La quĂȘte du bonheur ; c'est mal ?
Vous avez peut-ĂȘtre remarquĂ© qu'une critique s'Ă©lĂšve ces derniĂšres annĂ©es contre la psychologie positive et la quĂȘte du bonheur. Le bonheur serait devenu une injonction au service du capitalisme nĂ©olibĂ©ral. Favoriser les Ă©motions positives permettrait de façonner des individus plus efficaces et productifs, et moins enclins Ă se mobiliser contre les injustices sociales. Rien de pire, en effet, pour l'Ă©conomie qu'une population qui rechigne Ă travailler et qui fait grĂšve pour rĂ©clamer plus de justice sociale. Certes. Mais est-ce aussi simple ? La question de la quĂȘte du bonheur nâest-elle quâune vaste manipulation du systĂšme pour nous faire obĂ©ir ?
Qui se lĂšve le matin en se disant : « Aujourdâhui, jâaimerais passer une journĂ©e misĂ©rable » ? Personne, nâest-ce pas ? L'homme a toujours recherchĂ© le bonheur, les philosophes antiques en tĂ©moignent, ainsi que le bouddhisme, le taoĂŻsme, et beaucoup d'autres traditions Ă travers le monde.  Rien de neuf sous le soleil donc.
Des sociologues et philosophes entreprennent de dĂ©noncer lâindustrie contemporaine du bonheur qui culpabiliserait lâindividu et le rendrait docile face aux demandes dâun management nocif ou face aux inĂ©galitĂ©s et autres injustices sociales. Je nâadhĂšre pas vraiment Ă cette critique. Chercher Ă ĂȘtre heureux ne signifie pas quâon est un bisounours anesthĂ©siĂ© et indiffĂ©rent ou incapable de dire non. On peut tout Ă fait protester pour dĂ©fendre ses droits et ceux des autres ou sâengager pour changer la sociĂ©tĂ© sans pour autant sâenfoncer dans le dĂ©sespoir et des Ă©motions destructrices. Un sentiment comme la colĂšre peut ĂȘtre profondĂ©ment libĂ©rateur face Ă lâinjustice. Ătre bien dans ses basquettes nâempĂȘche pas de se mettre en colĂšre de temps en temps.
Ces mĂȘmes sociologues et philosophes qui critiquent lâindustrie du bonheur affirment que les gourous de la psychologie positive feraient peser sur les individus lâentiĂšre responsabilitĂ© de leur bonheur sans tenir compte du rĂŽle de la sociĂ©tĂ© dans le mal-ĂȘtre individuel. LĂ encore, je nâadhĂšre pas Ă cette critique. On ne peut pas tout mettre sur le dos de la sociĂ©tĂ© et infantiliser les gens. Aucune sociĂ©tĂ© nâest parfaite, et si lâon attend une sociĂ©tĂ© parfaite, on ne sera jamais heureux.
Je lis aussi quâil y aurait une injonction au bonheur. Les gens seraient obligĂ©s dâĂȘtre positifs et enjouĂ©s, notamment dans le milieu de lâentreprise. Pour ma part je nâai jamais ressenti une telle injonction. Est-ce que ce nâest pas un peu normal et naturel de chercher Ă cultiver les Ă©motions positives plutĂŽt que les Ă©motions nĂ©gatives ? Veut-on des individus en burn-out et dĂ©sespĂ©rĂ©s au travail ? Si la psychologie positive a tant de succĂšs, câest bien que les gens ont envie dâĂȘtre heureux. Par contre, il est vrai quâon peut facilement culpabiliser de ne pas ĂȘtre heureux lorsque tant de livres et de podcasts prĂ©tendent nous donner une recette du bonheur.
Pour finir, je lis quâil ne faudrait pas chercher le bonheur, que plus on le cherche, moins on le trouve. Ce nâest pas entiĂšrement faux, mais le bonheur se prĂ©sente rarement Ă notre porte si lâon passe ses journĂ©es Ă lâattendre sur notre canapĂ©. Il ne sâagit pas de se crisper en se rĂ©pĂ©tant tous les matins « je veux ĂȘtre heureux.se, non. Il ne sâagit pas non plus de refuser les Ă©motions nĂ©gatives, on connaĂźt tous des difficultĂ©s et des Ă©preuves. Il sâagit juste de se donner les moyens de ne pas passer une vie misĂ©rable. Est-ce que la psychologie positive et la philosophie du bonheur peuvent nous y aider ? Je compte me pencher sur la question prochainement.















