Certes, on me dira que dans le contexte actuel, je suis hors-sujet, mais⊠mĂȘme en pleine rĂ©volution, la langue française mĂ©rite tout notre intĂ©rĂȘt et je n'arrive pas Ă retrouver ton magnifique billet sur les rĂšgles de transcription du discours direct. Serait-il possible de rĂ©cupĂ©rer le lien ? PitiĂ©, je le cherche depuis des mois et je n'en dors plus la nuit.
Jâai eu une inspiration subite ce matin, alors que je me prĂ©parais Ă passer ma journĂ©e sur #la linguistique câest chic et que jâai eu la prĂ©sence dâesprit de vĂ©rifier si je nâavais pas des billets classĂ©s sous #typographie⊠et jâen ai !
Je rassemble les deux ici parce quâils ne sont pas trĂšs longs et quâils mĂ©ritent certainement leur petite sortie annuelle au soleil. Ăa sauve des vies, la typographie. Ceux qui diront le contraire sont au service de la conspiration internationale des scripteurs SMS !!!
1. Typographie et ponctuation
(Question dâorigine :« Pourquoi vous laissez toujours un space [sic] entre la derniĂšre lettre d'un mot et le signe d'interrogation ou exclamation? »)
Bon. Virgule,  point et points de suspension, comme on le sait, ne demandent dâespace insĂ©cable quâĂ leur suite ; les parenthĂšses ouvrantes, avant elles, et les parenthĂšses fermantes, aprĂšs elles. Les crochets fonctionnent sur le mĂȘme modĂšle. Lâapostrophe requiĂšre un espace aprĂšs elle. En revancheâŠ
La typographie française diffĂšre de lâanglaise et exige une espace (oui, une, câest bien le terme typographique !) insĂ©cable avant et aprĂšs les  points dâexclamation (!) et dâinterrogation (?), le point-virgule (;) et le deux-points (:), ainsi que les guillemets (en français, on se sert des guillemets chevrons «») mais aussi le tiret (â). Je rappelle au passage quâil ne sâagit pas du trait dâunion (-, sur la touche 6 en haut du clavier) ni du trĂšs long tiret de la typographie anglaise (â) mais bien dâun tiret spĂ©cifique. En rĂ©alitĂ©, le tiret anglais correspond Ă un cĂŽtĂ© complet dâun carrĂ© typographique, ce pourquoi il est appelĂ©e tiret cadratin ; alors que le tiret français est demi-cadratin.
Lâexception : la barre de fraction ! On est libre de choisir si lâon prĂ©fĂšre ne pas laisser dâespace, ou en laisser une avant et aprĂšs.
Comme dâhabitude, on sâest mis Ă faire nâimporte quoi Ă lâĂ©crit par influence amĂ©ricaine, mais il faut dire aussi que lâavĂšnement du SMS nâa pas arrangĂ© les choses, puisque pendant longtemps nous avons eu des forfaits tĂ©lĂ©phoniques limitĂ©s oĂč chaque caractĂšre, espaces comprises, comptaitâŠ
La rĂšgle simple : signe de ponctuation simple = une espace. Double = deux.
(En gĂ©nĂ©ral, lâĂ©diteur est meilleur typographe que lâauteur.)
2. Typographie du dialogue
(Question dâorigine : « j'ai un vague souvenir de toi parlant de conventions typographiques, du coup est-ce que je peux te demander comment on est censĂ©s introduire le dialogue dans un rĂ©cit? je m'y perds un peu entre tirets, guillemets et retours Ă la ligne»)
Argh, il faut vraiment que je lâĂ©crive, ce post, mĂȘme si je risque encore de me faire accuser de psycho-rigiditĂ© maniaque par quelques-uns. LORTOGRAF ON SANS BRANLE LOLILOL. Tu sais bien. Le type lycĂ©en montĂ© en graine. Sales petites crĂ©atures visqueuses, etc.
Enfinbonbref, le dialogue en français requiert des guillemets double chevron, plein dâespaces insĂ©cables, des tirets cadratins et de la suite dans les idĂ©es. Cela dit, le principe nâest pas si compliquĂ© :
« Jâaimerais connaĂźtre les conventions typographiques du dialogue.
â Le dialogue en français ?
Je rappelle que ce tiret long (â) est appelĂ© tiret cadratin parce quâil fait la longueur du cadratin, une unitĂ© de mesure typographique en forme de carrĂ©. Câest ce tiret que lâanglais utilise souvent pour des propositions incises au lieu de parenthĂšses, et sans espace, alors que le français utilisera pour la mĂȘme occasion le tiret demi-cadratin (â) avec une espace insĂ©cable avant et aprĂšs. Le français a une typographie trĂšs aĂ©rĂ©e. Le tout petit tiret qui sert au trait dâunion (-) est identique au signe moins.
Pour obtenir un tiret cadratin par frappe au clavier, utilisez alt + 0151 avec le pavĂ© numĂ©rique ! Le demi-cadratin sâobtient par alt + 0150, mais sous Word lâauto-correction devrait transformer le signe moins en demi-cadratin, avec les bons espaces, si besoin est.
Bon, oĂč en Ă©tais-je ? Ah, oui : le dialogue.
« Bon, oĂč en Ă©tais-je ? dis-je. Ah, oui : le dialogue.
â Je ne suis pas sĂ»re de tout comprendre, rĂ©pliqua Orsenna. Tu ne fermes pas les guillemets Ă chaque fois ?
â Non, pas en français. En anglais, en revanche, chaque rĂ©plique doit ĂȘtre encadrĂ©e de guillemets, » expliquai-je.
La rĂšgle est plus simple quâon pourrait le penser : il ne peut y avoir quâune seule paire de guillemets par dialogue, câest-Ă -dire des guillemets ouvrants au dĂ©but et des guillemets fermants Ă la fin. Entre les deux, tout ce qui participe du dialogue. Ensuite, une fois les guillemets fermĂ©s, on va Ă la ligne pour continuer le rĂ©cit proprement dit, lâidĂ©e Ă©tant de bien sĂ©parer le dialogue afin de ne pas porter Ă confusion.
Par ailleurs, les conventions dâimpression exigeant un petit alinĂ©a en dĂ©but de ligne, le dialogue sâen trouve dâautant plus marquĂ© :
 CâĂ©tait par un dimanche aprĂšs-midi de janvier, gris et morne. Orsenna mâavait demandĂ© de lui rĂ©diger un post explicatif sur la typographie du dialogue en français (tant il est vrai que lâon sây perd, Ă force).
 « J'ai un vague souvenir de toi parlant de conventions typographiques⊠commença-t-elle.
  â Câest exact, rĂ©pondis-je aussitĂŽt.
  â Du coup, est-ce que je peux te demander comment on est censĂ©s introduire le dialogue dans un rĂ©cit?
 â Oui, je vais te rĂ©pondre tout de suite. »
 Et je mâattelai Ă la tĂąche immĂ©diatement, avec Ă la pensĂ©e les critiques futures des inconditionnels de lâapproximation.
Me fais-je comprendre ? Ceci, en passant, est le systĂšme « dix-neuviĂšme » comme on lâappelle parfois en typographie contemporaine, parce que lâon voit de plus en plus de livres qui ne sâembarrassent mĂȘme plus des guillemets dans lâimpression du dialogue et se contentent de tirets. Je prĂ©fĂšre la vieille mĂ©thode, non pas par snobisme mais bien parce que je la trouve bien plus lisible, surtout quand lâauteur use et abuse du dialogue, justement. Je suis sĂ»re que la nouvelle mĂ©thode de certains Ă©diteurs devraient en revanche rassurer beaucoup de personnes :
 Il faisait vachement moche et jâhĂ©sitais Ă partir faire la sieste quand je reçus un message dâOrsenna qui me demandait ceci :
 â Dis donc, toi qui aimes Ă©taler ta culture littĂ©raire, tu ne saurais pas comment fonctionnent ces putains de guillemets ?
 â Ben si, vu que je sais tout sur tout, rĂ©torquai-je.
 â Ah, ça tombe bien, parce que je crois que jây entrave que dalle.
 Sautant sur lâoccasion de me faire mousser, jâouvris en douce ma table des caractĂšres pour Ă©viter dâavoir Ă taper tous mes raccourcis clavier et mâattelai Ă la tĂąche avec zĂšle.
Il nây a pas une grande diffĂ©rence, câest juste que je suis myope comme une taupe et que jâai toujours trouvĂ© les guillemets moins confusionnants.
Bon, quâest-ce que jâoublie ? Ah, sans doute lâouverture du dialogue ou dâune simple citation, en passant, dans le rĂ©cit. LĂ , il faudra deux points et des guillemets :
 « Tu en as encore Ă©crit une tartine, fit-elle remarquer dĂšs que jâeus postĂ© ma rĂ©ponse en ligne. Je ne fis dâabord aucun commentaire, et puis la tentation fut plus forte et je geignis :
 â Câest toi qui mâa provoquĂ©e ! »
 En mon for intĂ©rieur, je savais bien que mes habitudes pĂ©dagogiques Ă©taient susceptibles de heurter la sensibilitĂ© des plus jeunes, ou en tout cas de tout individu souffrant de dĂ©ficit dâattention, mais du diable si jâallais me laisser dĂ©moraliser par cette pensĂ©e.
 « HĂ© ! dis ! lançai-je. Tu ne trouves pas ça chiant, que lâanglais nâait pas dâespace insĂ©cable digne de ce nom ? »
 Et câest alors que je pris conscience de ce que je nâavais toujours pas expliquĂ© ce quâest une espace insĂ©cable.