Que ton goût soit marin (entre préludes et fugues) - V. 1
Au loin la côte, à peine un calque – couchée à même sa chaleur. Fût-ce ton corps en ses fermoirs, ta bave ouvrant mes commissures ? – Tu disparus sans une écume.
Tout le vrai d’aujourd’hui t’émoussera demain : qu’il y eut de la vie dans ces quelques lucioles, c’est d’avance un fantĂ´me. Sur la mer les rochers continuent de saigner.Â
Des bateaux sur le ventre, et la branche arrachĂ©e qui se fige entre blocs ; dĂ©fierons-nous l’amorphe – rejoindrons-nous la houle ? – Presque Ă plat tu devines – et me revient la lave.Â
Ils renaîtront divins, ces défilés d’eaux vives – déjà plus noirs que l’or, je les vois s’acharner. Te prendrai-je au soleil ou le préféras-tu ? Demain la mer au loin dérobera ses tours.
Tantôt le loup tient bien le masque, tantôt il cède à l’éviction ; j’eus tour à tour, contre tes bras, cette avance et l’inverse. –Entre les deux, peut-être, une marée mourut.
J’aurais pu, pour te plaire, arrondir mes propos ; – il aurait fallu taire, ou en tout cas cacher ; entre toutes les croix, choisir les supportables. – Bel ouvrage de sel ou ciel se rapprochant ?
C’est toujours l’ensablé, et toujours les arondes : tu y verrais des nids quand j’y coudrais des crocs. Un mi-chemin, peut-être ? – Les autans le diront.
A comprendre les voix, on en oublie les vagues : – je les maudis, elles s’effondrent – jamais plus que de paille. Rochers creux, creuses algues ? – Tu prendrais leur parti ?
Juste la forme de l’oiseau avant la plonge ; juste quelques morceaux, dĂ©jetĂ©s entre formes… Ton profil au soleil, s’il n’était passager, serait-il orpailleur ou, fragile plus vaste ?Â
A chaque fois les voix, jetées par-dessus bord – par quels épouvantails ? A chaque fois sirènes, et sans aucun rempart. Au loin, la côte, à peine un calque – ouvre-naufrage.
Ramène-moi au loup, qu’il affronte la mer : je puise dans les mots à défaut de t’éteindre. A l’autre bout les ponts ont fini de passer ; il reste des rouleaux à affronter ce soir.
Que ton goût soit marin, avant que tout bascule – c’est le poids du soleil sur un jardin contraire. Récital sans récit, tu proposes du rire ; – faut-il jouer ton jeu ?
T’ajouter des solos, attendre que tu mordes ? – mes essais sur la mer ont fini de saigner. C’est d’avance un fantôme, où tu te perpétues. Ils renaîtront demain, ces assassins contraires – iras-tu, avec eux, applaudir les marées ?
Les fumées, même près, demeurent des fumées. – C’est d’avance un plaisir, où tu t’imprimeras. La mer aura raison du reste.
T.T.d.F. - (Nouveaux) Cantiques Cannibales