Au nord de la commune, il y a le CERN, le Centre europĂ©en de recherche nuclĂ©aire, sur lequel le monde entier des physiciens a les yeux braquĂ©s. Au sud, lâAĂ©roport international de GenĂšve et lâautoroute qui relie le canton au reste de lâEurope.Dâest enouest, onrencontre les siĂšges europĂ©ens de Hewlett- Packard, IBM, HSBC Private Bank, DuPont de Nemours, Covance,Wise- Key, ABB SĂ©cheron et le siĂšgemondial de Bacardi Martini, oĂč est dĂ©tenue la recette secrĂšte de la boisson chĂšre Ă James Bond et oĂč est fabriquĂ© lâapĂ©ritif le plus consommĂ© sur la planĂšte.
Dans lâimaginaire des Genevois, la commune de Meyrin, avec celle de Vernier ou de Satigny, est une lointaine banlieue, une citĂ© satellite typique des annĂ©es 1960 pour  accueillir une immigration alors en pleine explosion. Et pourtant⊠En avril dernier, le groupe de luxe Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels, Piaget, Vacheron Constantin, Montblanc, Jaeger-LeCoultre ou Roger Dubuis) a annoncĂ© un investissement de 100 millions de francs dans la zone industrielle Meyrin-Satigny (Zimeysa). Le projet de Richemont nâest rien de moins que la crĂ©ation dâune «SiliconValley»de la formation et de lâinnovation en haute horlogerie.
Les ambitions de Richemont
Cent million de francs pour la crĂ©ation dâuncampus, labellisĂ©Minergie, surun terrain de 30 000 m2. «Avec les emplois actuels et le recrutement Ă terme de 400 personnes, le site accueillera plus de 900 collaborateurs dâici Ă la fin de lâexercice 2019», affirme Richard Lepeu, codirecteur gĂ©nĂ©ral du numĂ©ro deux du luxe. Depuis septembre 2012, une classe dâune dizaine dâopĂ©rateurs horlogersâsoit cinqfoisplusquepar le passĂ© â est dĂ©jĂ en activitĂ©. Les trax sont Ă lâoeuvre pour bĂątir ce que le groupe Richemont dĂ©crit lui-mĂȘme comme un «vĂ©ritable cluster horloger au bout du lac».
Comme lâexplique Denis Giguet, directeur de Van Cleef & Arpels, «le campus entend provoquer un appel dâair, pour faire travailler ensemble les mains dâor». Lâappel dâair semble avoir fonctionnĂ©: la maison Chopard, dĂ©jĂ prĂ©sente Ă la Zimeysa, va investir quelque 50 millions de francs pour lâagrandissement de sa manufacture genevoise (voir lâinfographie). Audemars Piguet vient, elle, dâinaugurer un tout nouveau bĂątiment pour sa filiale de production Centror, pour 30 millions de francs.
... et de Louis Vuitton
De son cĂŽtĂ©, lâhorloger Jean-Paul Journe, alliĂ© Ă Vacheron Constantin, vient Ă©galementdây installer leur filiale commune, les Cadraniers de GenĂšve, lâun des sous-traitants les plus rĂ©putĂ©s du monde en matiĂšre de composants de garde-temps. Et, cerise sur le gĂąteau, dĂšs 2013, Louis Vuitton Horlogerie, filiale du leader du luxe LVMH, va dĂ©placer son siĂšge de La Chaux-de- Fonds Ă Meyrin.La sociĂ©tĂ©ya repris les terrains de 6500 m2 et le bĂątiment laissĂ© vide du groupe pharmaceutique Sanofi.
DĂ©sormais, GenĂšve compte donc deux pĂŽles horlogers: Plan-les-Ouates â oĂč se trouvent Rolex, Cartier, Vacheron Constantin ou FrĂ©dĂ©rique Constant â et la rĂ©gion de Meyrin, dĂ©bordant sur Vernier et Satigny. Comment expliquer cet incroyable dĂ©veloppement, principalement dans le secteur industriel? Florence NoĂ«l, nouvelle dĂ©lĂ©guĂ©e aux Affaires Ă©conomiques de la commune de Meyrin, avance une explication: «Les marques apprĂ©cient le fait de pouvoir se regrouper en unmĂȘmelieu, dây dĂ©velopper des synergies. La Zimeysa, pilotĂ©e par la Fondation des terrains industriels (FTI), avec laquelle nous marchons main dans la main, compte en outre de nombreux terrains constructibles, et le secteur horloger en a besoin. » Enfin, nous glisse un connaisseur de la branche, «la dĂ©localisation de Louis Vuitton Horlogerie de La Chaux-de-Fonds Ă GenĂšve prouve que, de plus en plus et pour le marchĂ© asiatique, le label «Geneva» est dĂ©sormais essentiel.»
En ce sens, les responsables de lâexbanlieue du nord du canton ont fait oeuvre de pionniers. La crĂ©ation dâun poste de dĂ©lĂ©guĂ© aux Affaires Ă©conomiques est une premiĂšre du genre, comme lâexplique Florence NoĂ«l: «Ce poste a Ă©tĂ© créé suite Ă un sondage rĂ©alisĂ© en 2011 par la commune auprĂšs des 1500 entreprises, employant quelque 26 000personnes.Elle voulait connaĂźtre leurs besoins et amĂ©liorer ses relations avec elles.»Or cequi est arrivĂ© en tĂȘte des manques exprimĂ©s par les entreprises, câest un relais entre le secteur privĂ© et le secteur public.La dynamique est lancĂ©eâŠ
Car Meyrin, situĂ© entre le CERN et lâaĂ©roport, est Ă©galement en passe de devenir lâun des pĂŽles dâinnovation en technologiede lâinformationdeSuisse. TantHP quâIBM,DuPont deNemours, Firmenich,Givaudan ouWiseKey (leader en sĂ©curitĂ© informatique) nây ont en effet pas que des siĂšges administratifs, mais  abritent avant toutdes centres de recherche et dĂ©veloppement de tout premier ordre.
Le coffre-fort numérique du monde
Florence NoĂ«l rĂ©vĂšle ainsi au «Matin Dimanche»que la commune, alliĂ©e Ă la FTI et Ă lâOffice de promotion des industries et des technologies (OPI), va «bĂątir, dans un horizon de cinq Ă sept ans, le coffre-fort numĂ©rique du monde»! Rien que cela. Suite au Patriot Act amĂ©ricain, qui permet Ă Washington, pour raison de sĂ©curitĂ© nationale, de saisir les donnĂ©es informatiques des sociĂ©tĂ©s stockant leurs donnĂ©es aux Etats-Unis, nombreuses sont celles qui veulent trouver un nouveau havre de sĂ©curitĂ© («Le Matin Dimanche » du 25 novembre 2012). Ce projet gĂ©ant, dont la conception sera totalement dĂ©terminĂ©e par les entreprises utilisatrices est lancĂ©, approuvĂ© par tous ses initiants.
Pour changer dĂ©finitivement lâimage de citĂ© satellite en pĂŽle national dâinnovation, Meyrin va dâailleurs organiser son premier forum Ă©conomique, en collaboration avec le canton et la ConfĂ©dĂ©ration, du 29 au 31 mai 2013, oĂč le CERN, Richemont ou Skyguide notamment vont  dĂ©battre dâavenir, dâinnovation, et prĂ©senter les mĂ©tiers de leurs branches.Â