Marcel rentrait du bureau. Il Ă©tait 18 heures. Il avait assistĂ© Ă cette journĂ©e tel un spectateur regardant un match de hockey sur glace, sans se douter quâil puisse ĂȘtre lui aussi acteur. Il marchait les quelques mĂštres qui sĂ©paraient lâarrĂȘt de bus du domicile quâil occupait seul depuis plusieurs annĂ©es dĂ©sormais, dans ce village qui ne comptait Ă peine plus dâune centaine dâhabitants, situĂ© Ă lâextrĂȘme nord du pays. La rue Ă©tait longue et large, beaucoup trop vaste pour le peu dâoccupants quâelle recevait. Quelques flaques dâeau Ă©taient Ă©parpillĂ©es ici et lĂ , rappelant la grosse tempĂȘte de lâaprĂšs-midi. Marcel jeta un oeil sur sa gauche, et vit Didier , le fis cadet de ses voisins dâen face. Son pĂšre Ă©tait un ancien avocat, dĂ©cĂ©dĂ© depuis de nombreuses annĂ©es. Sa mĂšre, elle, personne ne lâavait vu depuis plusieurs mois. Les rumeurs circulaient Ă son sujet, mais dâaucuns ne savaient rĂ©ellement ce quâelle Ă©tait devenue. Marcel regarda dans sa boite aux lettres, lui qui ne recevait que trĂšs rarement des courriers. Par moment, un colis lui Ă©tait destinĂ©. Il vivait seul.
Il avait un rendez-vous ce soir, au parc de la ville, quâil attendait depuis dĂ©jĂ de trĂšs nombreuses annĂ©es. Il allait enfin rencontrer son pĂšre. Lorsquâil rentra chez lui, il relu une derniĂšre fois la lettre quâil avait reçu, pour ne pas se tromper ni sur le lieu, ni sur lâhoraire.
Une fois de le parc, il dĂ©cida de sâasseoir sur le banc en face du lac, afin dâattendre. Le parc Ă©tait presque vide, seul un couple de personnes assez ĂągĂ©es continuait Ă marcher lentement vers la sortie. Il sâĂ©tait remis Ă pleuvoir. Les heures passaient, et personne ne semblait se rendre au rendez-vous. La nuit Ă©tait Ă prĂ©sent bien tombĂ©e, et, câest Ă contre coeur quâil se rĂ©signa Ă quitter les lieux. Il y avait peut-ĂȘtre eu un malentendu, il reviendrait demain Ă la mĂȘme heure afin de voir si quelquâun se prĂ©sentera. Il se leva de son banc, et se dirigea vers la sortie du parc, en envoyant quelques cailloux dans lâeau. Ce nâest quâune fois dehors quâil remarqua la vieille camionnette garĂ©e en contrebas. Il nâeut pas le temps de sâinterroger sur cette prĂ©sence quâil fut frappĂ© dâun violent coup derriĂšre la tĂȘte qui le mit K.O. Il fut ensuite trainĂ© Ă lâarriĂšre de la camionnette, et emmenĂ© dans un hangar en pĂ©riphĂ©rie de la ville.
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Les jours passaient mais il nây avait aucune Ă©volution dans le quotidien de Marcel. Il restait sur sa chaise, la tĂȘte sous une cagoule, sans savoir ce quâil se passait. Par moment, il Ă©tait nourrit par ses ravisseurs. Copieusement au dĂ©but, avec parcimonie ensuite, car, bien sĂ»r, il ne pouvait pas coĂ»ter plus dâargent quâil nâen apportait. Il nâavait aucune information, que ce soit sur lâidentitĂ© des deux crapules, ou sur la nature de son enlĂšvement. De temps en temps, il entendait deux voix sâentrechoquer dans son Ăąme par Ă©clats de dĂ©cibels. Il savait quâils Ă©taient deux, car lâun dâeux possĂ©dait un fort accent, et terminait souvent ses phrases par des mots dâune langue Ă©trangĂšre que Marcel nâarrivait pas Ă distinguer. Les jours passaient, du moins, il le pensait. Il lui arrivait de dormir par moment, mais il ne savait absolument pas depuis combien de temps il Ă©tait dĂ©tenu. Marcel Ă©tait Ă bout de forces. Il nâĂ©tait conscient que dâune chose. Son sort faisait dĂ©bat au sein du duo. Lâun dâeux semblait vouloir le maintenir en vie, et attendre le paiement de la rançon, tandis que lâautre nâavait quâune idĂ©e en tĂȘte, mettre fin Ă ses jours. Si ce dĂ©bat Ă©tait assez calme au dĂ©but, il devenait assez tendu au fil du temps, touchant son paroxysme ce matin-lĂ .
Marcel avait tentĂ© de mettre en place un systĂšme afin de compter le nombre de jours qui passaient. Puisque les deux hommes Ă©taient toujours prĂ©sents, lorsquâil ne les entendait pas, cela signifiait quâils dormaient et que donc, la nuit Ă©tait tombĂ©e. Il estimait dĂšs lord que câĂ©tait le cas, et essaya de sâendormir Ă son tour. Câest Ă ce moment prĂ©cis quâil fut saisi de force par le col de son t-shirt. Il poussa quelques grognements, en espĂ©rant obtenir des explications sur ce qui Ă©tait en train de se passer, et nâobtint quâun petit coup sur la tempe en guise de rĂ©ponse. Il fut amenĂ© Ă lâarriĂšre de la camionnette, quâil reconnut immĂ©diatement Ă son odeur qui dĂ©marra quelques instants plus tard. Puisque personne ne parlait, Marcel en dĂ©duit quâil nây avait quâune personne qui lâavait enlevĂ©. Il trouva la situation quelque peu cocasse. Il venait dâĂȘtre enlevĂ© de son propre enlĂšvement par lâun de ses ravisseurs. Il tenta de se rappeler les derniĂšres bribes de conversations quâil avait pu entendre afin de savoir avec lequel des deux il se trouvait, mais ne se souvint pas quâun consensus fut obtenu. AprĂšs avoir roulĂ© pendant un bon moment sur des routes normales, la camionnette sâengageait sur des chemins plus sinueux. Il nây avait plus aucun bruit de circulation, ce qui nourrissait les inquiĂ©tudes de Marcel.
La camionnette sâarrĂȘta dâun coup sec. Il entendit la porte cĂŽtĂ© conducteur sâouvrir, et se refermer violemment, avant que ce soit celle situĂ© Ă lâarriĂšre qui sâouvrit. Pour la premiĂšre fois, des paroles furent prononcĂ©es, demandant Ă Marcel de descendre. Il allait enfin ĂȘtre fixĂ© sur son sort. Qui Ă©tait donc-t-il ? Le tueur ? Ou le sauveur ?
Ce soir-lĂ , la fĂȘte foraine Ă©tait de passage dans le village. Elle sâĂ©tendait sur prĂšs dâun kilomĂštre, et Ă©tait composĂ©e dâune cinquantaine de stands. Jeux de flĂ©chettes, pĂȘche aux canards, hot-dogs Ă la sauce moutarde, tout Ă©tait prĂ©sent pour que cette soirĂ©e embellisse leur quotidien morose. Seules les nombreuses coupures de courant, qui semblaient apparaĂźtre Ă intervalles rĂ©guliĂšres constituaient le point noir de la soirĂ©e.
Lâun des deux ravisseurs, N, Ă©tait prĂ©sent lors de cette soirĂ©e. Son comparse lâavait informĂ© quâil avait un problĂšme Ă rĂ©gler, qui nâavait rien Ă voir avec leur affaire en cours. Il avait donc dĂ©cidĂ© de sâaccorder cette journĂ©e, et de laisser la surveillance de lâotage Ă ses deux chiens. Cela faisait dĂ©jĂ dix jours depuis le dĂ©but de lâenlĂšvement, mais il nây avait toujours aucune trace dâun avancement des nĂ©gociations. Lâissue semblait obscure, et le seul moyen de la rendre vivable Ă©tait de la rendre plus obscure. N savait quâun crime comme celui-ci le reconduirait en prison pour de nombreuses annĂ©es. Câest la raison pour laquelle il avait dĂ©jĂ Ă©tabli un plan dĂšs le dĂ©part. Une fois lâotage libĂ©rĂ© et lâargent encaissĂ©, il avait prĂ©mĂ©ditĂ© le meurtre de son complice, P, afin de doubler ses gains et de mettre au silence la seule personne pouvant lâincriminer dans cette affaire. MĂȘme si la rançon Ă©tait au dĂ©part prĂ©vue pour ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ© le lendemain, lâaffaire semblait demeurer au point mort, et ne voyant pas le bout du tunnel, il eĂ»t une discussion agitĂ©e ce matin avec son collĂšgue, Ă©voquant la mort de lâotage.
Lorsquâil quitta le domicile de la jeune femme quâil avait rencontrĂ© fortuitement au supermarchĂ©, P pensa retrouver N Ă la fĂȘte foraine. Il sâagissait de leur derniĂšre nuit ensemble car le lendemain, tout devait ĂȘtre rĂ©glĂ©. Il prit la route, et roula en direction du parc de la ville, oĂč avaient lieu les festivitĂ©s. En arrivant sur les hauteurs de la ville, il vit que toutes les lumiĂšres Ă©taient Ă©teintes. Il lui semblait distinguer dans lâobscuritĂ© des signes de vie, mais supposa que la fermeture Ă©tait imminente, et que ces gens se dirigeaient sans doute vers la sortie. Il fit alors demi tour, pour rentrer au hangar. AprĂšs quelques minutes de route, il sorti de la ville et emprunta le petit chantier indiquant lâentrĂ©e du hangar. La premiĂšre chose quâil remarqua, fut lâabsence de la camionnette, couplĂ© Ă lâabsence de la voiture de N. Pourquoi serait-il parti Ă la fĂȘte avec deux vĂ©hicules ? CâĂ©tait insensĂ©.
Les deux chiens Ă©taient encore en train de manger les restes de viandes, mais il nây avait personne dâautre sur les lieux. Ni N, ni Marcel. DĂšs lors, il craignait que N avait exĂ©cutĂ© les menaces profĂ©rĂ©es le matin mĂȘme. Il fit un tour complet Ă lâ extĂ©rieur du hangar, sans ĂȘtre plus avancĂ©. Il nây avait pas de signe de vie. Il retourna Ă lâintĂ©rieur, cherchant lâune des correspondances quâils avaient eu avec lâinstigateur. Peut-ĂȘtre les chiens rĂ©ussiront Ă retrouver sa trace. Sâil avait vu juste, il pourrait devancer N et rĂ©cupĂ©rer la rançon de force, avant que toute lâhistoire ne soit dĂ©couverte. Il trouva, sur une table, dans un coin du hangar, lâune des lettres quâils avaient reçu au prĂ©alable. Il lâa fit sentir au chiens, qui nâeurent aucune rĂ©action. Il insista encore, et aprĂšs maintes reprises, lâun dâeux dĂ©boula hors du hangar, et se mit Ă galoper sur la route, suivit par le second, puis par P.
Quelques minutes plus tard, se fut au tour de N de rentrer dans ce hangar vide. Il descendit de sa voiture, pour pĂ©nĂ©trer Ă lâintĂ©rieur. Il eut lui aussi la mĂȘme rĂ©action, ne trouvant pas la caravane, ni dâĂąmes qui vivent sur les lieux. Son sang ne fit quâun tour, car il crut comprendre ce qui Ă©tait en train de se dĂ©rouler. Il appela les deux chiens, sans quâaucun des deux ne lui rĂ©ponde. Il remonta alors dans sa voiture, afin de tenter de retrouver P.
De son cĂŽtĂ©, P continuait Ă poursuivre tant bien que mal les deux chiens. Ils pĂ©nĂ©traient dĂ©sormais dans une rue longue et large, dans laquelle un homme marchait paisiblement. Il portait un sweat Ă capuche, ainsi quâun sac Ă dos bleu foncĂ©. Son visage Ă©tait dissimulĂ© sous une casquette, mais il semblait tout de mĂȘme ĂȘtre assez jeune. Contre toute attente, câest vers lui que les deux animaux se ruĂšrent. Lorsquâil vit quâil Ă©tait attaquĂ©, il se mit lui aussi Ă courir, en direction dâun domicile. Dans la prĂ©cipitation, il lĂącha son sac visiblement lourd par-terre, devant sa porte, afin de se prĂ©cipiter vers lâintĂ©rieur. Il passa quelques secondes devant la porte Ă trouver la clef correspondante, puis, lorsquâil mit la main sur la bonne, passa Ă nouveau quelques secondes Ă tenter de vaincre ses mains tremblantes pour lâouvrir. Une fois Ă lâintĂ©rieur, il referma la porte avec fracas, pour se rĂ©fugier Ă lâĂ©tage. P tenta alors de pĂ©nĂ©trer dans la maison, sans remarquer la voiture de police qui faisait une ronde quelques mĂštres plus loin. En voyant cette agitation, ils se dirigĂšrent fort logiquement vers le domicile du jeune homme. P frappa contre la porte Ă gros coups, sans rĂ©ponse. Il ramassa alors un pavĂ© qui trainait quelques mĂštres plus loin, et le projeta contre la vitre de la porte.
Circulant dans une rue quelques mĂštres plus loin, N sentit quâil se passait quelque chose dâinhabituel, et se dirigea lui aussi vers la maison. Il se gara sur le cĂŽtĂ©, et sortit de sa voiture, arme Ă la main, afin de voir de quoi il sâagissait.
AprĂšs avoir brisĂ© la vitre, P passa sa main Ă lâintĂ©rieur, et rĂ©ussit Ă ouvrir la porte directement de lâextĂ©rieur. Il chercha le jeune homme dans un premier temps, en consultant les piĂšces proches de lâentrĂ©e. Lorsquâil entra dans le salon, son regard se figea sur un objet trĂŽnant en plein milieu de la piĂšce. Il esquissa un sourire et sâapprocha Ă grand pas du sac de sport qui se trouvait ouvert sur le sol. Celui-ci dĂ©bordait de liasses de billets. Il sâen saisit, oublia immĂ©diatement le jeune homme quâil pourchassait, et sortit du domicile.
Une fois dehors, il tomba nez Ă nez avec N, qui pointait son arme sur lui, en lui demandant de lui remettre le sac. Les deux policiers, discrets jusque lĂ , dĂ©cidĂšrent Ă ce moment prĂ©cis dâintervenir et dâattraper au vol lâhomme quâils suivaient depuis peu, ainsi que le second, qui venait de dĂ©barquer de nulle part.
Lorsque le jeune homme entendit que les forces de lâordre Ă©tait prĂ©sente, il sortit de sa cachette pour voir ce quâil se passait Ă lâextĂ©rieur. Les deux policiers lâinterrogĂšrent lui aussi quelques instants. Il leur dit sâappeler Didier, avoir 15 ans, et vivre ici avec sa mĂšre. Cependant,  Il leur semblait vivre seul, chose quâils vĂ©rifiĂšrent assez rapidement. Son pĂšre Ă©tait dĂ©cĂ©dĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt, et sa mĂšre, internĂ© dans un internat aprĂšs de nombreuses dĂ©pressions.
Tous les trois furent ainsi embarquĂ©s, lâun en direction dâun foyer car, les deux autres probablement vers une prison au vue des Ă©lĂ©ments avec lesquels ils ont Ă©tĂ© pris.
Etre journaliste, câest tout ce quâil avait toujours voulu faire. Devenir journaliste, câĂ©tait facile. Devenir un bon journaliste, câĂ©tait une toute autre histoire. Pour cela, il fallait mettre de cĂŽtĂ© ses principes. Et des histoires, tout le monde peut en Ă©crire, en raconter, en inventer. En revanche, il nâest pas donnĂ© Ă tout le monde de sâen approprier. Et ce sont celles-ci qui ont le plus gros impact.
Cette histoire, pourtant vieille et en suspens depuis un peu moins de dix ans venait de prendre fin pour de nombreuses personnes. Pour Bob, elle gardera un goĂ»t dâinachevĂ©, et il y repensera chaque jour de sa vie, pour lâĂ©ternitĂ©. Et plus encore. Lorsquâil ouvrit le journal ce matin-lĂ , il se rappela immĂ©diatement de la lettre quâil avait reçu ce soir-lĂ .
<< Je sais qui vous ĂȘtes, et comme vous, je pense que vous nâĂȘtes pas apprĂ©ciĂ© Ă votre juste valeur. Votre travail est remarquable, notamment vos publications sur les crimes qui touchent notre rĂ©gion depuis plusieurs mois. Vous vous demandez probablement sâil sâagit dâune lettre un fan. Ce nâest absolument pas le cas. Je me suis permis de vous contacter afin de vous proposer un marchĂ©. Enfin, appelons ça plutĂŽt une opportunitĂ©, car je ne vous demanderai absolument rien en contrepartie. >>
Bob leva les yeux de la lettre un instant. Il lâavait gardĂ© durant toutes ces annĂ©es, mais savait que dĂšs aujourdâhui, il prenait un risque en ne la dĂ©truisant pas. MĂȘme sâil la connaissait par coeur, lâayant lu Ă maintes reprise, il se sentait obligĂ©, une derniĂšre fois, de la lire entiĂšrement.
<< Tout ce que vous aurez Ă faire, câest libĂ©rer un homme, pris en otage, puis vous raconterez son histoire. Il pourra aisĂ©ment confirmer que vous ne faites pas partie de ceux qui lâont enlevĂ©. De votre cĂŽtĂ©, vous joindrez lâutile Ă lâagrĂ©able. Vous passerez pour un hĂ©ros, et vous aurez un scoop Ă raconter. Si vous prĂ©venez la police avant dâagir, vous passerez Ă cĂŽtĂ© dâune occasion en or pour faire votre trou. Si cela vous convient, vous nâavez quâĂ rĂ©pondre par texto au numĂ©ro qui figure en bas de cette lettre. Un simple « ok » suffira. Je vous donnerais plus de consignes par la suite. >>
Bob accepta, et suivi les consignes. Le soir de la fĂȘte foraine, il devait se rendre dans un hangar, situĂ© dans un petit village. Sur place, il trouverait un otage, quâil nâaurait plus quâĂ libĂ©rer. Aucun ravisseur ne devait ĂȘtre prĂ©sent sur les lieux.
Lorsquâil arriva sur place, il vit deux chiens qui gardaient la zone. Un berger allemand accompagnĂ© dâun doberman. Bob sây Ă©tait rendu Ă pied, il nâavait donc pas encore attirĂ© leur attention. Il revint sur ses pas, et se rendit vers un snack situĂ© un peu plus loin au bord de la route pour acheter de la nourriture et amadouer les deux animaux. Une fois de retour, il siffla au loin afin de ne pas les surprendre et dâentrainer une rĂ©action dĂ©fensive de leur part. Il leur envoya des morceaux de viandes ici et lĂ , ce qui parvint Ă dĂ©tourner leur attention de lâotage. Une camionnette Ă©tait garĂ©e juste Ă lâentrĂ©e, les clefs sur le contact. Sachant quâil nâavait que trĂšs peu de temps, il attrapa lâotage par le col de son t-shirt, et lâentraina rapidement hors du hangar, afin de le mettre Ă lâarriĂšre de la camionnette.
AprĂšs avoir roulĂ© pendant plusieurs heures, ils Ă©taient dĂ©sormais hors de la ville, dans les hauteurs, au pied des montagnes. Bob voulait lâemmener Ă lâĂ©cart, afin de pouvoir lâinterroger, et connaĂźtre tous les dĂ©tails avant de le conduire au commissariat. Il lui enleva donc sa cagoule et fut stupĂ©fait de sa dĂ©couverte. Il tenta de masquer sa surprise, et commença son entrevue. Lâotage lui raconta la totalitĂ© de sa dĂ©tention, avec le maximum de dĂ©tail quâil lui Ă©tait possible de rassembler. Il pensait avoir Ă©tĂ© enlevĂ© il y avait de cela plus dâun mois, mais ne fut que trĂšs peu surpris lorsque Bob lui affirma que cela ne faisait quâune dizaine de jour.
Lorsquâil eut terminĂ©, il se demanda ce quâil devait faire de la victime. Si Bob devait se rendre Ă la police pour raconter les faits, câĂ©tait maintenant. Ou jamais. Car Marcel avait vu son visage. Cela le rendrait au mieux un complice, au pire, ravisseur. Si Bob hĂ©sitait, câest quâil avait immĂ©diatement reconnu la victime. Il sâagissait du fils illĂ©gitime dâun homme trĂšs haut placĂ©. Il su dĂšs lors que cette histoire serait Ă©touffĂ©e, et quâil en aurait lâentiĂšre exclusivitĂ©. DĂšs lors que lâannonce de la libĂ©ration dâun otage serait faite, il publierait la totalitĂ© de son histoire. Il lâĂ©crirait sous un pseudonyme, son visage ne sera alors pas associĂ© Ă lâauteur. Il aurait trĂšs bien pu le laisser-lĂ et le relĂącher dans la nature, mais cela lui aurait laissĂ© un goĂ»t dâinachevĂ©. Ce quâil ne souhaitait absolument pas. Tout ce quâil avait Ă faire, Ă©tait de le remettre dans cet endroit, et attendre la suite. Il dĂ©cida de le ramener Ă lâendroit oĂč il lâavait rĂ©cupĂ©rĂ©.
AprĂšs avoir roulĂ© de nombreuses heures Ă nouveau, ils arrivĂšrent prĂšs du hangar. Bob sâarrĂȘta, afin de racheter quelques rations dans le snack. Mais bizarrement, les deux chiens avaient disparus. Il put ainsi le rattacher aisĂ©ment, remettre la caravane Ă lâendroit oĂč il lâavait prise, et partir Ă pied. En attendant la suite.
Didier avait absolument besoin dâargent. Il fallait quâil sorte sa mĂšre de cette hĂŽpital, afin de repartir Ă zĂ©ro avec elle.
Lorsquâun jour, un facteur dĂ©posa un Ă©norme colis sur le perron de la porte du domicile de Marcel, Didier sâen approcha par simple curiositĂ©, car il Ă©tait trĂšs rare de recevoir des paquets ici. Dans un premier temps, il voulut sâen emparer, sans savoir ce quâil contenait. Il saisit le carton, et manqua de le faire tomber car malgrĂ© sa taille, celui-ci se trouvait ĂȘtre paradoxalement trĂšs lĂ©ger. Il lâexamina afin de deviner ce quâil y avait Ă lâintĂ©rieur. Il le secoua, tendit son oreille pour entendre le son de lâobjet contre les parois du carton, mais nâarriva Ă aucune conclusion. Lorsquâil se pencha sur lâexpĂ©diteur, et vit que celui-ci venait de la capitale, dans lâun des quartiers plus aisĂ©s dâune ville uniquement occupĂ©e de gens aisĂ©s. Il reposa le carton et nota lâadresse sur un petit bout de papier quâil avait dans la poche arriĂšre de son short bleu. Il y aurait probablement mieux Ă faire par la suite.
Quelques semaines plus tard, il remarqua un autre colis, posĂ© sur le perron. Lorsquâil sâen approcha, il vit que lâadresse Ă©tait la mĂȘme que celle du colis prĂ©cĂ©dent. Marcel connaissait vraisemblablement des personnes assez fortunĂ©es, peut-ĂȘtre il y aurait une possibilitĂ© de lâutiliser pour se faire un peu dâargent. Il vivait seul, et semblait recevoir que trĂšs rarement de la visite. Et sâil lâenlevait? Il fouilla les archives de son pĂšre, afin de trouver deux individus capable de mener cette opĂ©ration. Le calcul Ă©tait simple, il lui fallait deux personnes en difficultĂ©s financiĂšres, prĂȘtes Ă tout et pas spĂ©cialement futĂ©es. Une fois les deux hommes trouvĂ©s, il les contacterait par courrier en prenant la tempĂ©rature de leur cĂŽtĂ©, puis en leur donnant la marche Ă suivre.
Marcel Ă©tant son voisin, il fallait trouver un moyen de lâĂ©loigner du domicile, pour que lâenlĂšvement ait lieu assez loin de celui-ci. Puisque la demande de rançon allait ĂȘtre faite auprĂšs de lâexpĂ©diteur de colis, il dĂ©cida dâusurper leur identitĂ© et de proposer une rencontre avec Marcel, dans un lieu isolĂ©. Didier eut lâidĂ©e de dĂ©poser un faux courrier, en demandant bien Ă©videmment de ne pas y rĂ©pondre, prĂ©textant un voyage imminent Ă lâĂ©tranger. Le parc en pleine nuit, sera lâendroit idĂ©al.
DĂšs lors lâenlĂšvement rĂ©alisĂ©, il informerait immĂ©diatement lâexpĂ©diteur, dont il ignorait le nom. Dans un dernier courrier, il leur informerait de la marche Ă suivre pour la remise des lingots. La solution des lingots dâor Ă©tait la plus pertinente selon lui. Il pouvait plus facilement les dissimuler, et le revendre quand bon lui semblait. 4 lingots dâor dâun kilos chacun, le butin lui apporterait un peu moins de 160 000âŹ. La fĂȘte foraine devait avoir lieu un vendredi soir du mois suivant. Tout ce quâils avaient Ă faire, Ă©tait de se rendre sur les lieux dans la nuit du jeudi au vendredi, accompagnĂ©s des lingots. Une fois sur place, ils devaient se rendre sur le stand de la grande roue et placer les lingots au pied de la cabine numĂ©ro 10, puis les couvrir, de sorte a crĂ©er un deuxiĂšme fond.
De son cĂŽtĂ©, il nâavait plus quâĂ confier une tache simple Ă lâun de ses amis, sans lui en informer la teneur. Cette tache, Ă©tait la suivante : Faire sauter le disjoncteur, Ă intervalle rĂ©guliĂšre, toute les demis-heures. Par tous les moyens possibles. Cela lui permettait de sâassurer dâĂȘtre dans le bon siĂšge, lorsque la coupure de courant interviendrait, mais aussi de dissiper les soupçons qui pourraient Ă©ventuellement apparaitre si la seule et unique coupure apparaissaient lorsquâil faisait un tour de manĂšge. Il ne lui restait plus quâĂ se saisir des lingots, les mettre dans son sac Ă dos, attendre que le manĂšge redĂ©marre, puis rentrer chez lui.
Une question restait en suspens. Comment sustenter les deux agresseurs ? PrĂ©venir la police ? Cela lui semblait risquer, et il ne voulait absolument pas tourner les regards vers lui. Leur donner un lingot ? Inconcevable. Ce plan Ă©tait le sien, hors de question pour lui de partager quoique ce soit. Il pouvait Ă©ventuellement leur tendre un leurre⊠Mais comment ? Il essaya de se remĂ©morer les nombreuses histoires criminelles quâil avait suivi Ă la tĂ©lĂ© afin de trouver une solution. Il monta dans sa chambre, oĂč il stockait de nombreux romans policier, pensant que la rĂ©ponse pouvait se trouver Ă lâintĂ©rieur de lâun dâeux. Il se dirigea sous son bureau, lĂ oĂč la pile de livre Ă©tait rangĂ©e. Pourtant, ce nâest pas vers les les bouquins que son regard se braqua. Une boite de jeux de sociĂ©tĂ© prenait lĂ la poussiĂšre depuis plusieurs annĂ©es. Il y jouait plus jeune, lorsque ses parents et lui vivaient sous ce toi, et lâavait gardĂ©, pensant pouvoir reproduire ce schĂ©ma un jour. Eh bien ! câĂ©tait ce jeu qui allait lui apporter lâĂ©lĂ©ment manquant Ă son projet. Des faux billets. Telle Ă©tait la solution. Il leur ferait parvenir un sac rempli, puis le temps que les ravisseurs remarquĂšrent la ruse, lâotage serait dĂ©jĂ en libertĂ©. Et pour ĂȘtre sur que ce dernier sâen sorte rĂ©ellement sain et sauf, il nâavait quâĂ lui envoyer quelquâun Ă son secours. Mais pas un membre des forces de lâordre. Envoyer un journaliste sur les lieux semblait plus appropriĂ©. Il sâintĂ©resserait uniquement Ă lâhistoire, sans chercher Ă savoir dâoĂč provient lâinformation. Avec un peu de chance, ils arriveraient, suite Ă son enquĂȘte et Ă celle de la justice, Ă attraper N et P sans quâil ait Ă se mouiller. Tout cela se dĂ©roulerait le week-end oĂč la ville accueille la fĂȘte foraine. Si la remise de la rançon est prĂ©vue le lendemain, les deux criminels sâaccorderont Ă©ventuellement un jour de congĂ© et dĂ©serterons les lieux. Si ce nâest pas le cas, le journaliste devra se dĂ©brouiller seul.
Le plan était devant ses yeux enfantins. Il lui semblait parfait. Sans preuves, mais surtout sans mort. Car cela éveillerait moins les soupçons. Une fois la rançon récupérée, il pourrait tenter de rejoindre sa mÚre, et redémarrer sa vie avec elle.
Sa mĂšre, dâailleurs, nâavait plus eu de nouvelles de son fils depuis plusieurs annĂ©es. AprĂšs avoir Ă©tĂ© emmenĂ© par les forces de lâordre, elle nâeut pas lâoccasion de le revoir, ni de lui reparler. Elle nâavait donc aucune idĂ©e de ce quâil Ă©tait devenu. Et ce, mĂȘme lorsquâelle lu le titre Ă©trange dans la presse, quelques annĂ©es plus tard.
« Un squelette découvert dans un hangar abandonné, aprÚs avoir passé 2 ans attaché assis sur une chaise ».