Oyez oyez, heureux contribuables,
J’aimerais sermonner ici les Sans Domicile Fixe de Clermont-Ferrand et d’ailleurs, tous ces amoureux de la vie au grand air qui lisent cette chronique sur leur smartphone ou leur tablette numérique, tranquillement installés dans leur carton mouillé, en profitant éhontément de l’espace WIFI gratuit d’une gare accueillante, d’un chouette gymnase sentant la sueur gracieusement prêté par une municipalité compatissante, ou du parking d’un sympathique Mac Donald’s : Amis gueux, ne soyez pas aigris et désespérés, les gens qui ont de l’argent seraient prêts à le partager avec vous si vous le leur demandiez poliment, et si vous vouliez bien vous incliner devant eux dans une tenue décente. Mais le problème, les gars (et les filles des fois c’est pire), c’est que non seulement vous n’êtes pas polis, mais vous ne faites aucun effort de présentation ! Il faut voir la dégaine que vous vous trimballez , les cocos ! Même pas peignés, la plupart avec des chemises rapiécées sur des pantalons miteux qui ressemblent à des pantacourts, attachés par de la ficelle de botteleuse, et des croquenots en ruine, le tout couvert de la poussière des rues quand ce n’est pas puant de pisse de clébards ! Alors s’il vous plaît, cessez d’encombrer nos parcs arborés et nos belles places, et de squatter les infos de Jean-Pierre Pernaud avec vos guenilles et vos histoires sordides, qui obligent ce brave employé du bâtiment à raccourcir ses envolées sirupeuses sur nos jolis villages fleuris, les derniers vrais viticulteurs foulant du vrai raisin avec leurs vrais pieds dans des vrais pressoirs en vrai bois, ou le début de la transhumance, qui attire tellement de touristes à la suite de nos vrais bergers typiques qu’on se demande si les vrais moutons sont devant lui ou derrière !
Oui, amis mal fagotés, les exemples de générosité sont innombrables, à condition que les demandeurs fassent l’effort de se présenter devant leurs futurs donateurs dans une tenue correcte, en bredouillant « Bonjour mon maître », « S’il vous plaît » et « Merci » avec humilité et dans une langue intelligible. Croyez-vous qu’on ait envie d’offrir une bière à un punk à chien hideux, en tenue militaire raide de crasse, avec des piercings jusque dans la glotte, qui vous regarde avec les yeux vides et un rictus haineux ? Non ! Pensez-vous qu’on soit enclin à donner une pièce, même jaune, à des roumains, à des albanais ou même à des français de souche encore fringués comme dans les années 70 et qui savent à peine pleurer dans notre langue ? Non, bien sûr que non, car ils ne sont pas attirants !
Pourtant, la générosité existe, elle est là , juste sous la croûte des gens apparemment indifférents et froids, il suffit de trouver la faille pour les émouvoir, mais vous n’employez pas la bonne méthode. Puisque vous êtes en train de surfer sur le web, lisez donc l’incroyable conte de fée de l’UMP : Le Sarkothon lancé début juillet à la suite de l'invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy a permis de récolter 11 millions d'euros en seulement 8 semaines –même que Nicolas en est tout ému-, grâce à plus de 100.000 mécènes ayant donné en moyenne une centaine d'euros. 100.000 couillons qui ont préféré donner 100 euros pour effacer les effets d’une arnaque ayant financé les déplacements inutiles de leur bonzaï plutôt que de vous donner un euro, à vous qui en avez vraiment besoin. Et savez-vous pourquoi ? Parce que Jean-François Copé le leur avait demandé avec la sincérité qu’on lui connaît, en leur faisant un grand sourire, avec ses grandes canines de requin bien astiquées et son costume sur mesure. L’apparence, tout est là !
Non, amis pouilleux, la mode de la mendicité n’est plus à imiter Mère Teresa et sa cornette bouffée par les rats ou à singer l’abbé Pierre, ses coups de gueule désagréables et sa soutane râpée ! Prenez plutôt exemple sur Bernadette Chirac, qui faisait la manche accompagnée du sémillant David Douillet et de tout un troupeau de parasites. Les gosses fondaient devant leur mine réjouie et leur sourire béat, se privant d’argent de poche pour remplir celles des deux pachydermes si affables et bien habillés. Et peu importe si les collectes étaient bouffées dix fois par les frais de TGV et d’hôtels quatre étoiles de Babette et de sa cour. Chacun se faisait arnaquer avec plaisir parce qu’on se laisse mettre plus volontiers par des gens eux-mêmes bien mis !
Et en Auvergne, me direz-vous ? Eh bien c’est pareil, car nous sommes nous aussi des gens civilisés. La preuve : Europavox. The best european festival in the world ! Voilà des types qui étaient a priori mal barrés pour obtenir un quelconque financement de nos institutions locales puisque d’une part ce sont des rockers, et en plus ils sont parisiens. Pourtant, à force d’amabilités et d’efforts vestimentaires, ils ont réussi depuis huit ans déjà à se faire offrir des centaines de milliers d’euros par l’Europe et les collectivités locales de notre Ploucland en échange d’un festival de découvertes, comme cette année Stephan Eicher, Benjamin Biolay et Jacques Higelin. Est-ce qu’on leur donne tout ce fric parce qu’ils emploient du personnel auvergnat ? Pas du tout. Grâce à leur maintien et à leur bonne bouille ! Dommage que les capacités techniques de nos autochtones soient malheureusement bien inférieures à celles des habitants de la ville lumière, sinon vous pensez bien...
Tandis que vous, les pauvres, avec vos airs renfrognés et vos défroques de bouseux, vous n’êtes pas près d’obtenir de quoi vous payer le pressing, comme environ un milliard d’handicapés de la communication dans le monde, qui crèvent la dalle parce qu’ils n’ont pas encore compris que le secret de la réussite était dans une bonne présentation.
Alors, amis loqueteux, s’il vous plaît, de la tenue ! Faites un effort ! Et si c’est foutu pour vous dans cette vie-là parce que vous êtes indécrottables, essayez au moins de vous convertir au bouddhisme et de vous réincarner en personnes un peu plus joviales et plus chics. Vous verrez alors quel plaisir c’est d’entendre les grands argentiers vous féliciter pour votre look impeccable, et de sentir des pépites dans la paume de votre main en remerciement de votre sourire servile.
Chraz etc