Les grandes surrections préparaient notre échec : touts petits – trop petits – face à ce tout mouvant… De grands moments, de longues ères – des planchers d’océans érigés en falaises, le dessin des rivages, des forêts déplacées : – par quelle voix poussant quel chant ? Qui rit au loin dans la nuit noire ? – Nous prédisions le sec : – quand il nous devançait.
Sans aucun doute excès de monde, un monde assourdissant d’insectes, un monde ouvert à tous les vents… Te souviens-tu, maman, des pins – que le soleil sécrétait verts ? Trop petits, les bateaux, trop petites les rades, toujours adolescents, toujours à demi mûrs – quand le grand Pan au loin chantait. Nous prenions des chemins qu’on avait déjà clos ; nous attachions aux murs des plages. Nous nous moquions – nous nous trompions.
Ça chantait, ça chantait – c’en était entêtant. Nous mettions à l’index : des enfants-à -ballons, des taxis pour la mer, des champs couverts de couleurs folles ; nous nous gaussions du temps : ici les rails, plus loin les gares ; nous avancions en haletant. Je te dis que les grecs adoraient les cigales, que les romains les haïssaient ; tu parlas de la Grèce, plus de trente ans plus tôt ; nous écoutions sans nous entendre – et le monde chantait, insensible à nos voix, à nos propres essais. On nous avait – déjà – battus.
Les grandes surrections annonçaient notre échec : nous partirions sans rien changer. Sur les vieux troncs de vieilles mues tournaient au blanc, les corps finissaient de se cuire – mais rien de neuf ne renaîtrait. Tout au plus dans nos yeux se trouva le soleil, tout au plus nous parlâmes, tout au plus – un instant – dans ta peau la chaleur oublia de cailler. Tu étais toujours belle, je voulus te le dire – et le vent frissonna. Des brouillards revenaient aux sommets des rochers.
Ne nous restait que ce présent : le chant des pins et des insectes, la mer bleuie par le soleil, ces quelques coquillages que tu savourais – dans ce bout de village, entre deux plis de karst. Il était déjà tard, nous avions trop marché. Tout était entêtant : le soleil sécrétant, l’odeur de sève et de bois fauve, la poussière et le bruit des élytres grattés – avec au loin, comme un ballot, tout le reste du monde étouffé de lumière. La mer vaquait entre les coques, les gens braillaient, Pan riait dans le loin en chassant des étoiles – nous étions trop petits, pas assez mûrs pour le comprendre – mais j’étais avec toi, et tout pouvait crouler : – tu m’avais fait Orphée, et tu étais Calliope.
Tout nous étourdissait – mais nous étions ensemble ; le monde pouvait bruire : je t’y ferais un chant.