Vision hégémonique
Par ailleurs, les différentes plateformes formatent les modes de présentation. Leur interface est basée sur des templates, c’est-à -dire des gabarits, que l’utilisateur remplit avec ses propres contenus. En fonction des plateformes, l’apparence est plus ou moins personnalisable mais de manière générale, rejoindre l’une d’elle, c’est accepter une gestion et une interprétation formatées de ses données et donc, un séquençage de sa vie et de ses expériences visibles sur le Web 18.
Si contrôler les données s’accompagne de la possibilité d’imposer une vision particulière, n’est-ce pas là , entre autres, l’apanage de Google ? La compagnie privée créée en 1998 n’offrait à la base qu’un moteur de recherche qui est aujourd’hui le plus utilisé au monde. Son nom vient d’ailleurs de Gogol, désignant le nombre 10 100, pour évoquer la capacité à traiter des quantités massives de données. Le moteur de recherche web a bouleversé l’accès à l’information, qu’elle soit visuelle ou textuelle. Il se base sur une indexation des contenus et une réponse algorithmique aux requêtes de l’utilisateur, c’est-à -dire résultant d’une série d’opérations automatisées. Les algorithmes de Google conditionnent ma recherche par les résultats qu’ils affichent 19. N’est-ce pas déjà une interprétation ?
Cette gestion de l’accès à l’information prend une autre dimension avec l’expansion du groupe, qui cherche à indexer le monde de manière exhaustive. C’est littéralement chose faite – ou presque – avec le projet Google Street View visant finalement à numériser le monde physique actuel et le rendre accessible via le Web 20. Depuis 2007, la compagnie déploie à travers le monde des véhicules hybrides portant des appareils photographiques à plusieurs objectifs – initialement neuf – sur un mat. Des prises de vues effectuées automatiquement tous les dix ou vingt mètres sont ensuite assemblées à l’aide d’algorithmes et fournissent une vision à 360° par 290° de tous les lieux sillonnés. L’interface Google Street View offre à l’utilisateur la possibilité de survoler ce monde numérisé, à travers son écran, à l’aide de Pegman, un petit « homme pince à linge », qu’il parachute sur la carte à l’endroit qu’il désire explorer.
« Don’t Be Evil », « Ne soyez pas malveillants », voilà le slogan initial de Larry Page et Serguey Brin, créateurs du groupe. En voulant faire croire à un enregistrement neutre et objectif, Google tente, à travers ses différentes applications, de véhiculer une vision universelle du monde et de faire adhérer l’utilisateur à cette réalité. Sa neutralité est à reconsidérer. Dans le cas de Street View notamment, le procédé est loin d’être anodin. Peut-on seulement le qualifier d’humain ? Des caméras à désormais sept yeux sur le toit d’une voiture qui sillonnent une partie du monde ? C’est la construction d’une réalité Street View : une, et non la, vision d’un monde 21.
















