L’honnêteté
Pourquoi avoir honte ? Les mots ne sortent pas, restent bloqués, même cette phrase ne me semble pas naturelle. Mon pou s’accélère, et rien que de l’écrire… c’est moche, déjà -vu. Pourquoi cette pression, alors que je suis la seule à me lire ? La peur, la peur d’écrire mal, faux, que la mélodie de mes pensées soit mal retranscrites et résonne comme, comme, aucune métaphore, quelqu’un a une métaphore, une comparaison ? Cela fait 4 ans, 5 ans, que je n’écris plus rien, pour la simple et bonne raison que de se persuader qu’on a un talent, c’est suffisant et c’est réconfortant, comme regarder un paysage, voir la vie se dérouler sous nos yeux, sans réellement y prendre part : c’est relaxant (un synonyme serait franchement mieux mais on avait dit : un texte honnête, sans se mentir). C’est relaxant de constater le stress, de soudainement, pendant quelques minutes, quelques secondes, ne pas se sentir concerné par le bruit, la foule. On est en quelque sorte omniscient, un Dieu ou une entité qui observe de manière condescendante, hilare, supérieure tout ce brouhaha de sentiment négatif, positif. Oui, positif : le problème ici n’est pas seulement la dureté envers soi-même, ni même toute la garniture qui va avec (personnellement, j’ai eu assez de manque de confiance en moi, merci, je n’en reprendrai plus), mais le simple fait d’accepter la manière qu’on a de ressentir des choses, que notre sensibilité est différente, spéciale, car elle est propre à nous. Ce n’est pas l’assumer, ni même en prendre conscience, car regarder par la fenêtre c’est juste constater tout, les poubelles, les trains qui arrivent, les gens qui courent, qui se rentrent pitoyablement dedans, qui discutent, la femme qui fume sa cigarette, le couple bien trop niais et cet homme bien trop vieux, le bus, mais pas soi-même (vous trouvez ma comparaison bancale ? moi aussi). Ne rien écrire et dire que l’on écrit, c’est regarder par la fenêtre. C’est aimé une idée, un image fixe sur laquelle on ne figure pas, on n’évolue pas.
Et écrire, c’est sauter par la fenêtre (sans l’ouvrir).

















