tw: mĂ©dicaments, rupture amoureuse, sexe, violences/agressions sexuelles (mais aussi message dâespoir)
Il y a quelques temps je postais un message intitulé âNouveaux Chapitresâ sur ce tumblr, disant que ma vie prenait un chemin diffĂ©rent, que jâavais dâautres centres dâintĂ©rĂȘts. Ce titre Ă©tait un peu prĂ©monitoire.
Ce post va ĂȘtre un peu personnel, parce quâil va parler dâune relation. Et de la fin de celle-ci.
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AprĂšs six ans de relation, mon premier amour mâa larguĂ©e. PremiĂšre rupture. Et ça a fait un mal de chien. Jâai cru que je nâallais jamais mâen remettre, jâavais mal physiquement. JâĂ©tais tellement Ă©puisĂ©e de ressasser toute la journĂ©e le pourquoi du comment que je mâendormais vite le soir pour rĂȘver de lui, pour me rĂ©veiller avec le manque de lui. Vraiment je tremblais physiquement.
Un jour il mâannonce ne pas vouloir dâenfant. Choc. Il sait que jâen veux un. Mais je ne peux pas lui en vouloir de changer dâavis, tout le monde a le droit de changer dâavis Ă un moment ou Ă un autre. Câest mĂȘme trĂšs honnĂȘte de sa part je trouve. Je dois donc rĂ©flĂ©chir Ă soit faire le deuil de notre relation, soit le deuil dâun hypothĂ©tique futur enfant. Je me laisse le temps de rĂ©flĂ©chir. Pour que deux jours plus tard par sms je reçoive le fameux âje ne tâaime plusâ. Il voulait que je rompe Ă sa place dĂšs le dĂ©part. Jâai essayĂ© de comprendre, pourquoi il ne mâaimait plus, mais il nây avait rien Ă faire. Il est parti du jour au lendemain en me laissant sur le bord du chemin.
Il mâa laissĂ©e. Mon avenir sâeffondrait. JâĂ©tais au plus bas, mais en mĂȘme temps, et Ă©trangement, je me sentais extrĂȘmement forte. Je ne me suis jamais sentie aussi forte de ma vie. Ni si dĂ©terminĂ©e.Â
Jâai pensĂ© Ă fuir, Ă quitter mon appartement, ma ville, pour ne plus le croiser. Et puis je me suis dit, pourquoi? Pourquoi quitter mon confort, ma qualitĂ© de vie? Pour tout recommencer ailleurs? ça aurait pu mâaider. Mais non. Jâai dĂ©mĂ©nagĂ© Ă 850km de chez moi pour ĂȘtre avec lui. Eh bien jây reste. Mais ce choix nâa cessĂ© de changer les premiers jours. JâĂ©tais une girouette qui changeait dâavis en permanence, quand bien mĂȘme tout le monde disait âNe prends pas de dĂ©cision Ă chaudâ. Ils avaient raison.
Jâai quand mĂȘme Ă©tĂ© chez un mĂ©decin, pour quâil mâaide, pour chasser ces pensĂ©es qui mâenvahissaient, pourquoi? peut-ĂȘtre quâil reviendra une fois quâil se sera rendu compte de son erreur? (spoiler alert: câest normal de penser ça, câest normal dâespĂ©rer, mais lâespoir fait plus mal quâautre chose). Jâai pris un de ces mĂ©dicaments et jâai Ă©tĂ© heureuse pendant quelques heures. Au bout de ces quelques heures, jâai dĂ©cidĂ© de faire une chose mauvaise. Je connaissais le mot de passe que mon ex utilisait partout, alors je me suis dit, tiens, allons voir sur facebook si ça marche? Pourquoi il a vraiment rompu Ă©tant donnĂ© quâau fond de moi, je ne le sentais pas honnĂȘte. Depuis six ans, je le connaissais. Jâavais vu quâil nâĂ©tait pas tranquille. Et jâavais raison. Il y avait une autre fille. Je me suis sentie mal de rompre sa âconfianceâ ainsi, chose que je nâavais pas faite en six de relation. Pas une seule fois. Dâautant plus que je ne suis absolument pas jalouse! Jâavais une confiance et une foi aveugle en lui. Mais faire ça, ça mâa aidĂ©e (mais câest aussi Ă double tranchant, jâai lu des choses sur moi que je nâaurais pas du, jâen avais parfaitement conscience cependant lorsque jâai rĂ©ussi Ă accĂ©der Ă son compte).Â
Dans la cuvette les mĂ©dicaments. Jâavais ma rĂ©ponse. LA rĂ©ponse. Et quelques jours aprĂšs ma rupture, le soir mĂȘme de ma âdĂ©couverteâ, jâallais dĂ©jĂ mieux. En fait, savoir mâa libĂ©rĂ©e dâun poids. Et je me suis rendue compte que ce poids, ce nâĂ©tait pas la culpabilitĂ©. CâĂ©tait lui. Lui qui mâĂ©touffait depuis quelques temps maintenant. Alors oui, il sâest comportĂ© comme un lĂąche, un trouillard. Mais au final, il mâavait rendu service en partant. Parce que jâĂ©tais libre. Libre de lui. Libre de vivre mes rĂȘves. Au final, je me dis que peut-ĂȘtre, câest lui le plus courageux de nous deux dâavoir osĂ© faire le premier pas. Mais je me refuse de penser ça trop souvent parce quâil mâa larguĂ©e en me mentant, me manipulant.Â
Jâai toujours rĂȘvĂ© dâaller en Egypte, depuis ma plus tendre enfance. Je lui en avais parlĂ©, que jâadorerais quâon y aille ensemble. Parce que je cherchais quelquâun pour mây accompagner, et il Ă©tait dâaccord. Eh bien, jâirai! Jâirai seule. En voyage organisĂ© composĂ© uniquement de femmes, mais seule quand mĂȘme. Jâai franchi le pas. Jâai osĂ©. Je me sens forte. Je me sens libre. Je me sens sĂ©duisante et affamĂ©e de la vie. Jâavais toujours pensĂ©, pendant six ans, Ă nous. Plus Ă Â âmoiâ. A nous. Je ne peux pas faire ça parce quâil nâaime pas trop. Sans le savoir je me sacrifiais. Sacrifiais mes envies pour lui. Dans un couple il faut savoir faire des compromis. Câest ce quâon dit, et certes câest vrai. Mais je pense avec le recul que le plus important, câest de ne pas oublier qui on est, UN individu, tout seul. Et câest cette individualitĂ© que jâavais perdu.Â
Il y a des moments qui font mal. Un peu de nostalgie quand je repense au passĂ©, et aux bons moments. Aux choses que je ne ferai plus avec lui. Parce que des bons moments, il nây a eu que ça dans notre relation. Câest ça qui a rendu la rupture aussi brutale et choquante. Jâai essayĂ© de ne pas me laisser envahir par la haine, parce que ça nâapporte rien de bon. Et vous savez quoi? Jâai Ă©chouĂ©. Jâai Ă©chouĂ© lorsque jâai appris quâil mâavait trompĂ©e. Mais la haine nâa durĂ© que quelques heures. Parce que je nâai pas que ça Ă faire, je dois me concentrer sur le plus important: moi. Note importante. Je crois en la sororitĂ©. Je ne lâai pas dĂ©testĂ©e elle, qui nâavait rien demandĂ©. Câest lui qui est allĂ© la trouver. Je lâai dĂ©testĂ© LUI.Â
On mâa dit que le temps guĂ©rissait toutes les blessures. Câest sans doute vrai. Jâen suis encore aux premiĂšres Ă©tapes de ma guĂ©rison. Mais je vais dĂ©jĂ mieux. Evidemment cette rupture a aussi ravivĂ© des vieilles blessures, est-ce que je retrouverais quelquâun dâautre? Saurais-je plaire? Satisfaire? Jây travaille actuellement. ça a toujours Ă©tĂ© compliquĂ©, Ă©tant une victime dâagression sexuelle. Jâai des bagages assez lourds avec moi. Des bagages dont il aura eu marre. Jâai toujours eu un petit manque de confiance en moi. Je vais avoir vingt-huit ans, jâai envie dâenvoyer chier les convenances qui disent que les femmes doivent ĂȘtre sĂ©duisantes, ou sont lĂ pour sĂ©duire. Je lis actuellement la Chair est triste hĂ©las dâOvidie. Â
Au fil de ma lecture, jâai notĂ© quelques âcitationsâ ou paragraphes que je permet de partager. tw: sexe, violences/agressions sexuelles.
On a beau connaĂźtre lâhistoire par coeur, on revient sans cesse vers eux, et le plus grave câest quâon les dĂ©fend. Il ne faudrait pas non plus passer pour des mĂ©chantes sorciĂšres misandres, des fĂ©ministes poilues, qui, câest bien connu, finiront seules avec leur chat, malheureuse de ne plus ĂȘtre regardĂ©es. On craint tellement dâĂȘtre dĂ©cotĂ©es Ă lâargus quâon prĂ©fĂšre caresser les hommes dans le sens du poil, y compris lorsquâils nous humilient, lorsquâils nous frappent et nous violent, car rien nâest pire dans notre sociĂ©tĂ© que de ne plus ĂȘtre dĂ©sirable. On accepte de rester chosifiĂ©es Ă condition dâĂȘtre un objet de valeur, pas une salope bon marchĂ©. On est prĂȘtes Ă tout, mĂȘme Ă enfoncer les autres femmes dans une compĂ©tition intrasexuelle sans pitiĂ©.[...] Car la beautĂ© des autres nous insĂ©curise. Il nây quâĂ observer notre tĂȘte lorsquâune belle femme fait irruption dans notre espace. Nous la jalousons, et parfois nous allons jusquâĂ la rabaisser.Â
âMoi au moins jâai un cerveau!â mâavait dit cette collĂšgue en observant un groupe de mannequins. Pour elle, une femme nâavait pas le droit dâĂȘtre Ă la fois belle et intelligente, toutes les fĂ©es ne pouvaient se pencher sur le mĂȘme berceau, il fallait choisir son camp dĂšs le dĂ©part. Toi tu seras moche et tu monnaieras ton intelligence, toi tu seras belle et tu marchanderas ton corps et ta valeur de femme-trophĂ©e. Nous reproduisons entre nous ce que les hommes font de nous. [...]
Et je reste persuadĂ©e que si nous nous dĂ©molissons dans cette compĂ©tition sanglante, oĂč chacune se dĂ©finit en rivale de lâautre, câest parce que les femmes se construisent par opposition ou par mimĂ©tisme. Combien de fois, dans mon insĂ©curitĂ©, me suis-je positionnĂ©e en ennemie lĂ oĂč au contraire, jâaurais du faire front avec mes sĆurs.
Je ne suis pas mal baisĂ©e parce que je suis fĂ©ministe, câest absolument lâinverse: je suis fĂ©ministe parce que je suis mal baisĂ©e. Et si toutes les mal baisĂ©es de la terre sâunissaient, elles crĂ©eraient le mouvement politique le plus puissant de tous les temps, et le monde imploserait.
Et pourtant au fond de moi, une petite oie blanche a longtemps cru que le sexe nâĂ©tait jamais aussi bon que lorsque des sentiments sây mĂȘlaient, que seule la relation amoureuse apportait jouissance et complĂ©tude. âEt un beau jour, jâen fais le serment, te dĂ©livrera le baiser dâun prince charmantâ: câest ainsi que comme toutes les petites filles jâai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e.Â
[A propos de #MeToo] La prise de conscience du fait, que, sans lâĂ©bruiter; nous Ă©tions reliĂ©es par un traumatisme commun, une violence ancestrale subie de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. [...] âComment continuer Ă dĂ©sirer nos bourreaux?â ai-je quelque part entendu. Câest une bonne question.
Jâai aussi peur de le revoir. Mais jâĂ©touffe cette peur. Parce que je suis heureuse, Ă 98% du temps. Il y a toujours ces 2% qui me bouffent parfois. Mais ça passera. Je suis libre. Je suis forte. Je fais des projets, je prĂ©vois des sorties alors que je nâen faisais pas avant. Je me rends compte que je suis entourĂ©e. Soutenue.Â