Black Panther : Briser les chaînes par les mots
Joe Robert Cole et Ryan Coogler ont réalisé une prouesse en écrivant le personnage de Killmonger, qui fut acclamé par bon nombre de critiques. Au centre du métrage, il est nécessaire de le comprendre pour pouvoir prétendre être au point sur le message. Dans un premier temps, il sera intéressant d’analyser Killmonger et sa place dans Black Panther, pour enfin dans une deuxième partie analyser son discours, et plus particulièrement sa phrase ante-mortem.
Dans les quartiers de Oakland, Erik Stevens est né de l’union du prince wakandais N’Jobu et d’une mère délinquante. Baigné dans les histoires de son père jusqu’à son décès, il se forge un objectif. Mener une révolution sociale en armant les opprimés. Propulsé par l’assassinat de son père des mains du roi T’Chaka, le personnage soulève une problématique intéressante : nous ne serions que la somme de nos actes. Elle renvoie à la philosophie de Jean-Paul Sartre qui soutient que l’Homme n’est pas libre puisqu’il devient Homme en fonction des choix qu’il opère dans sa vie. Cela n’excuse pas les meurtres de Killmonger, mais nous comprenons davantage ses motivations. Celui-ci est coincé entre sa morale et ses actes, pour enfin se laisser guider par ses émotions. Forgé au meurtre et à la manipulation, il ne se reconnaît qu’en son père et en sa promesse qu’est celle d’observer un coucher de soleil au Wakanda. Killmonger est donc un personnage intéressant puisqu’il représente les conséquences du passé sur ce que l’on est, et les tourne à l’extrême.
Néanmoins si Erik Stevens possède un défaut, c’est bien celui de ne pas essayer de tendre vers l’éthique. Il excuse ses actes par son passé et ne jure que par ses émotions. Il n’est pas un militant pacifiste, mais plutôt un extrémiste. Lors de son couronnement, il est semblable à un tyran. Il nie tout ce que constituait la culture wakandaise, en incinérant l’herbe-cœur notamment. Cela dénonce évidemment l’oppression et le désespoir d’une population pauvre et abandonnée, ainsi que la soif de vengeance extrême de ces personnes. Cela est une bonne chose puisqu’en caricaturant leur traits pour les pousser à l’extrême, le film nous met en garde contre une potentielle révolution de ces populations abandonnées par l’Etat. Il est possible de faire une claire opposition entre Killmonger et Malcolm X. Bien que ce dernier ait été un nationaliste noir extrémiste avant de se repentir, il s’est toujours montré raisonnable en apprenant de ses erreurs. Il est devenu un symbole de paix. Killmonger est un Malcolm X n’ayant pas fait les bons choix, perdant tout espoir au détriment de sa santé mentale et éthique.
Killmonger a été écrit pour alerter les Américains face à l’oppression envers les pauvres et les minorités. Poussant à l’extrême la folie et la solitude de son personnage, Ryan Coogler accentue son message politique : il est nécessaire que les Africains s’entraident.
La mort de Killmonger est forte en symboles. Elle marque l’histoire et le personnage. Pour preuve, T’Challa se remet en question après avoir été témoin de son sacrifice, et applique la politique de son ennemi en la modifiant légèrement pour qu’elle devienne juste. De plus, Killmonger s’en sert pour donner du sens à ses actes, puisqu’il présente sa volonté de devenir un homme libre en faisant ses propres choix, à l’instar de ses ancêtres esclaves qui ont tout fait pour s’échapper des chaînes. Il nous renvoie une nouvelle fois à la philosophie sartrienne qui soutient que l’Homme est condamné à être libre puisque chaque obstacle est l’occasion de faire un choix. Finalement, Ryan Coogler personnifie la promesse de N’Jobu par le Soleil, pour qu’elle achève son fils de manière imagée.
Cette dernière phrase inouïe dans un film de l’Univers Cinématographique de Marvel a été comparée aux dires du chanteur américain Kanye West. Il affirmait à la télévision que l’esclavage était un choix. Au premier abord, il est facile de penser que Killmonger est du même avis, qu’il soutient que les esclaves noirs auraient dû privilégier le suicide ou la révolution au lieu de se laisser dominer par les maîtres. Toutefois il y a eu des rebellions d’esclaves, mais par manque de force, ils ont rapidement été torturés pour terroriser les autres. Mais aussi parce-que Killmonger incarne plus cette détermination et cette foi en la liberté que la liberté elle-même. D’où le texte de la chanson Pray For Me de The Weeknd inspirée par le personnage : « Just in case my faith go I live by my own law // Pour ne pas perdre la foi, je fixe mes propres lois ».
Killmonger est un Malcolm X déchu, un sartrien convaincu ayant grandi dans la haine à cause d’une erreur commise par un pays aux multiples secrets. Coogler met en scène un personnage abandonné par les gouvernements de ses deux pays qui ont engendré en lui une folie irréparable. Cependant en influençant la politique de T’Challa à la fin du métrage, Killmonger accomplit son destin et décède en homme libre, libéré de ses chaînes.














