Un colloque Anti Mafia en Corse, une PremiĂšre en France
Le 28 FĂ©vrier et le 1er Mars 2025, sâest tenu Ă CargĂšse (Corse du Sud) un colloque « Anti Mafia », rĂ©unissant des magistrats, des journalistes et des universitaires. Le thĂšme : dĂ©finir ce que peut ĂȘtre une mafia corse et les moyens de la combattre. Une occasion de reproduire, ici, mon intervention au cours de ce colloque.
Mars 2025
Un colloque sur la mafia en Corse, organisĂ© par le collectif Anti Mafia «Massimu-Susini », câest une bonne initiative. Dâautant plus que le profil des intervenants recoupe, presque, la totalitĂ© des disciplines et des matiĂšres liĂ©es au phĂ©nomĂšne mafieux : Histoire, actualitĂ©, exemple italien, Droit, cultureâŠÂ La somme de ces domaines permet de rĂ©aliser une synthĂšse, pour mieux Ă©voluer dans la rĂ©flexion.  Une mafia corse, câest un thĂšme qui commence Ă poindre dans le dĂ©bat public. Mais câest la premiĂšre fois que des intervenants, venant dâhorizons variĂ©s (Procureurs, historiens, journalistes) Ă©changeaient publiquement, sur ce thĂšme. Le silence Ă©tait plutot de rĂšgle.
Essayer de former une synthĂšse, câest justement dans cet esprit que jâĂ©tudie le phĂ©nomĂšne mafieux depuis plus dâune vingtaine dâannĂ©es.
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Avertissement
Je me suis appuyĂ© sur le texte, ci-dessous, pour mon intervention orale lors du colloque. Mais, faute de temps, les personnes prĂ©sentes nâont entendu quâun rĂ©sumĂ© de ce texte.
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Dâabord, qui suis-je pour parler aujourdâhui de mafia ou de grande criminalité ? Jâai exercĂ© le mĂ©tier de journaliste pour France 3, durant quarante ans (1978-2018), dont prĂšs de 37 ans en Corse. Bizarrement, je nâĂ©tais pas demandeur pour traiter les faits criminels. Le cadre dâun Journal TĂ©lĂ©visé mâa toujours paru peu adaptĂ© au traitement des dossiers de mafia ou de grande criminalitĂ©. Peut-ĂȘtre certaines personnes, prĂ©sentes Ă ce colloque, posent-elles un regard « mitigé » sur le traitement mĂ©diatique de la grande criminalitĂ©. Voir, dans la conclusion de ce texte, le chapitre « CamĂ©ras Ă©teintes et Lupara bianca ».
  Je me suis peu occupĂ©  de ce genre de dossiers,  durant ma carriĂšre. Mon intĂ©rĂȘt a grandi, dans les annĂ©es 2000. Câest en 2000 que « fuite » le rapport Legras. Jâinterviewe lâex-procureur gĂ©nĂ©ral de Corse, Bernard Legras (sans avoir lu son rapport). Je comprends, Ă cette occasion, que je ne comprends pas grand-chose Ă la Grande CriminalitĂ© et/ou la mafia. Je dĂ©cide alors de me « soigner ».
Je vais lire, rencontrer des acteurs des dossiers, notamment des magistrats et je vais poursuivre ces entretiens aprĂšs ma retraite (2018).
Je décide de rédiger des articles sur le phénomÚne « mafieux », sur deux blogs, depuis 2022.
Sur le fond, il ne sâagit pas dâarticle « classiques », de journaliste, mais une tentative de recherche pluridisciplinaire : droit comparĂ©, Ă©conomie, Histoire, gĂ©ographie,  politique, social, cultureâŠ
Vous y trouverez trĂšs peu dâenquĂȘtes sur des dossiers criminels prĂ©cis, certains font trĂšs bien ce travail. Je me suis, entre autre, servi de ce travail, pour essayer de mettre toutes les disciplines en cohĂ©rence.
 Sur le fond, commençons par un point fondamental à mes yeux.
 Je vais le rĂ©pĂ©ter souvent : Une mafia ce nâest pas seulement une bande de malfaiteurs violents, câest une association qui touche aussi des secteurs fondamentaux de la sociĂ©té : monde politique, monde entrepreneurial, administrations⊠DâoĂč lâintĂ©rĂȘt de sâintĂ©resser aux disciplines, citĂ©es ci-dessus et de chercher ce qui les relie, pour Ă©tudier le phĂ©nomĂšne mafieux. Câest la mĂ©thode que jâai mise en Ćuvre pour la rĂ©daction de mes blogs. On y trouve un article par thĂšme et câest la lecture de lâensemble, qui doit permettre (du moins je lâespĂšre) de mieux apprĂ©hender la question.
 Dans mon propos, je ferai référence au contenu des articles de mes blogs. Aussi, je vous propose une méthode, pour ceux qui sont intéressés : Sur vos ordinateurs ou tablettes, vous pouvez taper: Alain Verdi,  Corse: Mafia or not Mafia? Un sommaire des articles déjà publiés » .
C'est une façon de mieux suivre ce texte. D'autres articles, rĂ©digĂ©s par des spĂ©cialistes, sont accessibles par des liens internet, tout au long de mon intervention.Enfin pour ĂȘtre complet, chaque article de mes blogs est truffĂ© de liens internet, menant vers des articles spĂ©cialisĂ©s. MĂ©thode complĂ©tĂ©e par une importante bibliographie.
Sur le fond de mon propos, je ne vais pas affirmer ou infirmer, de maniÚre définitive, l'existence ou non d'une Mafia Corse. Je vais tenter de fournir des arguments pour nourrir votre réflexion. Je vais utiliser une méthode rodée, dans les articles de mes blog: comparer la situation italienne (notamment sur le plan juridique) et le travail produit par les observateur (Médias, universitaires...). Nous voyons que le sujet est particuliÚrement bien documenté chez nos voisins transalpins. Ce n'est pas toujours le cas en France. Grace à l'étude de cette documentation, nous pouvons essayer de voir si certains cas italiens ressemblent, de prÚs ou de loin, à la situation en Corse.
Cela dit, je vais faire l'impasse sur certains thÚmes abordés dans mes articles, notamment sur le blog mediapart, pour mieux traiter deux volets principaux:
D'abord, la dimension juridique et ensuite les relations entre la grande criminalité et les différents pouvoirs politiques. Je vais essayer de vous fournir un maximum de données, pour que vous puissiez vous faire une idée des enjeux autour de la criminalité mafieuse.
C'est parfois un peu ardu, accrochez-vous, la compréhension des phénomÚnes mafieux est à ce prix.
Introduction:
article Une mafia corse ? Dâabord dĂ©finir le terme
Trois « piliers » semblent structurer les mafias, particuliĂšrement les italiennes : -D'abord, ce sont des organisations, plus ou moins formelles, oĂč dominent des « familles ». Au sens propre et au sens figurĂ©. Il sâagit de familles de sang (grandes fratries, cousinsâŠ) et dâalliĂ©s fidĂšles.  Câest ce qui fait leur cohĂ©sion.
 Ce sont des sociĂ©tĂ©s « secrĂštes » : je cite le criminologue Xavier Raurfer : « Ce ne sont pas des gangs,  on nây entre pas par copinage, mais par initiation ». Nous verrons que cet aspect « secret » est plus un mythe quâune rĂ©alitĂ©.
 -Ensuite : Les mafias ont une implantation territoriale (une région, une grande ville..), qui renforce la cohésion familiale.
 -Enfin, lâorganisation mafieuse vise Ă une fonction principale : la prospĂ©ritĂ© de son groupe par des actions criminelles. Les gains obtenus sont placĂ©s dans lâĂ©conomie lĂ©gale et/ou permettent dâinvestir dans des opĂ©rations illĂ©gales (trafic de stupĂ©fiantsâŠ).
Attention, ces trois piliers ne sont quâune base. Les autres groupes criminels peuvent possĂ©der un ou mĂȘme les trois, sans ĂȘtre une Mafia.Ce qui caractĂ©rise une Mafia, câest son niveau dâimprĂ©gnation, sur une longue durĂ©e. Dâabord dans sa rĂ©gion dâorigine et ensuite sa capacitĂ© Ă Ă©tendre son activitĂ© au niveau national et international.
Vous devez vous demander : quelle diffĂ©rence entre une Mafia et une bande de criminels « ordinaires » ? Une des rĂ©ponses est : quand les membres dâune bande « ordinaire » sont tuĂ©s ou emprisonnĂ©s, lâactivitĂ© de la bande disparait. Quand une famille mafieuse est Ă©liminĂ©e, son activitĂ© est reprise immĂ©diatement par une autre famille et cette activitĂ© ne sâarrĂȘte pas.
Si une ou des bandes « ordinaires » cohabitent sur un territoire mafieux (une commune, une provinceâŠ) elles ne doivent pas commettre de dĂ©lits exercĂ©s par les familles mafieuses puissantes (drogue, racket, usureâŠ). Le risque est le conflit, violent, avec des mafieux mieux organisĂ©s. Cela nâempĂȘche pas les mafieux de sous-traiter certaines activitĂ©s.
Vous avez vu que je parle de Mafia et aussi dâautres groupes criminels.Ce distinguo entre Mafias et criminalitĂ© « ordinaire » est effectuĂ© par un seul pays dans le monde, câest lâItalie. Cette diffĂ©rence est matĂ©rialisĂ©e dans le code pĂ©nal italien.
Dâautres pays : USA, Japon, notamment, connaissent des mafias, mais ne font pas un distinguo net, sur le plan juridique, pour poursuivre la grande criminalitĂ©. Les USA et le Japon possĂšdent des lois anti-criminalitĂ©, mais elles sont plus Ă©tendues dans leur ciblage.
  En France, beaucoup de personnes, journalistes, politiques et mĂȘme magistrats, emploient, souvent, le mot Mafia pour dĂ©signer la grande criminalitĂ©. En France, câest une expression toute faite, ce nâest pas un terme juridique. Le mot mafia nâexiste pas dans le code pĂ©nal français, on ne peut donc poursuivre ce qui nâest pas nommĂ© juridiquement.
 Avant de dĂ©finir le dĂ©lit mafieux, pour mieux comprendre ce qui suit, je vous rappelle quâil nâexiste pas une mafia italienne, mais plusieurs mafias. Au moins quatre, mais dans le dĂ©tail, plus encore. Pour ceux que cela intĂ©resse, vous pouvez vous rĂ©fĂ©rer Ă lâarticle en ligne du site euractif. fr : « La « quatriĂšme » mafia italienne â et les trois autres », 17 Mars 2023.
Prenons lâexemple italien
En Italie, un article du Code PĂ©nal dĂ©finit le contenu des dĂ©lits mafieux. Il est accompagnĂ© dâune importante jurisprudence, issue dâune longue pratique (enquĂȘtes, procĂšs). LâoriginalitĂ© de ce pays, câest quâil existe deux types de grande criminalitĂ©, dans le code pĂ©nal.
La loi fait la différence entre une criminalité dite « ordinaire » ou « simple » et une criminalité mafieuse.
Dans le code pĂ©nal, lâarticle le plus connu est lâarticle 416 bis, qui dĂ©finit: « lâassociation de type mafieux, mĂȘme Ă©trangĂšre ». Pourquoi Bis ? Câest quâil existe un article 416 qui dĂ©finit: « Lâassociation criminelle ».
  Lâarticle 416 bis a Ă©tĂ© ajoutĂ© au code pĂ©nal en 1982, suite Ă lâassassinat du prĂ©fet de Palerme, le gĂ©nĂ©ral Carlo Alberto dalla Chiesa.
 .En France existent, seulement, les articles 450-1 et suivants contre lâassociation de malfaiteurs. Certains estiment que ces articles suffisent pour poursuivre tout type de grande criminalitĂ©, avec une volontĂ© politique dâaller au bout. Cette volontĂ© politique existe-t-elle, fait-elle dĂ©faut ? En tout cas les rĂ©sultats judiciaires ne sont pas probants.
 Faut-il mieux appliquer les lois existantes ou changer les lois ? Cette question apparait tout au long des débats en cours.
 Ces nuances, de taille, entre le dĂ©lit mafieux et lâassociation de malfaiteurs fait penser Ă une diffĂ©rence de type mĂ©dical, en prenant la parabole des antibiotiques.
Le texte français est à « large spectre ». Il permet dâĂ©tendre les poursuites Ă une vaste gamme de crimes et dĂ©lits. Mais il possĂšde un inconvĂ©nient, câest lâĂ©tendue de son « spectre ». On ratisse large au dĂ©but de lâenquĂȘte, mais aprĂšs il faut amener des Ă©lĂ©ments prĂ©cis pour aller jusquâau procĂšs et obtenir des condamnations. Ce constat est, peut-ĂȘtre, un Ă©lĂ©ment pour expliquer la faiblesse des rĂ©sultats judiciaires en matiĂšre de grande criminalitĂ© en France, en gĂ©nĂ©ral et en Corse en particulier.
Le texte italien se veut plus prĂ©cis. Il oblige les enquĂȘteurs Ă faire rentrer les crimes et dĂ©lits dans la dĂ©finition donnĂ©e par la loi. Le texte est accompagnĂ© dâune jurisprudence importante. Le second avantage, du code italien, est lâexistence de deux articles sur la grande criminalitĂ©. Au jeu de la comparaison, lâuniversitaire RaphaĂ«le Parizot (Centre de droit pĂ©nal-criminologie Nanterre) estime que : « (âŠ) le droit français reste Ă la traĂźne. Il a clairement fait lâimpasse dâune rĂ©flexion sur ce quâest une organisation criminelle pour structurer les formes de sa rĂ©ponse Ă la criminalitĂ© organisĂ©e ». In Revue de science criminelle et de droit pĂ©nal comparĂ© N°. 2017/1 Dalloz.
 En rĂ©sumĂ©, en conservant la parabole mĂ©dicale, le code pĂ©nal italien dispose de deux « antibiotiques » et le code français dâun seul.
 Pour lâItalie, Il faut comprendre plusieurs points :
-les individus poursuivis sous la qualification « 416 bis » risquent des peines supérieures à celles encourues en cas de « 416 ».
-une partie des personnes condamnĂ©es, sous 416 bis, peuvent ĂȘtre emprisonnĂ©es sous un rĂ©gime dit de « prison dure », c'est-Ă -dire avec un isolement trĂšs sĂ©vĂšre, pour les empĂȘcher de continuer Ă gĂ©rer leurs affaires depuis leurs cellules. Câest le fameux article 41 bis du code pĂ©nitentiaire italien. Pour ceux que cela intĂ©resse, vous pouvez lire lâarticle de mon blog : Italie, un rĂ©gime de « prison dure » pour les mafieux .
Attention, ces deux points (criminalité « ordinaire » et « délits mafieux ») et ne sont pas exhaustifs. En Italie, il existe une grosse jurisprudence* en matiÚre de mafia.
*Un gros cas de jurisprudence fait dĂ©bat, câest « le concours externe en association de type mafieux ». Des tribunaux condamnent, sous lâart. 416 bis, des individus, non membres dâune mafia, mais qui ont aidĂ©, mĂȘme indirectement un groupe mafieux. Saisie, la Cour EuropĂ©enne des droits de lâHomme a dĂ©jĂ condamnĂ© un abus, mais ne condamne pas le principe du « concours externe ».Â
Il faut noter, Ă©galement, un point trĂšs important : Lâarticle 416 bis, ne dĂ©finit pas ce Ă quoi ressemblent les mafias italiennes.
A la lecture de lâarticle 416 bis, le mot mafia apparait trĂšs peu et nous ne trouvons pas de dĂ©finition dâune mafia.
CâĂ©tait juridiquement impossible. Ce sont donc des dĂ©lits de « type mafieux » qui sont jugĂ©s et non une appartenance Ă telle ou telle mafia.
 Cette réalité va introduire, rapidement, une conséquence :
Des individus qui nâappartiennent pas Ă une des mafias connues, peuvent ĂȘtre poursuivis et condamnĂ©s pour « dĂ©lit mafieux ». Cette nouvelle donne judiciaire fait apparaĂźtre une rĂ©alité : une « mafiosisation » de la sociĂ©tĂ©, sans mafia. Plusieurs procĂšs ont dĂ©bouchĂ© sur des condamnations dans le cadre du 416 bis, sans que les condamnĂ©s soient membres de Cosa Nostra, de la Camorra, de la âNdrangheta ou de la Sacra Corona Unita par exemple.
 On a ainsi vu un groupe dâindividus condamnĂ©s, en Sardaigne pour « dĂ©lit dâassociation mafieuse 416 bis », alors quâils appartenaient ni Ă une mafia connue sur le continent, ni Ă une mafia sarde, mais simplement Ă un groupement criminel constituĂ© en vue de sâemparer du pouvoir dans une commune. ConfĂšre lâaffaire de Barisardo (ville sarde de la rĂ©gion de la Bargagia) oĂč un groupe dâindividus est condamnĂ© sous lâarticle 416 en premiĂšre instance et sous lâarticle 416 bis, en appel. Ce alors mĂȘme que les autoritĂ©s ne reconnaissent pas lâexistence dâune mafia sarde. « Nellâisola non si registra la presenza di associazioni di tipo mafioso a carattere autoctono » (dans lâĂźle on nâenregistre pas la prĂ©sence dâassociations de type mafieux Ă caractĂšre autochtone) extrait du rapport semestriel des autoritĂ©s policiĂšres antimafia (1ER semestre 2023) Page 233. Sur la Sardaigne, vous pouvez lire lâarticle de mon blog: « Banditisme, mafia : la Sardaigne un cas Ă part ? ». Pour conclure sur la Sardaigne, nous retiendrons la thĂšse des enquĂȘteurs antimafia : il nây a pas de mafia sarde, mais il faut surveiller la montĂ©e en puissance du banditisme de la rĂ©gion sarde de la Barbagia. Le banditisme historique y demeure vivace et son implication dans des trafics de drogue « en lien avec des mafias italiennes » est avĂ©rĂ©e. (Extrait, Rapport DIA (Janvier-Juin 2020) Chapitre Sardaigne P. 376 Ă P. 379). Ces liens entre mafias italiennes et banditisme sarde montrent deux choses : certaines mafias font des affaires dans lâĂźle et le banditisme sarde sâinspire des mĂ©thodes mafieuses.
Un autre exemple de groupe criminel, condamné pour délit mafieux (art. 416 bis) est celui de la bande dite « Casamonica » à Rome (2024). A lire dans le journal La Repubblica du 16 Janvier 2024.
 Retenez bien que ces cas de condamnations pour dĂ©lits mafieux, sans appartenir Ă une des grandes Mafias italiennes, viennent contredire lâexistence dâun des trois piliers dont je parlais, Ă savoir la pĂ©rennitĂ© des mafias, par rapport Ă des bandes criminelles « ordinaires ». Câest lĂ que les choses se compliquent.
Nous nous dirigeons dĂ©sormais, vers une identification du dĂ©lit mafieux, plus que celle dâune Mafia.
Cela va alimenter des dĂ©bats, de plus en plus vifs. Sur le sens Ă donner au mot mafia et sur le risque dâune gĂ©nĂ©ralisation dâun certain droit dâexception.Â
Quelle autorité définit ce que sont les mafias ?
Ouvrons une parenthĂšse, pour bien comprendre certaines nuances : puisque le code pĂ©nal ne parle pas trop de mafia, qui dĂ©finit lâexistence de mafias ?
Nous allons voir que câest moins les lois que les autoritĂ©s chargĂ©es dâappliquer les lois. Si lâon veut comprendre comment ces autoritĂ©s dĂ©finissent les mafias italiennes, nous pouvons nous rĂ©fĂ©rer Ă un document intĂ©ressant, pour ceux qui lisent lâitalien, il est en ligne sur internet.
Tous les semestres, est publiĂ© un rapport rĂ©digĂ© par la DIA (Direzione Investigativa Antimafia). Taper : DIA Relazione semestrali (choisir lâannĂ©e).
Ces rapports dĂ©taillent lâactivitĂ© criminelle globale, dans les diffĂ©rentes rĂ©gions italiennes et insistent sur lâactivitĂ© mafieuse. Câest dans ces rapports que le mot mafia et la localisation de ces groupes mafieux sont les mieux exposĂ©s.
 Au moment oĂč le gouvernement français parle de faire travailler en synergie les diffĂ©rents services de Police Judiciaire dans la lutte contre le trafic de stupĂ©fiants et la grande criminalitĂ©, nous pouvons rappeler que depuis 1991, les quatre polices judiciaires dâItalie* sont connectĂ©es au sein de la DIA.
 Notez, Ă©galement, lâexistence dâun « Parquet antimafia », la DNAA (Direzione Nazionale Antimafia e Antiterrorismo) qui coordonne les enquĂȘtes dâune vingtaine de procureurs, Ă travers le pays. Ils sont en poste dans des Directions Districales Antimafia (DDA).Â
     *Police nationale, Carabiniers, Douanes (Guardia Finanza) et police pénitentiaire.
 *https://www.camera.it/leg19/99?shadow_organo_parlamentare=3881
**https://www.ars.sicilia.it/commissioni/xviii-commissione-dinchiesta-e-vigilanza-sul-fenomeno-della-mafia-e-della-corruzione-sicilia
Italie, indépendance de la Justice, comparaison avec la France
Une prĂ©cision: en Italie, il nây a pas que les articles du code pĂ©nal pour expliquer une certaine efficacitĂ© judiciaire. Lâon trouve aussi et notamment un niveau dâindĂ©pendance statutaire des Procureurs, par rapport au pouvoir politique, unique en Europe. Un rappel important : lâItalie nâa plus de juges dâinstruction depuis 1989. Câest le Procureur qui mĂšne lâenquĂȘte, sous contrĂŽle dâun juge (GIP) Giudice per le Indagini Preliminari(Juge pour les enquĂȘtes prĂ©liminaires).
Notez, quâen Italie, le Procureur enquĂȘte et dĂ©fend son enquĂȘte devant le tribunal. En France, le juge dâinstruction ne peut participer au jugement (art. 49 du code de procĂ©dure pĂ©nale).
Notez aussi que lâorganisation de la Justice varie selon les pays.
Trois exemples :
.En Allemagne, depuis 1975, il nây a plus de juge dâinstruction. Câest le Parquet qui mĂšne lâenquĂȘte, sous lâĆil dâun juge. Mais il nâexiste pas dâindĂ©pendance des procureurs, qui sont des fonctionnaires. Cette tutelle pose la question de lâindĂ©pendance des Parquets allemands (Dalloz ActualitĂ©, 13 Octobre 2021). LâAllemagne est considĂ©rĂ©e, aujourdâhui, comme un lieu important de blanchiment des mafias, notamment de la âNdrangheta.
.Au Portugal, il nâexiste plus de juge dâinstruction depuis1987. Lâautonomie des Parquet est inscrite dans la constitution. Je suis incapable de vous dire si les procureurs portugais possĂšdent un haut niveau dâindĂ©pendance, par rapport aux pouvoirs. Le Portugal dĂ©fraie peu la chronique, en matiĂšre de mafia.
.Au Japon, absence Ă©galement de juge dâinstruction. Câest le Procureur qui mĂšne lâenquĂȘte, sous le contrĂŽle dâun juge. Les procureurs japonais possĂšdent un haut niveau dâindĂ©pendance, dans les textes. Cependant les diffĂ©rents observateurs parlent dâun « conformisme » et dâun alignement sur les idĂ©es du Pouvoir, notamment du PLD (Parti LibĂ©ral DĂ©mocrate-droite) au pouvoir, de façon quasi continue, depuis 1955. Il semble que les juges remettent rarement en question les dĂ©cisions des Procureurs, comme nous pouvons le lire, sur un article de mon blog : Yakuza, la Mafia du Pouvoir japonais. Les poursuites poussĂ©es, contre la mafia japonaise sont rĂ©centes (lois de 1992). Les plaintes sont rares la lĂ©gislation sur la protection des tĂ©moins est faible.
 En France, lâouverture dâune information judiciaire avec saisie dâun juge dâinstruction dĂ©pend du Procureur. Sauf en cas dâaffaire « évidente », meurtre par exemple, un procureur nâest pas obligĂ© dâouvrir une enquĂȘte, dans une affaire qui lui semble bĂ©nigne, cela sâappelle « lâopportunitĂ© des poursuites ». En Italie lâouverture dâenquĂȘte est obligatoire, câest la « lĂ©galitĂ© des poursuites ». LâintĂ©rĂȘt de la « lĂ©galitĂ© des poursuites » est le suivant : en ouvrant une enquĂȘte, mĂȘme succincte, sur un fait apparemment secondaire, on peut trouver un lien avec un gros dossier. Cette particularitĂ© du droit italien sâajoute Ă la capacitĂ© dâauto-saisine des magistrats, depuis de nombreuses annĂ©es. Voir plus loin. En tout cas, les magistrats italiens estiment que le principe de « lĂ©galitĂ© des poursuites », autrement dit de lâobligation*, est « étroitement liĂ© au principe dâindĂ©pendance » des procureurs ». Principe Ă©noncĂ© lors de la ConfĂ©rence des Procureurs GĂ©nĂ©raux dâEurope (5Ăšme session) Mai 2004.
 Notez que, chez nous, un individu peut porter plainte, avec constitution de partie civile, devant un juge dâinstruction. Sâil sâestime lĂ©sĂ© par un ou des individus. Cela peut rester de la thĂ©orie, si lâindividu lĂ©sĂ© sait quâil a Ă©tĂ© spoliĂ© par des membres de la grande criminalitĂ©. Par peur de reprĂ©sailles, les victimes portent trĂšs rarement plainte.
En France un juge dâinstruction, saisi pour une enquĂȘte pour assassinat, par exemple, sâil obtient des Ă©lĂ©ments nouveaux quâil estime en lien avec le dossier, doit demander lâautorisation au Procureur dâenquĂȘter dans cette nouvelle direction (« rĂ©quisitoire supplĂ©tif »).
En Italie, le Procureur sâauto saisit et complĂšte son enquĂȘte. Le juge dâinstruction français ne peut sâauto saisir dâune extension dâenquĂȘte, il doit demander une autorisation au Procureur. Ralentissement assurĂ© et refus toujours possible de la part dâun Procureur. Ce dernier doit justifier son refus par Ă©crit.
Retenez, quand mĂȘme, que les politiques italiens tentent de restreindre le pouvoir dâindĂ©pendance des Parquets, Ă travers plusieurs lois. Sylvio Berlusconi avait dĂ©jĂ commencĂ©, lâactuel gouvernement continue. Selon le site actu-juridique.fr, lâĂ©volution du Parquet italien prĂ©sage « dâinquiĂ©tantes nouvelles transalpines ». Article 18 FĂ©vrier 2025.
Notez enfin, que lâindĂ©pendance statutaire des procureurs italiens nâest pas La Solution, avec un grand S, mais câest une clef importante.
En France, plusieurs magistrats ont estimĂ© que: « lâindĂ©pendance est dans les tĂȘtes ». Câest un peu court. Un magistrat italien peut ĂȘtre lĂąche ou corrompu, mais le courageux, sâil nâest pas protĂ©gĂ© des balles, est couvert juridiquement, par les textes pour mener son enquĂȘte. Que lâon rĂ©flĂ©chisse bien Ă une question : Ă quoi sert « lâindĂ©pendance dâesprit » si les lois ne permettent pas Ă certains enquĂȘteurs de mieux enquĂȘter⊠Une loi ne rend pas un magistrat plus courageux ou plus intĂšgre. Simplement elle lui donne un outil juridique pour travailler.
*Dans la rĂ©alitĂ©, lâobjectif de la « lĂ©galitĂ© des poursuites » nâest pas entiĂšrement atteint. Il nâest humainement pas possible de poursuivre tous les dĂ©lits. Cette obligation, de principe, demande une grande dĂ©bauche de moyens humains. Les magistrats sont obligĂ©s de fixer certains critĂšres de choix, non arbitraires, sans trop limiter le principe de la loi.
France, statut du Parquet : une lente Ă©volution vers plus dâindĂ©pendance
En 2008, sur la Justice française, la Cour europĂ©enne des droits de l'homme (CEDH), estime dans un arrĂȘt que "le procureur de la RĂ©publique n'est pas une autoritĂ© judiciaire au sens que la jurisprudence de la Cour donne Ă cette notion : (...) il lui manque en particulier l'indĂ©pendance Ă l'Ă©gard du pouvoir politique pour pouvoir ainsi ĂȘtre qualifiĂ©".
En 2013, la « loi Taubira » donne un peu dâair aux procureurs, qui ne doivent plus recevoir dâinstructions individuelles, de la part du MinistĂšre de la Justice, autrement dit du Pouvoir. Mais le ministre de la Justice (garde des sceaux) peut toujours donner des instructions gĂ©nĂ©rales. La marge de manĆuvre est subtile.
Les limites des procureurs français se situent dans cet espace. Une rĂ©forme est Ă lâĂ©tude qui devrait leur donner un peu plus dâindĂ©pendance dans⊠leurs nominations.
A propos dâindĂ©pendance, je pose la question au Garde des sceaux, GĂ©rald Darmanin, prĂ©sent Ă lâAssemblĂ©e de Corse (27/02/2025) pour le dĂ©bat sur les « dĂ©rives mafieuses ». Le ministre rappelle que la loi, de 2013, est claire : « Les procureurs ne sont pas indĂ©pendants du Garde des sceaux qui mĂšne la politique pĂ©nale du gouvernement. Mais il faut quâils puissent avoir des garanties (âŠ) une indĂ©pendance sur le disciplinaire et sur les nominations ».
Sur les nominations, aujourdâhui, le ministre propose et peut passer outre les avis du Conseil SupĂ©rieur de la Magistrature (CSM). Dans la loi, en prĂ©paration, le ministre devra suivre lâavis du CSM.
Pourquoi parler autant du rĂŽle des procureurs ? Il faut savoir, quâen France, Les juges d'instruction ne sont saisis que dâenviron 4 % des affaires, tous dossiers confondus.
En Italie, lâavis du CSM italien est prĂ©pondĂ©rant en matiĂšre de nominations et dans le domaine disciplinaire. Mais lâindĂ©pendance des Procureurs italiens va plus loin. Ils ne sont pas tenus de transmettre le contenu des enquĂȘtes, en cours, au ministĂšre de la Justice. En France, ce niveau dâindĂ©pendance nâest pas Ă lâordre du jour. A la question dâune indĂ©pendance des Parquets « Ă lâitalienne », G. Darmanin me rĂ©pond que le statut des procureurs est remis en question par lâactuel gouvernement italien. Câest exact, comme nous avons pu le voir ci- dessus.LâindĂ©pendance des procureurs italiens, face aux politiques, est rĂ©guliĂšrement mise en cause. MĂȘme remise en cause pour lâindĂ©pendance des Officiers de Police Judiciaire liĂ©s, rĂ©glementairement, aux Parquet italiens.
Quelques mots sur les rapports polices-JusticeÂ
.En Italie, les Parquets se voient attribuer des Officiers de Police Judiciaire. Ces policiers ou carabiniers, dĂ©pendent entiĂšrement du Parquet (article 327 du Code de ProcĂ©dure PĂ©nale.). Ils nâont pas de comptes Ă rendre Ă leur hiĂ©rarchie dâorigine (police ou carabiniers). LĂ©galement, lâĂ©volution de lâenquĂȘte ne doit pas ĂȘtre communiquĂ©e Ă la hiĂ©rarchie policiĂšre. Cela donne des Ă©quipes soudĂ©es Justice-Police Judiciaire. La tendance actuelle semble, cependant, ĂȘtre Ă une plus grande autonomie dĂ©cisionnelle des OPJ, sur le terrain.
.En France, les enquĂȘteurs de police judiciaire (Gendarmerie et Police Nationale) qui travaillent avec les juges dâinstruction, continuent Ă dĂ©pendre de leurs corps dâorigine. Les diffĂ©rents services de PJ sont donc informĂ©s de lâĂ©volution des enquĂȘtes. Il peut y avoir des dĂ©rapages, notamment sur des dossiers « politico-financiers », la hiĂ©rarchie policiĂšre peut demander aux OPJ de ne pas procĂ©der Ă des actes rĂ©clamĂ©s par le Juge dâinstruction. Ce nâest pas lĂ©gal, mais cela a dĂ©jĂ eu lieu.
Lâexemple le plus connu est le refus de perquisitionner lâappartement du maire de Paris, Jean Tiberi, en 1996. Les policiers ont tĂ©lĂ©phonĂ© Ă leur hiĂ©rarchie et puis nâont pas suivi les indications du juge dâinstruction qui a perquisitionné⊠tout seul. Un des policiers, qui a violĂ© le code de procĂ©dure pĂ©nale, sera suspendu⊠six mois.
Cet exemple nâest pas gĂ©nĂ©ralisĂ©, mais il montre quâun statut prĂ©cis peut Ă©viter de genre de bavure.
En Italie, des policiers peuvent ĂȘtre corrompus et transmettre des informations, aussi bien Ă leur hiĂ©rarchie, quâĂ des voyous. Mais la loi est claire, transmettre une information est un dĂ©lit.
En France lâinformation sur les enquĂȘtes circule, en toute lĂ©galitĂ©, vers les hiĂ©rarchies policiĂšres. Ce nâest pas un dĂ©lit, cela peu simplement augmenter le risque de fuite.
 Une commission dâenquĂȘte des dĂ©putĂ©s a Ă©tudiĂ© « les obstacles Ă lâindĂ©pendance du pouvoir judiciaire ». En 2020 elle publie son rapport. Dans le chapitre sur les liens PJ â Magistrat elle estime que : « Lâappartenance administrative de la police judiciaire au ministĂšre de lâIntĂ©rieur nâempĂȘche pas lâautoritĂ© judiciaire de mener sa mission en toute indĂ©pendance ». Pages 89 Ă 94 de la version PDF du rapport.
L'ethnologue et le juge (Deborah Puccio-Den)
Ătude comparĂ©e des statuts des "repentis"
Sur la confusion entre Mafia et groupement de criminels « ordinaires »
Il faut faire passer un message : on ne peut rĂ©sumer une mafia Ă sa seule expression meurtriĂšre. Plus que verticale, il sâagit dâune organisation transversale.
Une Mafia et/ou une organisation de type mafieux, câest la conjonction de quatre « pĂŽles » :
1) un volet banditisme : des amis, des familles, des tueurs et des associĂ©s occasionnels. Câest la partie la plus visible.
 2) des professionnels du droits et des administrations : comptables, commissaires aux comptes, notaires, mais aussi des policiers, des magistrats, des avocats, des fonctionnaires⊠(Exemples récents en Corse)
 3) le monde entrepreneurial : des chefs dâentreprises, associĂ©s par intĂ©rĂȘt ou par contrainte. Pour la premiĂšre fois, nous voyons deux entrepreneurs privĂ©s, qui comparaissent dans le procĂšs de la bande du Petit Bar. Â
 4) des référents politiques, du niveau national au niveau local.
 Deux procĂšs rĂ©cents, en Italie, on dĂ©montrĂ© cette association des 4 « PĂŽles », notamment autour de la âNdrangheta (2 procĂšs devant le tribunal de LamĂ©zia Terme en Calabre 2023) des gangsters, des notables, des politiques, un avocat, des policiers⊠sont jugĂ©s et condamnĂ©s*.
A ce jour, en France, Ă ma connaissance, un seul procĂšs sâest tenu regroupant diffĂ©rents acteurs de ce type, sur un dossier criminel, câest celui en cours (Mars 2025) Ă Marseille contre des membres supposĂ©s de la bande du Petit Bar.Â
 Cette « association » de plusieurs catĂ©gories dâindividus nous rappelle un point fondamental, une mafia nâest pas un simple groupement criminel, câest un systĂšme de Pouvoir qui est plus large quâune simple association de voyous (voir le schĂ©ma, ci-dessous).
 *A Lamezia Terme, plusieurs individus sont condamnĂ©s, aprĂšs avoir Ă©tĂ© poursuivis pour « concours externe en association de type mafieux », voir dĂ©finition plus haut. Cette jurisprudence du « concours externe » permet la condamnation, dans un mĂȘme procĂšs,  de personnes membres de lâassociation criminelle et dâindividus ayant aidĂ© cette association sans en ĂȘtre, directement, membres. Ces condamnations, au sein dâun mĂȘme dossier, tendent Ă montrer lâimportance du rĂŽle des « associĂ©s externes » : politiques, fonctionnaires,  avocats⊠Sans qui une mafia ne serait quâune bande criminelle « ordinaire ».  rĂ©sumĂ© du jugement de Lamezia Terme : TV5 Monde 20/11/2023.
Cela nous amĂšne Ă la situation en Corse. Pour illustrer mon exemple, je prendrai le rapport du SIRASCO (Service dâinformation de renseignement et dâanalyse stratĂ©gique de la criminalitĂ© organisĂ©e) qui a « fuité » dans les mĂ©dias (2022). Ce service dâanalyse de la criminalitĂ© organisĂ©e parle de : « 25 Ă©quipes criminelles qui sĂ©vissent en Corse ». Il sâagit dâune description sommaire, donnant des noms, mais sans prĂ©ciser de quel type dâactivitĂ© criminelle il sâagit.
 En tout cas ce rapport ne parle que du volet banditisme, il nây est jamais question, avec prĂ©cision, dâassociation avec dâautres secteurs de la sociĂ©tĂ© civile. Selon moi, il y a une confusion. Je vous cite un exemple : dans ce rapport, il est question de la bande dite du « petit bar ». Le rapport en parle en ces termes : « Il sâagit dâune Ă©quipe trĂšs structurĂ©e, qui compte de nombreuses ramifications tant sur le continent quâĂ lâinternational, de par un vaste rĂ©seau de blanchiment. Ses liens avec le milieu politique et Ă©conomique en font un vĂ©ritable empire mafieux ».
Donc selon un service spécialisé, la bande du Petit Bar serait une mafia à elle toute seule. On peut en douter.
Nous avons vu quâune bande, ce nâest quâune bande. Elle vit, elle meurt avec ses membres. Le CIRASCO ne semble pas envisager que certaines des « 25 Ă©quipes criminelles » dont parle son rapport, peuvent ĂȘtre reliĂ©es, mĂȘme de maniĂšre informelle et que câest cette relation qui pourrait constituer un systĂšme mafieux. Et encore, ce lien serait incomplet. Si lâon se rĂ©fĂšre Ă mon illustration, ci-dessus, des «groupes criminels de mĂ©thode mafieuse », on peut estimer quâune partie des « 25 Ă©quipes criminelles » corses, citĂ©es par le CIRASCO, ne sont que les « soldats » dâune entitĂ© plus large. Â
  Pour comprendre cette notion dâassociation criminelle, nous pouvons observer, Ă titre dâexemple, la carte des familles mafieuses de la seconde ville de Sicile, Catane (env. 311 000 hab.). Ce document est rĂ©alisĂ© par la DIA. La carte, ci-dessous, est extraite du rapport semestriel du service antimafia (Janvier-Juin 2023). On peut y voir le nom et lâimplantation des douze familles mafieuses qui quadrillent Catane.
Ce type de carte est rĂ©alisĂ© pour toutes les villes et les provinces (Ă©quivalent de nos dĂ©partements) Ă implantation mafieuse dâItalie.
Ces familles se partagent des zones et des quartiers de la ville oĂč elles exercent leurs activitĂ©s criminelles (Racket, captation de marchĂ©s publicâŠ). Ce type de document est accessible sur le site de la DIA.
Sâil existe une mafia corse, les autoritĂ©s pourraient envisager de produire un document de ce type. MĂȘme si comparaison nâest pas raison, nous saurions, peut-ĂȘtre, si comme en Sicile, ou dans dâautres rĂ©gions mafieuses dâItalie, des familles sont organisĂ©es en association criminelle, en Corse.
Organisation verticale ou horizontale ?
Les mĂ©dias parlent souvent de la « Coupole » de la Cosa Nostra sicilienne. Les autoritĂ©s italiennes ont dessinĂ© un « organigramme » censĂ© reprĂ©senter lâorganisation de la grosse mafia sicilienne, prĂ©sentĂ©e comme « verticale ».
Cette reprĂ©sentation de la "Coupole" de Cosa Nostra Ă©mane des enquĂȘtes et des propos des « repentis ». Mais il ne faut pas penser que « lâassociation » est rĂ©gie comme un Conseil dâAdministration. Quelles que soient les mafias, les familles qui les constituent, semblent possĂ©der une capacitĂ© à «faire sens ». Il ne faut pas, non plus surestimer la vision verticale de Cosa Nostra. La dimension horizontale est aussi importante.
Cet aspect horizontal est mis en avant pour lâorganisation de la mafia calabraise, la «âNdrangheta ». Il sâagit dâun systĂšme plus souple, moins rigide en apparence. Les « familles » de la âNdrangheta semblent disposer dâune plus grande autonomie et les rĂ©unions des grands chefs servent surtout Ă rĂ©gler les conflits internes, plutĂŽt quâĂ organiser les opĂ©rations illicites.
 Le schĂ©ma, ci-dessous, doit ĂȘtre lu de façon plus horizontale que celui de la Cosa Nostra sicilienne.
On a pu, un temps, considĂ©rer que la structure calabraise, moins rigide pouvait expliquer en partie, la difficultĂ© des autoritĂ©s Ă apprĂ©hender des « ândranghetistes et que la dimension pyramidale de Cosa Nostra Ă©tait un point de faiblesse. De fait, les mafieux siciliens semblent sâadapter. Lâexistence de deux autres mafias, dans lâĂźle (la Stidda et les Paraccari*), ressemble moins Ă une concurrence quâĂ une rĂ©partition des tĂąches pour brouiller les pistes des enquĂȘteurs.
Ainsi, il ne faut pas prendre les discours sur « lâorganisation pyramidale » de Cosa Nostra, au pied de la lettre. Toute la difficultĂ© est de comprendre ce mĂ©lange de « rĂšgles » et de souplesse des familles mafieuses. Câest cette capacitĂ© dâadaptation qui pourrait servir de base Ă une rĂ©flexion sur le « systĂšme corse » dâorganisation de la criminalitĂ©.
*Sur lâaspect « expĂ©rimentation », nous pouvons nous rĂ©fĂ©rer Ă lâarticle sur la « terza mafia » (la troisiĂšme mafia sicilienne) dans le journal La Repubblica : « Gli insospettabili della terza mafia nel "Paracco" di Palma di Montechiaro » (13 janvier 2021).
Existe-t-il une autonomie des mafias ?
Qui commande, les mafias ou le Politique ?
Lâancien procureur « antimafia », Roberto Scarpinato ne pense pas que les mafias soient autonomes. Il croit que si les mafias Ă©taient seulement « (âŠ) composĂ©es de semi analphabĂštes, on en serait dĂ©jĂ dĂ©barrassĂ© depuis longtemps ». In Le retour du prince. Ed. « La contre allĂ©e ». Le procureur y dĂ©cortique les rapports entre le pouvoir politique et les voyous, de haut niveau, des mafias italiennes.                                                                                                                                                                                                                                           Aucontraire, le « repenti » Antonino Calderone estimait « quâil nây a personne au dessus de Cosa Nostra ». « De ça, je suis sĂ»r, Cosa Nostra est autonome ». « Ce sont les mafieux, tout au plus, qui donnent des ordres aux hommes politiques ». In Les hommes du dĂ©shonneur. Pino Arlacchi. Ed. « Albin Michel ». Câest effectivement la lĂ©gende qui court. Mais A. Calderone nâĂ©tait pas un « cadre supĂ©rieur » de Cosa Nostra. Il pouvait manquer dâinformations, dans ce domaine du leadership et de plus, il pouvait chercher Ă se protĂ©ger du politique, surtout si câest ce dernier qui possĂšde rĂ©ellement le Pouvoir.
Le juge Giovanni Falcone estimait aussi que « personne ne donne dâordre Ă Cosa Nostra » et « quâil nâexiste pas de troisiĂšme niveau ». Ses enquĂȘtes et le « maxi procĂšs » de Palerme (1986-1987) nâont portĂ© que sur « lâaile militaire » de la mafia sicilienne. G. Falcone est assassinĂ© en Mai 1992. A-t-il Ă©tĂ© tuĂ© parce quâil sâĂ©tait attaquĂ© au sommet de la pyramide ? Etait-ce une simple vengeance, pour les condamnations obtenues au procĂšs ? Personnellement, je ne le pense pas. Je risque une autre thĂšse : il a Ă©tĂ© tuĂ©, parce que les Pouvoirs ont compris une chose : le juge avançait doucement, mais sĂ»rement. Il a exclu les politiques de ses enquĂȘtes, officiellement « pour ne pas diluer les chefs dâinculpation », ce qui aurait rendu lâaccusation trop compliquĂ©e Ă soutenir. En rĂ©alitĂ©, je pense quâil procĂ©dait par Ă©tape. En faisant condamner les chefs de « lâaile militaire » il pensait que lâon finirait par remonter jusquâaux liens avec le monde politique.
Ces derniers ont compris la stratĂ©gie, dâoĂč lâassassinat. MĂȘme attitude pour lâassassinat du juge Paolo Borsellino. Son fils estimera quâil a Ă©tĂ© tuĂ© « pour raisons dâĂtat ».
Pour comprendre le poids du politique, dans le systĂšme mafieux, on peut se rĂ©fĂ©rer Ă lâarticle de mon blog : « Ătat Italien-Mafias : tractations secrĂštes et liens inavouĂ©s ».
 Sur ce thĂšme, je suis convaincu dâune chose : il nâexiste pas dâautonomie de la grande criminalitĂ©. Contrairement Ă certains, je ne crois pas que les mafias italiennes donnent des ordres aux politiques, au plus haut sommet de lâĂtat.
Au contraire, je crois que les Ătats se satisfont, en partie, de lâexistence de groupements criminels, comme outil de rĂ©gulation.
Sâil existe rĂ©ellement, une mafia corse, nous pouvons aussi nous interroger sur le rĂŽle de lâĂtat.
A propos de pseudo clandestinité des mafias
Je vous cite une phrase du fils du GĂ©nĂ©ral Dalla Chiesa : « La mafia nâa rien dâun pouvoir occulte, câest un pouvoir manifeste et manifestĂ©, car il faut bien que les gens connaissent les mafiosi pour pouvoir leur tĂ©moigner du « respect » et savoir Ă qui demander de lâaide et des faveurs ; il faut que chacun sache qui commande ». In Meurtre imparfait. Nando Dalla Chiesa. Ed. « Liana Levi ».
  Câest clair, trĂšs clair, une mafia est une organisation « occulte » et pourtant beaucoup de personnes savent Ă qui sâadresser. Nando Dalla Chiesa parlait de la Sicile (5 millions dâhabitants), en Corse nous ne sommes que 350 000⊠je vous laisse mĂ©diter sur la rĂ©alitĂ© dâune clandestinitĂ©. Â
Les mafias aujourdâhui : disparition ou adaptation ?
En Janvier 2023, les carabiniers italiens arrĂȘtent Matteo Messima Denaro dans une clinique de Palerme, oĂč il se faisait soigner pour un cancer, sous un nom dâemprunt. Denaro Ă©tait considĂ©rĂ© comme le chef de la « Coupole » de Cosa Nostra, ou du moins comme Ă©tant un des principaux chefs de la mafia sicilienne. Il Ă©tait recherchĂ© depuis⊠30 ans.
Cette capture fait suite Ă une sĂ©rie dâarrestation de chefs de la « Coupole », notamment Toto Riina en 1993 (23 ans de cavale) et de son successeurs Bernardo Provenzano en 2006 (43 ans de cavale). Ces arrestations de « Capo di tutti capi » marquent-elles un dĂ©clin, voire une fin de Cosa Nostra, ou bien la mafia sicilienne est-en perpĂ©tuelle recomposition ?
 Le 25 septembre 2023, le journal en ligne Lâidentita interview un ancien Procureur adjoint Ă la Direction Anti Mafia, Antonio Ingroia.
Question : « AprÚs Messina Denaro, il y a-t-il un nouveau patron ? »
Antonio Ingroia : « La mafia devait forcĂ©ment changer de peau. Si avant il y avait une sorte de monarchie, aujourdâhui il y a une oligarchie, une fĂ©dĂ©ration. Il nây a plus de patron de patrons ».
Q : « Est-ce que cela signifie une défaite ? »
 A.I. : «Absolument pas ! Cosa Nostra est plus impermĂ©able, plus insaisissable. LâĂtat ne sâintĂ©resse Ă la mafia que lorsquâil y a du sang dans les rues. Mais les affaires existent quand il nây a pas de massacres. Personne n'a l'intention de les arrĂȘter. Ils conviennent Ă tout le monde ».
Le message du magistrat est double :
-Dâabord, Cosa Nostra met en sommeil sa « coupole », trop visible, en Ă©vitant de nommer un « grand chef ». Lâorganisation « devient « invisible ». Voir, plus-haut, le chapitre « Organisation verticale ou horizontale ? ». Apparemment, selon ce magistrat, Cosa Nostra « sâhorizontalise ».
 -Ensuite, la poursuite de ses activitĂ©s illicites, sans trop dâassassinats, semble convenir Ă beaucoup de monde.
Que signifie lâexpression « tout le monde » ? En fait, toutes les forces qui gravitent autour de Cosa Nostra, par intĂ©rĂȘt. Quelles sont ces forces ? La rĂ©ponse nous est donnĂ©e, en partie, par une enquĂȘte (OpĂ©ration « Artemisa ») menĂ©e, en 2019, dans la rĂ©gion de Trapani, prĂšs de la ville de Castelvetrano oĂč se cachait Messina Denaro. Cette enquĂȘte vise 27 personnes, dont certains notables. Parmi eux, lâon trouve des policiers des avocats, des fonctionnaires et des politiques. Parmi ces derniers, se trouvent lâancien maire de Castelvetrano,  Felice Errante (2012-2017) et Giovanni Lo Sciuto, ancien dĂ©putĂ© rĂ©gional (Forza Italia) de lâAssemblĂ©e de Sicile (2008-2017). Selon lâaccusation, cette association a constituĂ© une  loge maçonnique « autoproclamĂ©e », non affiliĂ©e Ă lâune des loges italiennes officielles. Ce rĂ©seau dâinfluence servait, selon lâaccusation, Ă une sĂ©rie de malversations : trafic dâinfluence sur des nominations dans les administrations, dĂ©tournement de fonds publicsâŠ
 Des enquĂȘteurs soupçonnent cette loge « dĂ©tournĂ©e » (loggia massonica deviata) dâavoir aidĂ© Matteo Messina Denaro dans sa longue cavale. A ce jour, aucun Ă©lĂ©ment concret nâest venu Ă©tayer ces soupçons. Cependant, cette mĂ©thode de loges « dĂ©tournĂ©es » ou noyautĂ©es, au bĂ©nĂ©fice des mafias,  est une pratique rĂ©pandue : Loge « secrĂšte » en Sicile, la P2 (1976-1981) et loges noyautĂ©es en Calabre, depuis des annĂ©es, par la âNdrangheta. Ainsi, en 2017, 200 personnes inscrites dans des loges maçonniques italiennes (« dĂ©tournĂ©es et/ou noyautĂ©es) Ă©taient « impliquĂ©es dans des enquĂȘtes mafieuses », en Calabre et en Sicile.
Cette instrumentalisation de la Maçonnerie, corresponde bien Ă la dĂ©finition que je donne dâune organisation large dâun groupe criminel « de mĂ©thode mafieuse ». Voir tableau, plus haut. Cette mĂ©thode dâinfiltration dans la sociĂ©tĂ© civile, par un rĂ©seau dâinfluence,  explique, grandement, une certaine impunitĂ© des mafias. Toujours ce « systĂšme de pouvoir ».
Enfin le magistratAntonio Ingroia a raison de dire : « LâĂtat ne sâintĂ©resse Ă la mafia que lorsquâil y a du sang dans les rues », Ă ce propos lâon peut lire le chapitre « CamĂ©ras Ă©teintes et lupara bianca », dans la conclusion de cet article.
  Je vous propose maintenant dâaborder briĂšvement, les rapports criminalitĂ© et politique, Ă plusieurs niveaux en Corse : Ătat, clanisme et nationalisme.
 Quelques mots sur les relations Mafias/Ătats, dans le monde
Développer ce volet, ici, serait trop long. Je vous suggÚre de vous référer aux différents articles de mon blog, sur ce thÚme.
Je vous livre quelques pistes et quelques constantes, sur les mafias que jâai Ă©tudiĂ©es : les italiennes, les yakuza japonais et, la Cosa Nostra amĂ©ricaine (USA) : Elles ont toutes des relations avec le monde politique, souvent au plus haut niveau. Vous pouvez lire mon article : « DĂ©lits financiers, criminalitĂ© : les arrangements avec les Ătats».
 Sur la Corse, la version qui domine est que les autorités se seraient appuyées sur le Milieu, pour obtenir des informations sur les mouvements nationalistes, laissant ainsi le Milieu prospérer.
Il me semble que câest une hypothĂšse haute, mais incomplĂšte. Ma thĂšse est la suivante : historiquement, la Corse a manquĂ© de capitaux privĂ©s et publics, pour de multiples raisons et particuliĂšrement parce que le systĂšme claniste ne produisait pas de dĂ©veloppement. Le blanchiment injecte des liquiditĂ©s dans lâĂ©conomie locale*. Par facilitĂ©, lâĂtat a laissĂ© sâaccentuer certaines dĂ©rives et a laissĂ© le systĂšme clanique gĂ©rer la politique dans lâĂźle**. Cela lui coĂ»tait moins dâefforts que dâĂ©tablir un Ă©tat de droit. Vous noterez que jâĂ©cris Ă©tablir et non rĂ©tablir.
 Chez nous, la part de responsabilitĂ© de lâĂtat est donc bien rĂ©elle, tout au long de lâHistoire, comme pour lâactualitĂ©. Nous pouvons nous rĂ©fĂ©rer aux propos de lâancien prĂ©fet de Corse, Amaury de Saint-Quentin, dĂ©but FĂ©vrier 2025 devant la mission dâinformation sur lâavenir institutionnel de la Corse. Je cite le prĂ©fet: « Le crime organisĂ© imprĂšgne lâintĂ©gralitĂ© de la sociĂ©tĂ© corse » jusquâaux « services de lâEtat ». Nous attendons lâenquĂȘte qui prĂ©cisera ces proposâŠ
* â La Brise De Mer soutient les entreprises locales qui ont quelques difficultĂ©s Ă obtenir des prĂȘts de la part des banquiers. Elle vient en haut de bilan et y reste parfois, en mettant en place des hommes de paille. Elle sert aussi de relais pour attendre les subventions europĂ©ennes dont lâoctroi est toujours plus long. Bref elle sâimplante dans lâĂ©conomie locale en lâacquĂ©rantâ. Extrait rapport Legras (2000).
 **Sur la gestion historique « particuliĂšre » de la politique, en Corse, nous pouvons nous rĂ©fĂ©rer aux propos de JosĂ© Rossi dans son audition par la Mission dâinformation commune sur la Corse. AuditionnĂ© par les dĂ©putĂ©s, le 26 Novembre 1996, le dĂ©putĂ© de la Corse du Sud (UDF), explique comment, avant le statut particulier de 1982 «  lâĂtat a consenti, en dehors des normes nationales, de trĂšs larges dĂ©lĂ©gations de responsabilitĂ©s politiques au systĂšme politique local qui, bien avant la dĂ©centralisation, disposait de pouvoirs non nĂ©gligeables ».  Extrait de lâaudition de JosĂ© Rossi Volume I, rapport n° 3511, page 38.
Sur les liens clanisme-banditisme, je vous propose de vous référer à mon article : « le clanisme, un pas vers la mafia ? ».
Le thĂšme est trop long pour ĂȘtre dĂ©veloppĂ© ici, mais voyons quelques pistes :
Le systĂšme clientĂ©laire a habituĂ© la sociĂ©tĂ© corse Ă vivre en marge du droit : clientĂ©lisme, fraude Ă©lectorale, violence au moment des Ă©lections, petits cadeaux Ă certains Ă©lecteursâŠÂ tout cela nâa pu durer sans un gentleman agreement avec les services de lâĂtat. Ce jeu a-t-il prĂ©parĂ© le terrain Ă une mafiosisation de la sociĂ©té ? Je vous signale un article lumineux de lâuniversitaire portugais JosĂ© Gil, dans le journal LibĂ©ration du 20 Novembre 1996 : Corse : feu le « systĂšme » de violence.
 Sur les liens Nationalisme-criminalitĂ©. Le chapitre est aussi trop long Ă dĂ©velopper ici. Je vous propose Ă©galement de vous rĂ©fĂ©rer Ă mon article : « criminalitĂ© en Corse, nationalisme, violence et banditisme». Contrairement Ă ce que disent certains, je pense que le et les FLNC ne peuvent se rĂ©duire Ă des mafias. En revanche, plusieurs faits sont avĂ©rĂ©s : de nombreux nationalistes ont basculĂ© du cotĂ© obscur et certaines de leurs attitudes ont confortĂ© lâidĂ©e que la violence et la pression faisaient partie dâune norme.
     Je vous rappelle les propos dâun ancien membre du FLNC, aujourdâhui co- fondateur du collectif « Maffia no a vita iÚ », LĂ©o Battesti (radio Ici RCFM 14 FĂ©vrier 2025): «La clandestinitĂ© a contribuĂ© Ă faire le lit de la mafia". LĂ©o Battesti aurait pu ajouter : a contribuĂ©, avec dâautres, notamment lâĂtat et des hommes politiques insulaires.
Pour ma part, je rajouterai que si Mafia il y a en Corse, chacun a apportĂ© son drap pour « faire le lit ». Maintenant, câest Ă chacun de ces acteurs de refaire le lit avec des draps propres, sans passer par un blanchiment.
Sur le rapport criminalité/Autonomie
Je ne veux pas finir sur un jeu de mots facile. Je vous rappelle donc une réalité sur les autonomies en Europe.
 Du Portugal Ă lâItalie, en passant par lâEspagne, plusieurs Ăźles et territoires sont autonomes : au Portugal : MadĂšre et les Acores. En Espagne, les 17 rĂ©gions ont un statut dâautonomie. Dans ces deux pays on ne signale pas lâexistence de mafias endogĂšnes, mĂȘme si des mafias extĂ©rieures viennent y faire des affaires, en complicitĂ© avec les Milieux locaux. Je vous suggĂšre la lecture de mon article sur les BalĂ©ares : « BalĂ©ares : pas de mafia locale, mais gare Ă la corruption ».
 En Italie, cinq rĂ©gions possĂšdent un statut dâautonomie, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Une seule de ces cinq rĂ©gions, la Sicile, possĂšde SA mafia, la Cosa Nostra, depuis le dernier quart du 19Ăšme siĂšcle.
La Calabre et la Campanie ont leurs mafias endogĂšnes, ces deux rĂ©gions ne sont pas autonomes. Soyons prudent sur lâanalogie Mafia/autonomie.
  Certains sâinquiĂštent quâun statut dâautonomie ne renforce une mafia corse. Cette inquiĂ©tude est justifiĂ©e, si rien nâest fait, avant. AprĂšs il sera trop tard.
 Je cite encore LĂ©o Battesti : « on n'a pas Ă©tĂ© capables de mettre un seul PV, au niveau des gardes champĂȘtres, en matiĂšre de chasse, de pĂȘche. On n'arrive pas Ă aller vers des sanctions, on n'a pas le courage de le faire parce que ça nĂ©cessite du courage ». Il me semble que câest une allusion Ă plusieurs siĂšcles de lascia corre en matiĂšre de gestion de lâĂ©levage, notamment. Mais cette absence de « courage » peut sâappliquer Ă bien des domaines, pas seulement dans le domaine de la ruralitĂ©. Aujourdâhui, cependant, il faut observer les dĂ©rives qui touchent le monde agricole, notamment sur le dossier des aides europĂ©ennes. Pour aller plus loin, vous pouvez lire mon article, en ligne :«Corse : fraudes aux aides agricoles et grande criminalitĂ©, une histoire europĂ©enne».
Sur le mĂȘme thĂšme, je retiendrai les propos de Jean-Toussaint Plasenzotti, lâanimateur du dĂ©bat de CargĂšse, membre du collectif antimafia « Massimu Susini » : "Une autonomie sans avoir rĂ©glĂ© le problĂšme de la mafia va crĂ©er une situation incontrĂŽlable». (Ici RCFM â 31/10/2023).
Sur le dĂ©bat risque mafieux et autonomie, un dialogue subtil semble engagĂ© entre les Ă©lus de lâAssemblĂ©e de Corse et le gouvernement. Il pourrait ressembler Ă un "deal" du genre: nous gĂ©rons la grande criminalitĂ©, vous aurez un statut d'autonomie. La prĂ©sence du Ministre de la Justice, Ă lâAssemblĂ©e de Corse, la veille du colloque et la prĂ©sence de deux procureurs de la RĂ©publique et du prĂ©fet de Corse, Ă CargĂšse ressemble Ă un signal. Les propos du prĂ©fet JĂ©rĂŽme Filippini, au colloque, donnent le ton : "Si la Corse et la RĂ©publique se font confiance, nous triompherons du crime". A suivre.
La grande criminalitĂ©, quel que soit son nom, nâest pas nĂ©e Ă lâĂ©poque contemporaine
Nous avons, en Corse, un lourd hĂ©ritage en la matiĂšre. Cette violence nâest pas nĂ©e au 21Ăšme siĂšcle, ni au 20Ăšme: la plupart des « bandits dâhonneur » Ă©taient des mafieux avant lâheure, ils nâĂ©taient pas isolĂ©s, mais toujours au service des puissants, restĂ©s dans lâombre et que tout le monde connaissait. Il nây avait donc aucune rĂ©elle clandestinitĂ©. Deux exemples, parmi dâautres :
 -Les frĂšres Bonelli Ă©taient en relation avec des responsables politiques corses et avec Emmanuel Arene. Ce dernier avait pour mission dâattacher la Corse, en grande partie bonapartiste, Ă la RĂ©publique. E. ArĂšne sâappuiera sur le pouvoir existant et asseoira le systĂšme claniste.
-Nonce Romanetti Ă©tait un agent Ă©lectoral au service de certains Ă©lus et Ă©tait en relation, notamment avec lâajaccien, le prĂ©fet Jean Chiappe, prĂ©fet de Police de Paris, qui sera un collaborateur zĂ©lĂ© durant la seconde guerre mondiale. Ce dernier entretenait des lies avec le proprianais Paul Carbone, boss qui rĂ©gnait sur Marseille (1920-1943).
 Pendant que les gendarmes cherchaient les frÚres Bonelli, ceux-ci rencontraient Emmanuel Arene et des élus insulaires.
MĂȘme cinĂ©ma, avec le bandit Nonce Romanetti, alors que toutes les polices le « recherchent », le cinĂ©aste Abel Gance le rencontre sans difficultĂ©, il est photographiĂ©, filmĂ©, en compagnie de plusieurs personnes, il faut dire quâAbel Gance est accompagnĂ© par lâĂ©pouse du prĂ©fet Chiappe.Â
Nâoublions jamais : Les Bandits corses Ă©taient au service des puissants, avec la protection des puissantsâŠ.
    Est-ce toujours le cas aujourdâhui, on peut avoir la faiblesse de le penser. En tout cas si des lois, rĂ©primant « un dĂ©lit mafieux », avaient existĂ© dans la France de lâĂ©poque, comme en Italie aujourdâhui, un grand nombre de « bandits corses » auraient cochĂ© toutes les cases : racket, intimidation, assassinat, pression faisant obstacle au libre exercice du voteâŠ
 Du rÎle politique, économique et social des mafias
Quelques mots sur le rÎle des mafias, qui ne sont pas des bandes « ordinaires » : à quoi servent-elles, à part enrichir leurs membres et associés ? Pour plusieurs spécialistes de ce genre de question, la réponse est la suivante : maintenir un certain conservatisme politique, économique et social. Les exemples ne manquent pas.
- En Italie. AprĂšs le risorgimento, elles serviront Ă combattre la gauche « non modĂ©rĂ©e » (expression de lâĂ©poque) et Ă sâopposer aux syndicalistes et aux agriculteurs sans terre. La rĂ©forme tardive et incomplĂšte de redistribution des terres en Sicile, verra des groupes mafieux sâopposer, manu militari, Ă cette rĂ©forme votĂ©e par le parlement. Enfin des familles mafieuses se feront les gestionnaires sans pitiĂ© (travail des enfants) des mines de soufre de Sicile.
 -Au Japon. Les clans yakuza menacent et intimident les petits actionnaires, dans les réunions, au bénéfice des patrons des grosses entreprises. Violences et assassinats des syndicalistes et des élus de gauche feront partie de leurs attributions.
 -En Corse. Nous avons dĂ©jĂ vu les exemples des frĂšres Bonelli et de Nonce Romanetti, notamment. Beaucoup de bandits Ă©taient les gardiens dâun ordre Ă©tabli.
Ce type de liens est-il toujours dâactualitĂ©, dans lâĂźle? Si lâon affirme que lâon assiste Ă des « dĂ©rives mafieuses » dans lâĂźle, alors la rĂ©ponse devrait ĂȘtre OUI.
Banditisme et Pouvoir politique
Il ne faudrait pas croire quâil existe un particularisme corse en matiĂšre de liens entre les pouvoirs politiques et les bandits. Partout oĂč ce type de rapport a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©, le constat est le mĂȘme : les bandits sont au service des « princes ». Autrement dit, ils sont les auxiliaires armĂ©s des pouvoirs politiques, Ă travers les Ăąges. Le banditisme est restĂ© longtemps rĂ©pandu dans toute lâEurope.
Pour la partie mĂ©ridionale du continent, câest lâhistorien Fernand Braudel, spĂ©cialiste de la mĂ©diterranĂ©e, qui nous renseigne sur les liens entre les diffĂ©rents pouvoirs politiques et les bandits. Le tableau est semblable, des principautĂ©s dâEspagne Ă celles dâItalie : « La liaison est indĂ©niable entre la noblesse catalane et le brigandage des PyrĂ©nĂ©es, entre la noblesse napolitaine ou sicilienne et le banditisme du Sud de l'Italie, entre les signori et signoretti de l'Ătat pontifical et le brigandage romain. ». MisĂšre et banditisme au 16Ăšme siĂšcle. In: Annales. Ăconomies, sociĂ©tĂ©s, civilisations. 2á” annĂ©e, N. 2, 1947.
Ces « mini Ătats » qui sont des entitĂ©s disparates (royaumes, principautĂ©s, citĂ©s ĂtatsâŠ) sâappuient sur des bandes, qui viennent renforcer les armĂ©es de ces souverains, jamais assez puissantes pour contrĂŽler lâensemble de leurs territoires.
 F. Braudel dresse un constat, Ă propos du banditisme : « Je dirais volontiers qu'il est toujours logĂ© dans les zones de faiblesse des Ătats».
  Ces  « mini Ătats » vont se regrouper en Ătats tel que nous les connaissons aujourdâhui. Lâunification de lâEspagne et celle de la France sont anciennes et progressives (sur plusieurs siĂšcles). Celles de lâAllemagne et de lâItalie sont plus rĂ©centes et plus rapides (deuxiĂšme partie du 19Ăšme siĂšcle). Une des consĂ©quences de ces unifications des Ătats europĂ©ens, est une forme de pacification. Les diffĂ©rentes entitĂ©s ne se font plus la guerre et si le banditisme persiste, son instrumentalisation politique est moins nĂ©cessaire au fonctionnement dâun grand Ătat unifiĂ©.
Pour la partie Ouest de lâEurope, un particularisme va apparaitre : alors que le banditisme diminue dâintensitĂ©, dans les Ătats de cette partie du continent, lâItalie voit son banditisme se « fĂ©dĂ©rer » et devenir un objet politique, dans le contexte dâune unification « inachevĂ©e ». Le chercheur Jean-Louis Briquet (CNRS) aborde la thĂšse dâune « étatisation manquĂ©e » de lâĂtat unitaire italien.
A lâouest de lâEurope, lâItalie semble ĂȘtre le seul Ătat nation Ă voir son banditisme se transformer en mafias. Cette particularitĂ© est frappante, sâil on analyse le parcours de deux Ătats qui ont effectuĂ© leur unification, Ă la mĂȘme pĂ©riode, lâAllemagne et lâItalie. ConfĂšre, Alain Verdi « UnitĂ© des pays europĂ©ens : lâexemple italien, vraiment hors-normes ? ».Â
Si lâunification, rĂ©ussie, des Ătats de lâOuest europĂ©en a limitĂ© et rĂ©duit le poids du banditisme, le « cas italien » semble ĂȘtre un « versus europĂ©en ». En France, le cas de la Corse reprĂ©sente une particularitĂ© historique.
Cependant si nous assistons, aujourdâhui, Ă une « criminalisation du monde » et Ă une « mafiosisation » du banditisme, ne devrait-on pas analyser cette situation sur la base du nouveau rĂŽle que lâon entend faire jouer aux Ătats ?  Moins dâĂtat, sans mieux dâĂtat, câest le risque du « retour du Prince ». ConfĂšre le livre Ă©ponyme du magistrat antimafia Roberto Scarpinato.
Conclusion impossible
Suite Ă tout cela, il me semble quâil faut retenir un point important :
Si lâon estime quâil existe une Mafia corse, lâon doit dâabord comprendre que câest un problĂšme, non pas seulement rĂ©gional, mais national. Une mafia corse serait une mafia française.
Et si lâon dĂ©sire que des lois du genre de celles appliquĂ©es en Italie soient votĂ©es en France, il faut rĂ©clamer la reconnaissance de « dĂ©lits de nature mafieuse ».
Essayer de dĂ©montrer, simplement, quâil existe une mafia corse est comme pousser le rocher de Sisyphe.
ReconnaĂźtre lâexistence dâune mafia corse et donc dâune mafia française, est un acte hautement politique. Les dĂ©cisions lĂ©gislatives ne peuvent ĂȘtre prises quâau plus haut niveau de lâĂtat.
 Les limites de la répression, sans réformes sociétales
Jâai surtout abordĂ© les mesures judiciaires, car elles dominent le dĂ©bat actuel. Cependant, il faut comprendre que pour Ă©viter une mafiosisation,  des mesures rĂ©pressives sont nĂ©cessaires, mais sont loin dâĂȘtre suffisantes. Lâexemple italien montre certaines rĂ©ussites en matiĂšre de police et de justice, pourtant la plus grande rĂ©ussite transalpine est dâabord non spectaculaire.
Ce pays a rĂ©ussi Ă montrer quâil existait des organisations criminelles qui reposent sur un systĂšme unitaire. Ce ne sont pas des bandes Ă©parses, mais des satellites dâun mĂȘme systĂšme.
Mais, attention au piĂšge, il ne faut pas mythifier lâexemple italien.
Lâarsenal juridique italien nâa pas rĂ©ussi Ă Ă©radiquer les mafias. Au contraire, nous assistons Ă une progression de la criminalitĂ© de « type mafieux » et Ă une extension dans toute lâItalie de lâactivitĂ© de ces mafias et Ă une adaptation permanente de ces groupements criminels aux rĂ©alitĂ©s du moment : du 19Ăšme siĂšcle Ă aujourdâhui : du rural Ă lâurbain, de lâagriculture Ă lâindustrie, du tertiaire Ă la Finance et Ă la cybercriminalitĂ©.
En Italie, les choix politiques visant Ă Ă©radiquer les mafias, nâont pas Ă©tĂ© aussi forts que les dĂ©cisions de nature judiciaire. Pour reprendre une image du criminologue, Jean-François Gayraud, on se contente de couper « lâherbe », mais elle repousse. Les autoritĂ©s nâont pas vraiment cherchĂ©  à supprimer « lâhumus » sur lequel poussent les mafias (Jacques de Saint Victor).
Je me rĂ©pĂšte : la dimension rĂ©pression (Police, Justice) est importante, mais sans rĂ©formes politiques elle ne supprimera pas les mafias et mĂȘme elle nâarrive pas Ă empĂȘcher leur extension.
 La progression de la corruption, comme une parabole
En Italie, comme en France, les indices de perception de la corruption, publiĂ©s par lâorganisation Transparency International, sont mauvais pour ces deux pays. La France perd cinq places dans le classement mondial, tombant Ă la 25e position, sur 180 pays et territoires dans le monde.
Pour lâItalie, lâindice de perception de la corruption 2024, Transparency International classe ce pays au 52Ăšme rang sur 180 pays et territoires.
 Jâai choisi lâItalie pour expliquer les bases juridiques de la lutte antimafia, mais ne nous trompons pas, si les assassinats et attentats spectaculaires ont reculĂ©, les mafias italiennes progressent dans le pays et Ă lâinternational.
La position et lâattitude des politiques restent ambiguĂ«s. A moins quâelles ne soient que trop claires. Retenez que lâItalie a supprimĂ© le dĂ©lit de favoritisme (juillet 2024). Forza Italia, Fratelli dâItalia et la Ligue, trois des partis de la coalition de la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni, ont votĂ© la rĂ©forme, de mĂȘme que trois formations centristes (+Europa, Azione et Italia Viva).
Notez Ă©galement: l'absence de rĂ©glementation sur les conflits d'intĂ©rĂȘts entre secteurs public et secteur privĂ©.
Ces deux exemples, parmi dâautres, montrent bien que des dĂ©cisions politiques, prises au plus haut niveau de lâĂtat, vont dĂ©placer le curseur dans le domaine de la grande criminalitĂ©. Câest bien le pouvoir politique qui est aux manettes.
En 2008 dĂ©jĂ , Selon le Procureur R. Scarpinato, la dĂ©linquance en « col blanc » est protĂ©gĂ©e par le lĂ©gislateur (de droite comme de gauche). « Le vol Ă la tire est dĂ©sormais puni dâune peine pouvant atteindre dix ans de prison ».
Le magistrat constate que certains dĂ©lits visant lâadministration publique « faux en Ă©criture » et « manipulation des appels dâoffres » sont passibles dâune peine « de deux ans dâemprisonnement seulement ». Pour R. Scarpinato « Le risque est que le dĂ©lit ne soit plus perçu comme une dĂ©viance et quâil devienne une composante de la normalitĂ©, c'est-Ă -dire lâordre Ă©tabli ».In Le retour du prince dĂ©jĂ citĂ©.
Sur son site (Centro Siciliano di Documentazione Giuseppe Impastato), le spĂ©cialiste italien des mafias, Uberto Santino, parle dâune « lĂ©gislation de lâillĂ©galité ». Nous sommes bien lĂ dans un choix politique au plus haut niveau.
 Mais lĂ encore, attention, la corruption progresse dans lâensemble de lâEurope occidentale. Câest pourtant la zone qui est la mieux classĂ©e dans le monde avec, pour lâinstant, un indice « convenable ».
Des solutions politiques restent indispensables
Il faut que les forces politiques crĂ©ent les conditions dâun apaisement Ă©conomique et social, il faut supprimer lâhumus mafieux. C'est-Ă -dire supprimer les conditions qui favorisent un systĂšme mafieux.
Faut-il rappeler ici que la Corse est la plus pauvre des rĂ©gions de France mĂ©tropolitaine et que lâĂźle a le niveau moyen de formation le plus bas ? Deux indicateurs qui pĂšsent lourd. Mais, lâon doit dire que la pauvretĂ© est dâabord créée, notamment, par des choix politiques. A lâorigine, le systĂšme mafieux ne la fabrique pas. En revanche, il lâentretient car il sâen nourrit.
Le fond du phĂ©nomĂšne mafieux est-il bien compris et donc bien mĂ©diatisé ? Rien nâest moins sĂ»r.
Caméras éteintes et lupara bianca*
Le plus souvent, les mĂ©dias ne parlent des mafias que quand un assassinat est commis. Si nous regardons les statistiques, dans les rĂ©gions et Ătats connus pour possĂ©der une ou des mafias -lâItalie par exemple- nous pouvons observer que les crimes, ou sĂ©ries de crimes, sont cycliques. Les territoires concernĂ©s peuvent rester des mois, voire des annĂ©es, sans enregistrer un crime de sang. Cela veut-il dire que les organisations criminelles de ces territoires ont disparu ? Non. Cela signifie « simplement » quâelles nâavaient aucune raison de tuer, durant ces pĂ©riodes de « calme ».
Elles nâont pas commis des assassinats -directs- contre des individus, mais leurs activitĂ©s ont continuĂ© Ă tuer, blesser et/ou Ă faire souffrir des populations entiĂšres. Sans dĂ©frayer la chronique. Pas dâassassinats spectaculaires, plus de mafia⊠dans les mĂ©dias. Pourtant, lâactivitĂ© mafieuse ne sâarrĂȘte jamais.
Câest que nous ne parlons pas dâune bande de criminels « ordinaires » qui se reposent et dĂ©pensent lâargent de leurs braquages, avant de « remonter au braquo » comme lâon dit chez les « affranchis ». Dans le monde de la criminalitĂ©, ces criminels « ordinaires » sont, en quelque sorte, des CDD (Contrats Ă DurĂ©e DĂ©terminĂ©e).
Mais les mafias, elles, opĂšrent en CDI (Contrat Ă DurĂ©e IndĂ©terminĂ©e). Pour les mafias, il sâagit mĂȘme dâune trĂšs longue durĂ©e. Lâexistence dâune mafia sicilienne, par exemple, est identifiĂ©e depuis la seconde partie du 19Ăšme siĂšcle.
Comment ces mafias tuent-elles et font-elles du mal, sans commettre dâassassinats spectaculaires ? Elles occupent leur fonction : Ă savoir menacer des commerçants pour encaisser le racket, menacer des entrepreneurs pour les chasser dâun appel dâoffres, enfouir des dĂ©chets, dans le sol, dans la mer ou les riviĂšres, en polluant lâenvironnement⊠Cette liste nâest pas exhaustive. Il faut comprendre une chose, câest quâin fine, ces violences « discrĂštes » font plus de morts et de blessĂ©s que les homicides reproduits dans les mĂ©dias.
Le suicide dâun commerçant ruinĂ© par lâusure ou celui dâun employĂ© dâune entreprise mafieuse, mal payĂ© et non dĂ©clarĂ© aux organismes sociaux (retraite, mutuelle, chĂŽmageâŠ), les centaines de morts dâun cancer, dans des rĂ©gions polluĂ©es par des enfouissements sauvages, ne rentrent pas dans les statistiques Ă la rubrique « crime mafieux ». Ces gens sont morts de « dĂ©pression » ou « dâĂ©puisement » ou bien encore « pour cause de pollution ». Nous pouvons ainsi multiplier les exemples de ces morts physiques et sociales causĂ©es par la prĂ©dation mafieuse sur un territoire donnĂ©.
 Une rĂ©gion manque dâeau potable, peu de journaux iront plus loin que le constat dâune « sĂ©cheresse » ou dâun «rĂ©chauffement climatique ». La plupart des journalistes nâiront pas montrer ce que les habitants connaissent. A savoir quâune famille mafieuse Ă empĂȘchĂ© la construction dâun rĂ©seau dâeau potable, pour pouvoir vendre, Ă prix dâor, lâeau des ses captages privĂ©s. MĂȘme constat pour la gestion des dĂ©chets. Une question, cependant : si les habitants savent, mais ont peur de parler, si les mĂ©dias savent, mais ne peuvent en parler, que font les autoritĂ©s, puisque tout le monde sait ? Souvent elles rĂ©pĂštent aux mĂ©dias : « les gens ne parlent pas »âŠ
Les mĂ©dias pourraient titrer : « pas dâassassinat depuis longtemps, lâactivitĂ© mafieuse est en recul ». Bien sĂ»r, il nâen est rien.
 *la « lupara bianca » est une expression qui dĂ©signe un meurtre sans cadavre. Un individu a disparu, mais on ne retrouvera jamais son corps. Câest que, dans ce cas, la mafia responsable avait une raison pour que le meurtre ne soit jamais matĂ©rialisĂ©. La plupart du temps, câest le contraire. Lâassassinat rĂšgle un problĂšme et sa mĂ©diatisation sert Ă faire peur, pour annihiler toute rĂ©sistance. La lupara, est un fusil de chasse Ă canons sciĂ©s,  facilement dissimulable, qui servait Ă chasser le loup (Lupo en italien) et Ă commettre  certains assassinats, avant que les mafieux ne sâĂ©quipent de Kalachnikov.
 Pour ma part, je ne suis pas globalement optimiste ; nous assistons à une mafiosisation des sociétés, avec une généralisation des pratiques mafieuses à travers le monde. Le criminologue, Jean-François Gayraud, parle de « criminalisation du monde ».
 Le 27 fĂ©vrier 2025, devant lâAssemblĂ©e de Corse, lâancien maire de Palerme, actuel dĂ©putĂ© europĂ©en, LĂ©oluca Orlando, rappelait un point fondamental : « Une mafia est un systĂšme de pouvoir ». Jâajoute que, sâil existe une mafia corse, câest Ă©galement une mafia française et elle est aussi un systĂšme de pouvoir. Câest donc dans cette direction quâil faut orienter la rĂ©flexion et les propositions pour lutter contre une mafia. Câest aussi pour cela que câest trĂšs difficile.
 En Corse, nous avons une longue tradition de violence en lien avec les pouvoirs. Peut-on sâen Ă©loigner ? Ce sont les politiques, au plus haut niveau qui ont la rĂ©ponse.
Espérons-le.
Alain Verdi    Ajaccio Mars 2025
Une part de mon travail a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e Ă lâaide de lectures sur les phĂ©nomĂšnes de sociĂ©tĂ© (livres et articles spĂ©cialisĂ©s). Vous trouverez, ci-dessous, une partie de cette bibliographie. Les autres ouvrages, articles, ou citations se trouvent contenus dans les diffĂ©rents articles de mes blogs.
Bibliographie
ItalieâŠ
âŠGĂ©nĂ©rale :
Histoire de la mafia- des origines Ă nos jours. Salvatore Lupo. Ed. Flammarion.
Mafia & Cies â lâĂ©thique mafiosa et lâesprit du capitalisme. Pino Arlacchi. Ed. PUG.
Un pouvoir invisible. Jacques de Saint Victor. Ed. Gallimard.
Articles, revues et sites spécialisés en ligne :
 Mafia Brotherhoods: organized crime italian style - Letizia Paoli. Oxford University Press version en ligne PDF
Centro Siciliano di Documentazione Giuseppe ImpastatoÂ
Rubrique Mafia du quotidien La Repubblica
Politique :
Le retour du Prince. Roberto Scarpinato â Saverio Lodato. Ed. La contre allĂ©e
Mafia et politique. Michele Pantaleone. Ed. Gallimard
Magistrature et politique â Politique et sociĂ©tĂ©. Collectif Laboratoire italien. ENS Editions
Mafia, justice et politique en Italie. Lâaffaire Andreotti. Jean-Louis Briquet. Ed. Karthala.
Mafia, violence et pouvoir politique en Italie (XIXe-XXe siĂšcles). Paolo Pezzino.  Dans lâouvrage collectif : Violences et pouvoirs politiques. Chapitre en ligne sur OpenEdition Journals.
Les pratiques politiques «officieuses». Clientélisme et dualisme politique en Corse et en Italie du Sud. Jean-Louis Briquet. Revue GenÚses-sciences sociales et histoire
Sardaigne :
Bandits dâOrgoloso. Franco Cagnetta. Ed. Buchet/Chastel
PerchĂš non câĂš la mafia in Sardegna. Pino Arlacchi. ISBN edizioni
Sicile :
Les mots sont des pierres. Carlo Levi. Ed. Nous
La sicilia nel 1876. Rapporto di Leopoldo Franchetti et Sidney Sonnino « Progetto Manuzio ».
 LâĂtat libĂ©ral et la "question sicilienne" (1861-1876). RĂ©flexions sur l'historiographie de la formation de l'Etat unitaire en Italie. Jean-Louis Briquet. In revue Le mouvement social 1999/2 (n°187).
Calabre :
Mafia calabraise â Les dix commandements. Nicola Gratteri & Antonio Nicaso. Ed. LâExpress.
La âNdrangheta. StĂ©phane QuĂ©rĂ©. Ed. La manufacture du livre.
Franc Maçonnerie et mafia : le cas de la Calabre Ă la fin du XXe siĂšcle. Jacques de Saint Victor.  La Chaine dâUnion. Grand Orient de France.
Japon
Yakuza â La mafia japonaise. David Kaplan, Alec Dubro. Ed. Philippe Picquier.
Lâempire des Yakuza - pĂšgre et nationalisme au Japon. Philippe Pelletier. Ed. Le cavalier bleu.
Articles en ligne :
Comparer deux démocraties « hors normes. Italie et Japon. Jean-Marie Bouissou et Marc Lazar. In Revue française de sciences politiques ; 2001/4 (Vol. 51).
A Comparative Study of theCriminalizing Yakuza Membership: A Comparative Study of the Anti-Boryokudan LawAnti-Boryokudan Law. Edward F. Reilly Jr. Washington University Global Studies Law Review â Vol. 14(2014).
Yakuza, la Mafia du Pouvoir japonais. Alain Verdi. Blog mediapart.
« Repentis »
Les hommes du déshonneur. Pino Arlacchi. Ed. Albin Michel.
Repenti ; un ancien de la Brise De Mer raconte. Claude Chossat. Ed. Fayard.
Citoyens et dĂ©lateurs-La dĂ©lation peut-elle ĂȘtre civique ? » Ouvrage collectif dirigĂ© par Jean-Paul Brodeur et Fabien Jobard. Les Ă©ditions Autrement.
Rapport commission parlementaire "antimafia" bicamérale - Chambre des députés-Sénat (Italie 2018) "Les témoins de justice" P. 315.
Banditisme et crime organisé dans le monde
Le nouveau capitalisme criminel. Jean-François Gayraud. Ed. Odile Jacob.
La politique de lâhĂ©roĂŻne - lâimplication de la CIA dans le trafic des drogues. (1991). Ăditions du LĂ©zard.
Les bandits. Eric J. Hobsbawm. Ed.  La Découverte.
Revue questions internationales n.125-126 : La gangstérisation du monde. Clotilde Champayrache, Fabrice Rizzoli.
 MisÚre et banditisme au  XVIÚme siÚcle.Fernand Braudel. Annales, en ligne, 1947.
Confiscation des biens de la criminalitĂ©. Sites et revues en ligneÂ
Italie - Rapport commission bicamérale antimafia - Chambre des députés-Sénat (Fév. 2018), "biens confisqués" P. 270 à P. 290.
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France Rapport dâactivitĂ© de lâAGRASC [Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Saisis et ConfisquĂ©s] (2021).
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Bandits corses dâhier et dâaujourdâhui. Jean-Baptiste Marcaggi. Ed. Albiana.
Bandits corses â Des bandits dâhonneur au grand banditisme. GrĂ©gory Auda. Ed. Michalon.
Vendetta et banditisme en Corse au 19Úme siÚcle. Stephen Wilson. Ed. Albiana.
Le droit de la vendetta et les paci corses. Jacques Busquet. Ed. Jeanne Laffitte.
En Corse- lâesprit de clan, les mĆurs politiques, les vendettas, le banditisme. Paul Bourde. Ed.Calmann LĂ©vy.
Compromissions. La République et la mafia corse. Pierre Péan. Ed. Fayard.
Les hĂ©ritiers du Milieu â au cĆur du grand banditisme, de la Corse Ă Paris. Thierry ColombiĂ©, Ed. de La MartiniĂšre
Marseille « capitale du crime » Les racines dâun imaginaire. Laurence Montel. Ed.Champ Valon.
La Corse entre la liberté et la terreur. José Gil. Ed. de la différence.
En Corse, une sociĂ©tĂ© en mosaĂŻque. GĂ©rard Lanclud. Ed. de la Maison des sciences de lâhomme.
La tradition en mouvement. Clientélisme et politique en Corse. J. Louis Briquet. Ed. Belin.
La Corse. André Rondeau. Ed. Armand Colin.
La Corse et la RĂ©publique. J. Paul Pellegrinetti â Ange Rovere. Ed. Seuil
Unité des nations, autonomies et mafia
La création des régions autonomes à statut spécial en Italie. Ernest Weibel. Ed. Droz.
L'Europe au 19Ăšme siĂšcle. Des nations aux nationalismes. Jean-Claude Caron, Michel Vernus. Armand Colin.
UnitĂ© des pays europĂ©ens : lâexemple italien, vraiment hors-normes ? Alain Verdi. Blog mediapart.
 Corse: quelle économie pour une autonomie?  Alain Verdi. Blog mediapart.
Justice et droits comparés. Livres, rapports et revues en ligne
MĂ©moires dâun juge trop indĂ©pendant. Renaud Van Ruymbeke. Ed. Tallandier.
La Justice ou le chaos. Entretien avec sept juges européens (1996). Denis Robert. Ed. Stock.
Juges en Corse. Témoignages de magistrats. Jean-Michel Verne. Ed. Robert Laffont.
Rapport AssemblĂ©e Nationale (N°3296), commission dâenquĂȘte sur les obstacles Ă lâindĂ©pendance du pouvoir judiciaire.  Septembre 2020.
LâindĂ©pendance de la Justice en France et en Italie. MĂ©lanie Mantelli. HAL « Open science » 2022. ThĂšse de doctorat UniversitĂ© Bordeaux
Organisation criminelle versus association de malfaiteurs et associazione per delinquere: quel socle Ă la lutte contre la criminalitĂ© organisĂ©e en France et en Italie ?  RaphaĂ«le  PARIZOT, enseignante de droit et sciences criminelles, universitĂ© Paris Nanterre. In Ătats gĂ©nĂ©raux de la lutte anti mafia â « Mafias et Europe » UniversitĂ© de Catane 2016-2018. Page 263.
Criminalité organisée-Droit comparé: Diritto penale comparato e criminalita organizzata. Site Diritto.it
Ăvaluation des systĂšmes judiciaires europĂ©ens. Site de la CEPEJ (Commission EuropĂ©enne pour lâEfficacitĂ© de la Justice).
Site DIA (Direzione Investigativa Antimafia) rapports semestriels en ligne.
Ordres juridiques ordres mafieux. Deborah Puccio. In Droit et société 2019/3 (N°103).
Les rapports PJ/Procureurs en Italie : «La police judiciaire dans le procÚs pénal italien ». Luca Luparia. In « Revue des archives criminelles » n°33.
Comprendre lâarticle 416 bis : Lâapport de la jurisprudence italienne dans lâĂ©laboration du concept dâ« association de type mafieux ». Ciro Grandi. Revue de science criminelle et de droit pĂ©nal comparĂ©.
Le ministĂšre de la Justice du Canada, publie un rapport dâĂ©valuation sur lâefficacitĂ© des stratĂ©gies de lutte contre le crime organisĂ©. Le document porte, presque entiĂšrement sur les mesures appliquĂ©es aux USA et au Canada.
Mafias et pauvreté
Ătude comparĂ©e Corse-Italie : MisĂšre en Italie, grande pauvretĂ© en Corse â CriminalitĂ© » et pauvretĂ©. Alain Verdi. Blog mediapart.
En Italie, La pauvreté absolue reste stable. Données ISTAT (Istituto Nazionale di Statistica) 2023.
La criminalité « en col blanc » coûte plus cher, à la société, que la petite délinquance : « White-collar ciminality » Donald H. Sutherland. In American Sociological review (1940)
InĂ©galitĂ©s et pauvreté : le coĂ»t cachĂ© de lâĂ©vasion fiscale OXFAM International.
De lâĂ©vasion fiscale Ă lâinĂ©galitĂ© sociale. Taxer les ultra riches, une solution ? Alain Verdi blog Mediapart
En France, nous pouvons nous rĂ©fĂ©rer au Rapport sur la pauvretĂ© en France (Ă©dition2024-2025), publiĂ© par lâObservatoire des inĂ©galitĂ©s. En vente sur le site de lâObservatoire.
Cependant en France, Ă ma connaissance, il nâexiste pas dâĂ©tude sur les liens entre grande criminalitĂ© et pauvretĂ©. Nous pouvons trouver des rĂ©flexions sur le thĂšme « La pauvretĂ© est-elle la cause de la dĂ©linquance? », comme celle prĂ©sentĂ©e par lâassociation LâInstitut pour la Justice (LâIPJ). Mais la nature de la « dĂ©linquance » nây est pas dĂ©taillĂ©e. Globalement, les quelques recherches accessibles et les nombreux articles de presse, portent sur la petite dĂ©linquance, celle qui « empoisonne la vie des gens » (cambriolage, vol de vĂ©hicules, incivilitĂ©sâŠ) donnĂ©es que les hommes politiques peuvent utiliser dans leurs discours. LâĂ©tude dĂ©taillĂ©e des consĂ©quences sociales de la CriminalitĂ© organisĂ©e, demande beaucoup de travail, pour un rĂ©sultat Ă©lectoral alĂ©atoire et une rentabilitĂ© financiĂšre, non garantie pour les mĂ©dias. Que dire du travail universitaire ? Il est plutĂŽt bien fourni, en Italie, mais il manque beaucoup de donnĂ©es pour la France. Par comparaison avec lâItalie, comme le prĂ©cise Jean-Louis Briquet, chercheur au CNRS : « en France lâaccĂšs aux sources judiciaires est autrement plus difficile. » In revue Savoir/agir.
Apparemment, il reste beaucoup de points à compléter. Avis aux intéressés.
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