Un goût de croissant du petit déjeuner, celui des dimanches matin qui prennent leur temps, où le soleil réchauffe la peau à travers la fenêtre de la cuisine. Ces dimanches matins où le lit se fait le plus grand ami, couplé aux tenues confortables pas forcément esthétiques. Ces instants doux qui laissent un souvenir à la fois mélancolique et agréable, qui laissent surtout l'envie d'y regoûter, rien que quelques instants. Les croissants du dimanche matin, c'est la nostalgie douce des photos d'enfance retrouvée 30 ans plus tard dans un carton oublié du grenier, ce sont les larmes qui coulent doucement sur un sourire plein de souvenirs, ce sont les flashbacks qui réchauffent le ventre, les ami-e-s retrouvé-e-s après un long temps d'absence, les soirées d'été à regarder les étoiles au bord de la fenêtre, sur un toit ou encore sur le sable froid de la plage alors que la lune berce doucement la Terre de sa lumière blanche.
Il y a la nostalgie qui te prend à une heure avancée de la nuit, qui te prend au cou et te mordille la peau en te narguant. Le genre de sentiments qui te retient assis-e sur ton lit, les yeux grands ouverts, le ventre tiraillé par quelque émotion puissante. Ça t'empêche de dormir, t'arrache des larmes ou te laisse désespéré-e avec l'envie irréalisable de pleurer, te fait regretter ou te fait t'en vouloir. Ça crie dans ta tête, ça enlève le drap empoussiéré de souvenirs douloureux qui avaient disparu avec le temps, ça te donne envie de t'excuser, de frapper, griffer et, par dessus tout, d'oublier. Ça te cloue à ton lit de remords, te remplit les entrailles d'un goût acide qui met des jours à disparaître.
Il y a celle qui te laisse perplexe, rempli-e d'une émotion indéchiffrable qui prend pourtant toute ta tête, qui trotte encore et encore dans un coin de ton crâne quand tu fais autre chose, qui pointe le bout de son nez alors que tu te sentais calme ou apaisé-e. C'est celle qui te fait t'enfermer quelques heures pour reprendre tes esprits, pour tâcher de comprendre, de te souvenir de ces choses qui sont à la limite d'être effacées par ta mémoire, qui manquent d'être à tout jamais oubliées alors que toi seul-e savais. C'est ce sentiment auquel tu te raccroches parce que ça fait tant de bien même quand c'est douloureux. Tous ces détails qui n'avaient d'importance à l'époque mais que tu poursuis avec tant de rage ou de passion car ils t'échappent sans cesse, ou ces éléments si importants, si fondamentaux pour la personne que as été qui aujourd'hui semblent n'être que des poussières.
Une poussière dans ton œil, peut-être, a tout déclenché. Ou peut-être était-ce une odeur, un parfum, une couleur, une émotion, un sentiment, un bruit, un morceau de musique, un son, une pensée qui a oublié frapper à la porte de l'esprit avant d'entrer. Tout ça c'est une nostalgie, un truc qui te fait sentir si calme, si apaisé-e et pourtant si tiraillé-e, si blessé-e par les traces du temps qui passe et qui refuse de glisser sur toi, c'est le sentiment que tu as quand ta mémoire te fait défaut sur ta propore histoire, tes propres et intimes souvenirs. C'est l'espoir de te rappeller comment tu te sentais ce jour-là, pourquoi, si c'était bon ou non. C'est l'espoir qui s'allie au passé, aux pleurs et aux fragments d'émotions. C'est la tâche ineffaçable aux mille couleurs dans le fond de ton esprit qui se réveille parfois. Ce sont les croissants du dimanche matin bercés par une lumière orangée.
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