Tiens, voilĂ du pudding
Le 14 octobre est le jour du navet dans le calendrier rĂ©publicain, ce qui en fait une date aussi morne que ce lĂ©gume. Il faut passer la Manche pour y dater deux faits historiques dâimportance : le 14 octobre 1066, les troupes normandes de Guillaume le ConquĂ©rant battent les anglaises du Roi Harold (bataille de Hastings) ; le mĂȘme jour en 1322, les Ăcossais sortent vainqueurs de la bataille dâOld Byland lors de la premiĂšre guĂšre dâindĂ©pendance de lâĂcosse. Deux dates victorieuses qui nous rappellent que les Anglais sont des billes depuis au moins mille ans, et quâil en va, dans lâHistoire, de la frontiĂšre irlandaise envisagĂ©e par Boris Johnson comme du mur dâHadrien il y a presque deux millĂ©naires : dâabord on en parle beaucoup, ensuite ça coĂ»te plus cher que prĂ©vu et finalement ça ne sert pas Ă grand chose â Ă part faire mousser des hommes politiques. Si je vous parle de ces dates anciennes dâoutre-manche, câest pour Ă©voquer le 14 octobre, qui serait la journĂ©e internationale du pudding. Jâutilise un conditionnel car câest toujours compliquĂ© de se mettre dâaccord sur les « journĂ©es internationales » de spĂ©cialitĂ©s ridic⊠pardon, typiques, a plus forte raison quâil y a dĂ©jĂ , concernant le pudding, plusieurs journĂ©es nationales : le 13 octobre, le National Yorkshire Pudding day, le 13 novembre, le National Indian Pudding Day, le 12 fĂ©vrier, le National Plum Pudding Day, le 22 mai, le National Vanilla Pudding Day, le 26 juin, le National Chocolate Pudding Day. Deux spĂ©cialitĂ©s sucrĂ©es se chamaillent le 15 juillet, le National Tapioca Pudding Day et le Gummie Worm Day ; le 9 aoĂ»t câest le National Rice Pudding Day et le 19 septembre, le National Butterscotch Pudding Day. Pfiou. Ce qui nous fait une somme improbable de puddings, rien que dâen faire la liste jâai des remontĂ©es acides. Soyons honnĂȘtes, une journĂ©e internationale nous suffira et avec elle, juste une recette pour la commĂ©morer. DâoĂč vient le pudding ? Lâorigine nâest pas certaine, mais on prĂ©ciser sa localisation grĂące Ă lâĂ©tymologie : poten, podin, put, pud dĂ©signent, dans diffĂ©rents dialectes gaĂ©liques, les viscĂšres (boyaux, panse, vessie) dâanimaux qui Ă©taient nettoyĂ©es pour servir de contenant pour cuire les viandes au bouillon. Le pudding, câest donc autant le nom de la prĂ©paration que son mode de cuisson : on cuit une viande dans un boyau. VoilĂ qui vous Ă©voque sans doute le Haggis Ă©cossais mais Ă©galement, Ă plus forte raison, notre boudin quâon pensait franco-français mais dont le nom nâest finalement que la dĂ©formation du (black) pudding anglais. Boudin-pudding, mĂȘme combat. NĂ©anmoins lâhistoire ne sâarrĂȘte pas Ă des considĂ©rations tripiĂšres. Le bag pudding ou (poding) sâest peu Ă peu rĂ©pandu dans toute lâAngleterre. Câest aux Ăcossais quâon doit une innovation majeure consistant Ă remplacer des viscĂšres propres par un linge cousu : on parle alors de clootie pudding (le clootie en Ăcossais vous rappelle le cloth Anglais : le linge, torchon, serviette) dans lequel on fait cuire une masse dâingrĂ©dients amalgamĂ©s. Il faut attendre le dix-septiĂšme siĂšcle pour voir arriver le plum-pudding (sans doute parce les prunes nây Ă©taient pas familiĂšres avant cette pĂ©riode). De cette date, et alors que les moyens (et les ustensiles) de cuisson se modernisent, on trouve toutes sortes de pudding dĂ©finis selon les ingrĂ©dients qui les composent, quâil sâagissent des cĂ©rĂ©ales (le pudding Victoria au riz), de restes mĂ©nagers (bread and butter pudding, welsh pudding Ă la chapelure, cabinet pudding aux biscuits), ou des matiĂšres grasses (graisse de rognon pour le suet pudding, de bĆuf pour le monster pudding, un morceau de bravoure rĂ©alisĂ© de 450kg qui mit trois jours Ă cuire et qui fut distribuĂ© aux ouvriers affamĂ©s de Lancaster victimes de la dĂ©pression du textile â Lancashire Cotton Famine, 1861-65). Le temps passant et avec lui, plusieurs avancĂ©es gastronomiques, le pudding sâest fixĂ© de part et dâautres de lâAtlantique en quelques principes Ă©lĂ©mentaires : une crĂšme Ă la vanille ou au chocolat, cuite au bain-marie â rĂ©miniscence de la cuisson au chaudron, dans au torchon ou en vessie â et enrichie de bricoles variĂ©es. Cette simplification apparente de dĂ©nomination vise autant les procĂ©dĂ©s (prĂ©paration, cuisson) que la texture, dense et riche, quâon attend dâun pudding. VoilĂ pourquoi, Ă lâexception notable de la crĂšme brĂ»lĂ©e qui sâappelle partout pareil, tous nos bavarois, parfait, crĂšmes pĂątissiĂšre et diplomate finissent par sâappeler, faute de mieux, vanilla pudding. La modernisation des moyens de cuisson, autant que la mode, auront favorisĂ© lâessor du pudding, et le voilĂ qui traverse les Alpes. Il nâen fallait pas plus pour italianiser son nom : le budino est, lui aussi, une crĂšme prise aux Ćufs (souvent au chocolat ou au caramel). Bref, voici deux recettes de pudding pour lâoccasion : un classique bread pudding (sorte de pain perdu amĂ©liorĂ©) avec une touche de caramel, ainsi quâun rice pudding qui nâest autre⊠quâun riz au lait. Bread pudding 1. Fouettez ensemble 6 jaunes dâĆufs, 10gr. de maĂŻzena et 350gr. de lait entier. Par ailleurs, faites fondre Ă feu moyen-fort 200gr. de sucre dans une grande poĂȘle sans y toucher. 2. Lorsque le caramel commence Ă se former, mĂ©langez-le dĂ©licatement au sucre encore en poudre. MĂ©langez jusquâĂ obtenir un caramel homogĂšne, un peu brun, voire fumant. DĂ©cuisez-le en versant en un filet rĂ©gulier 350gr. de crĂšme liquide entiĂšre. Le sucre risque de masser (de redurcir en raison de lâĂ©cart de tempĂ©rature entre les deux ingrĂ©dients), mais il finira par refondre. MĂ©langer rĂ©guliĂšrement sans vous impatienter. 3. Versez la crĂšme aromatisĂ©e sur le premier mĂ©lange, en fouettant continument et jusquâĂ obtenir une prĂ©paration homogĂšne. Dans un plat Ă gratin, rĂ©partissez 2 tranches de pain rassis (ou de brioche, vive la France) coupĂ©es en gros cubes ; ajoutez quelques raisins secs, noix, noisettesâŠ, ce que vous trouverez dans vos placards et qui pourra agrĂ©menter la prĂ©paration ! Faites prĂ©chauffer votre four Ă 130°. Faites bouillir 2L dâeau. 4. Versez la prĂ©paration liquide dans le plat Ă gratin. Si les morceaux de pain surnagent trop, immergez-les Ă lâaide dâune fourchette le temps quâils se gonflent de liquide. 5. TransfĂ©rez le plat dans la lĂšchefrite de votre four. Ajoutez lâeau bouillante avec prĂ©caution, puis enfournez 40 minutes. VĂ©rifiez ponctuellement la cuisson : il ne faut plus que la prĂ©paration centre du plat bloblote. Lorsque la prĂ©paration est figĂ©e/cuite, Ă©teignez le four. Laissez lâensemble refroidir avant de sortir le plat de lâeau. 6. RĂ©frigĂ©rez le pudding jusquâau service. Nettoyez votre lĂšchefrite. Invitez des amis pour le thĂ©.
Riz au laitÂ
 1. Cuisez 200gr. de riz rond Ă lâeau bouillante pendant 8 minutes, puis refroidissez-le en lâĂ©gouttant dans une passoire tenue sous un filet dâeau froide. 2. Remettez le riz Ă cuire Ă feu moyen avec 300gr. de lait, 300gr. de crĂšme liquide entiĂšre, 2 ou 3 gousses de vanille fendues et 200gr. de sucre. MĂ©langez ponctuellement. 3. Lorsque le riz est encore lĂ©gĂšrement ferme sous la dent mais quâil reste du liquide, couvrez la casserole et laissez finir de cuire Ă lâĂ©tuvĂ©e, hors du feu. Si le liquide sâest Ă©vaporĂ© trop vite, rajoutez de la crĂšme, puis attendez la reprise dâune petite Ă©bullition avant de retirer du feu. 4. Laissez parfaitement refroidir jusquâĂ dĂ©gustation. Si vous craignez que son aspect « enduit de rebouchage » vous colmate lâestomac, vous pouvez de façon optionnelle lier le riz au lait (une fois refroidi) avec une chantilly ou une crĂšme anglaise peu sucrĂ©es (sur le mĂȘme mode quâun risotto quâon fouette avec un peu de beurre en fin de cuisson). Le riz au lait se conservera sans problĂšme plusieurs jours au frais et plusieurs mois dans un mur dont il aura rebouchĂ© les trous.














