencent idĂ©alement avec les immeubles, arbres, structures de notre monde. Si la recherche de la dualitĂ© sâeffectue dans la douleur, par de nombreuses idĂ©es visuelles et narratives de la superposition, Jeff NICHOLS achĂšve son mĂ©trage en assurant que le rapprochement de deux rĂ©alitĂ©s est possible, la rencontre des mondes souhaitables, et prĂ©visibles (ainsi que le laisse envisager le dernier plan sur un Michael Shannon emprisonnĂ©...). Une certaine vision optimiste de lâavenir.

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Black Book - Crise Identitaire
LâimmĂ©diatetĂ© de visionnage de Robocop et Total Recall nous invitent Ă observer le film de VERHOEVEN sous lâangle de la fracture identitaire. Si Total Recall nous proposait la quĂȘte dâidentitĂ© dâun personnage lâayant volontairement abandonnĂ©e, Robocop nous exposait la destruction de lâidentitĂ© dâun hĂ©ros et sa renaissance sous les traits dâun cyborg inhumain. Hollow Man traitait lui aussi de la disparition du personnage, dans sa plus Ă©vidente occurence : lâhomme invisible. Ă sa maniĂšre, Black Book procĂšde de la mĂȘme maniĂšre.
LâhĂ©roĂŻne, jeune juive rĂ©fugiĂ©e en Hollande, tente de survivre sous lâoccupation Nazie. SĂ©parĂ©e de sa famille, elle entame un cheminement initiatique qui la conduira des groupuscules rĂ©sistants hollandais jusquâau coeur de la gouvernance autoritaire allemande. Pour ce faire, Rachel nâaura de cesse de travestir son identitĂ©, quitte Ă laisser derriĂšre elle ce qui la constitue comme ĂȘtre humain.
Lâabandon identitaire dĂ©bute par un changement de nom. De Rachel, elle deviendra Ellis. Pour mieux gagner le coeur dâun officier allemand, elle se teint dĂ©finitivement les cheveux en blond, allant jusquâĂ teindre ses poils pubiens. Perfectionnisme qui lui permet de survivre Ă sa premiĂšre nuit en compagnie du colonel MĂŒntze. Alternant entre ses moments de vie parmi les rĂ©sistants, et de travail au coeur du systĂšme nazi, une schizophrĂ©nie Ă©vidente se construit autour du personnage. Dâautant que tout son entourage semble jouer un double jeu, les traĂźtres Ă©tant lĂ©gion parmi la rĂ©sistance.
Les racines premiĂšres de lâhĂ©roĂŻne tendent Ă disparaĂźtre, Ă se diluer, alors que son amour naissant pour le militaire nazi la pousse Ă se ranger aux cĂŽtĂ©s de ce dernier. Trahie par un lieutenant malhonnĂȘte et cupide, elle se voit rejetĂ©e des rangs de la rĂ©sistance, enfermĂ©e et dĂ©shonorĂ©e. La libĂ©ration nâapportera nul salut, sa liaison avec les nazis lui accordant lâhorreur dâĂȘtre souillĂ©e dâexcrĂ©ments par des tortionnaires hollandais.
Le retour final en IsraĂ«l et la reconquĂȘte de son identitĂ© (reprendre son nom, redevenir brune) se fait au prix dâun abandon de son passĂ©, quâelle dĂ©cide dâenfouir au plus profond, pour pouvoir vivre de nouveau.
Black Book se vit comme une nouvelle quĂȘte identitaire pour un personnage de VERHOEVEN. Le schĂ©ma semble se rĂ©pĂ©ter : contraint de renoncer Ă son identitĂ©, le hĂ©ros/hĂ©roĂŻne doit se construire un ĂȘtre nouveau par dessus les cendres de son passĂ©, quitte Ă payer de sa personne et de son humanitĂ© pour y parvenir. Tout comme Robocop ou Quaid (Total Recall), lâhĂ©roĂŻne de Black Book ne parvient Ă exister et Ă survivre en tant que personnage quâen renonçant Ă sa construction initiale pour trouver, Ă travers le film, son identitĂ© vĂ©ritable et dĂ©finitive.
Titre : Black Book Année : 2006 Réalisation : Paul VERHOEVEN Acteurs : Carice Van Houten, Sebastian Koch, Thom Hoffman Genre : Guerre, Drame Pays : Pays-Bas ThÚmes Contre-Plongées : Identité, Personnages, Semaine Paul VERHOEVEN
Total Recall - Doubles Monstrueux
Lâintrigue globale et les rebondissements du Total Recall (1990) de VERHOEVEN reposent sur la notion du double, sur la dissolution de lâidentitĂ© de son personnage principal, sans cesse fracturĂ© entre ses multiples incarnations. Ce motif du double prend des formes souvent monstrueuses pour illustrer la violence dâun tel dĂ©chirement.
Tout commence par une rencontre avec son double parfait, celui qui ressemble en tout point au hĂ©ros et qui semble tout savoir. Il sâagira du double ultime Ă atteindre, celui Ă qui il faut ressembler pour redevenir soi-mĂȘme, pour reformer les Ă©clats dâun miroir fracturĂ©. DĂšs cette rencontre avec le double-miroir dans lâusine, la possibilitĂ© de se multiplier est annoncĂ©e : ainsi lâhologramme portatif, qui permet de crĂ©er instantanĂ©ment une copie parfaite de soi-mĂȘme.
Tout au long de lâintrigue, cette capacitĂ© du personnage (Quaid) Ă se dĂ©doubler pour se rapprocher de son modĂšle (Hauser) est rappelĂ© par la construction graphique et scĂ©nique du cinĂ©aste. Ainsi cet affrontement dans une chambre avec un envoyĂ© du mĂ©chant, qui prĂ©tend que Quaid rĂȘve toujours, attachĂ© Ă sa chaise de souvenirs imaginaires. Les miroirs disposĂ©s dans la piĂšce permettent de multiplier les apparitions du hĂ©ros, renforçant lâinquiĂ©tude du spectateur quant Ă la possible dissolution du personnage.
Chaque Ă©tape du cheminement du hĂ©ros tend Ă lui rappeler son instabilitĂ© en tant que personnage tangible, rĂ©el, unique. Il lui est imposĂ© de traverser nombre dâĂ©preuves Ă©voquant son trouble identitaire, comme autant de bĂątons tendus sur son passage par ses opposants. PremiĂšre ennemie intime : sa propre femme, qui se rĂ©vĂšle bien vite comme une simple actrice meurtriĂšre, incarnant un rĂŽle et Ă lâidentitĂ© inconnue. Cette dualitĂ© du personnage est annoncĂ©e au prĂ©alable par une scĂšne intrigante dâentraĂźnement sportif, ou un nouvel hologramme vient dĂ©doubler le personnage. La seconde femme se voit dâailleurs parĂ©e des attributs de la femme rĂȘvĂ©e par le hĂ©ros tout au long du film (cheveux bruns), accentuant le contraste entre les deux personnages fĂ©minins.
Poursuivant dans la dualitĂ© entre le masculin et le fĂ©minin, Quaid se voit contraint dâenfiler lâapparence dâune femme Ă la forte carrure pour tromper les gardes. Cependant, face Ă un contrĂŽle approfondi, sa couverture Ă©clate violemment, le corps de remplacement se dĂ©truisant de lâintĂ©rieur pour rĂ©vĂ©ler le hĂ©ros Ă lâintĂ©rieur.
LâarrivĂ©e sur Mars constitue une vĂ©ritable explosion dans la quĂȘte du hĂ©ros, multipliant les confrontations avec des doubles monstrueux ou dĂ©rangeants. Le cyborg inhumain qui conduit les taxis a tout du double inquiĂ©tant, cherchant Ă ressembler Ă lâhumain en dĂ©pit dâune apparence totalement mĂ©canique.
Le passage Ă travers les rayons x permet de dĂ©voiler une nouvelle apparence pour Quaid, se voyant rĂ©duit Ă lâĂ©tat de squelette animĂ©. Sa seule solution pour briser ce piĂšge consiste Ă traverser lâĂ©cran noir, comme pour briser une malĂ©diction en fracturant un miroir.
Les habitants de la planĂšte Mars, elle-mĂȘme soeur jumelle dĂ©laissĂ©e de la terre, sont tous marquĂ©s du sceau de lâinfamie par une division de la chair, leur propre visage se voyant barrĂ© sur la longueur en raison dâune exposition prolongĂ©e au manque dâoxygĂšne. Tout lâentourage du hĂ©ros lui renvoie dĂšs lors une quantitĂ© importante de reflets dĂ©formĂ©s, dĂ©rangeants.
Câest probablement la rencontre avec Kuato qui achĂšve le motif du dĂ©doublement monstrueux. Faisant connaissance avec le chef de la rĂ©sistance sur Mars, Quaid est confrontĂ© Ă un corps abritant deux ĂȘtres, transformation suprĂȘme du double humain. Un second corps est greffĂ© sur le premier, renvoyant le hĂ©ros Ă sa quĂȘte dâidentitĂ© impossible.
Tout au long du film, le hĂ©ros se voit donc confrontĂ©s Ă dâinnombrables doubles, chacun ayant pour but de lui rappeler sa propre perte identitaire. VERHOEVEN en profite pour expose son attrait pour les transformations de la chair, dans la lignĂ©e dâun CARPENTER, usant des effets pour troubler sans cesse le spectateur quant Ă lâexistence unique et rĂ©elle du personnage principal.Â