Startup Mistake #4 : monter un projet web sans compétences web
Comment monter un projet web quand on a aucune compétence web?
Si j'allais tout de suite à la conclusion je dirais que l'idéal est de s'entourer d'un co-fondateur développeur, autrement appelé CTO (Chief Technology Officer)! Avoir un associé développeur c'est l'assurance d'aller plus vite dans l'exécution, de maitriser son développement produit et de limiter les coûts. L'idéal en somme. Sauf que s'entourer d'un CTO c'est plus facile à dire qu'à faire. Sachez-le messieurs dames, à l'heure où la France déplore ses 3 millions de chômeurs, les entreprises cherchent des développeurs et font face à une grande pénurie. Sur ce marché de l'emploi où les développeurs sont les rois, les startups en création ont peine à attirer des CTO à qui elles ne peuvent offrir que des parts de société mais pas de salaire. Alors sans CTO, il ne reste plus qu'une solution : payer un prestataire extérieur.
C'est le choix que j'ai fait avec Ma Jolie Tombe. Et ce fut la totale improvisation, ainsi qu'un demi-échec. Dans la série, "Je ferai mieux la prochaine fois", je partage avec vous mes quelques erreurs/apprentissages en tant qu'apprenti chef de projet web.
1. Prendre un prestataire oui. Mais qui?
Ma 1ere difficulté a été de trouver à qui m'adresser. A l'époque, le projet était (trop) ambitieux puisqu'il devait permettre au client de faire sa propre personnalisation automatisée d'une jolie tombe directement sur le site avant de passer commande. J'ai demandé à un ami développeur s'il connaissait quelqu'un pour travailler avec moi. Il m'a répondu que ce n'était pas une personne qu'il me fallait mais au moins 3 : un lead développeur, un développeur flash et un designer.
[...] Silence. Déception. Pleurs.
J'ai refusé d'emblée de travailler avec une agence parce que j'avais déjà eu une très mauvais expérience qui m'avait amené jusqu'au tribunal de commerce avec une perte sèche pour la société de 30k. Du coup, je me suis mise à chercher ces trois compétences en freelance. Je les ai trouvé sur recommandation et le travail a commencé.
Quand je dis que le travail a commencé, je veux dire qu'on a commencé à s'assoir autour d'une table pour discuter de ce que je voulais. Et là , patatrac! Je pensais savoir ce que je voulais, mais je me suis vite retrouvée muette voire impuissante devant la somme de questions et d'attentes que mes interlocuteurs avaient pour commencer à exécuter. J'ai basculé de plein pied dans un monde parallèle jargonneux que je ne comprenais pas. Et surtout, on me demandait d'envisager toute l'architecture du projet dans les moindres détails, ce que je me sentais incapable de faire. J'ai donc vite compris qu'il allait falloir que je recrute un nouveau freelance pour dialoguer avec cette équipe technique : un chef de projet.
3. Cahier des charges ou pas cahier des charges?
Une des premières questions que l'on m'a posé c'est si je voulais développer en mode agile - c'est à dire me laisser la possibilité de faire évoluer la demande au fur et à mesure - ou si je voulais établir un cahier des charges préalable. Je n'avais aucune idée de comment gérer moi-même l'une ou l'autre des solutions. J'ai bien compris que l'équipe était très demandeuse d'un cahier des charges, même si celui-ci pouvait évoluer à la marge. L'expérience m'a appris qu'un freelance a besoin de savoir quand il pourra considérer un travail fini pour la facturation et pour caler d'autres projets dans son agenda. Aux oubliettes l'agilité! Je me suis lancée dans la rédaction d'un cahier des charges avec le chef de projet récemment engagé.
4. Exécutant ou concepteur?
J'ai également découvert à la même période qu'il existait deux profils de techniciens : les exécutants et les concepteurs. Les premiers exécutent un cahier des charges avec pas ou peu d'initiatives, le degré d'investissement étant très variable. Puis il y a le concepteur (ou designer) qui a la charge de penser et concevoir le produit, le site, la plateforme, avant de produire des spécifications techniques utiles au développement. Naïvement, je pensais que tous les développeurs pouvaient faire les deux et naïvement je pensais au moins que "mes" freelance pourraient concevoir ce que moi j'étais incapable de faire - et pourtant ils étaient très compétents - mais je me suis trompée. My mistake!
5. Des délais qui explosent
Bien entendu tout ce que j'ai résumé en 4 petits points ci-dessus m'a pris plusieurs mois à réaliser. Des mois pendant lesquels le développement du produit a à peine débuté. Des mois de retards accumulés parce que je ne savais pas gérer le projet web mais aussi parce que j'ai dû apprendre à manager 5 personnes (oui on est passé à 5 quand il a fallut prendre un intégrateur). J'ai manqué de beaucoup de fermeté et de rigueur sur le timing, sur les relances, sur les tests. Je me laissais "gentiment" abusée par du jargon, par mon ignorance totale de ce qui est simple et ce qui est complexe, par mon incapacité à juger la qualité du travail produit. Résultat : 8 mois de travail pour aboutir à un projet qui comme vous le savez déjà ne correspondait pas du tout aux attentes du public.
6. Le temps c'est de l'argent n'est-ce pas?
MĂŞme si je hais personnellement cette maxime, il n'en reste pas moins qu'elle est parfaite pour illustrer le rĂ©sultat de 8 mois passĂ©s Ă dĂ©velopper un produit inutile : un joli gâchis financier. Des mois sans faire de chiffre d'affaires, des mois sans se verser de salaire, des mois (de trop) Ă payer les gens sans se rendre compte que l'on va dans une mauvaise direction...Â
7. Se former aurait été bien utile
MĂŞme si j'ai appris de mes erreurs et que je suis montĂ©e en compĂ©tences avec ces mois de galère, je conseille Ă tous de se former avant de commencer un projet web. Apprendre Ă coder, apprendre un langage, apprendre, apprendre, apprendre pour comprendre de quoi vous parlent les dĂ©veloppeurs. Favoriser cette comprĂ©hension et ce dialogue entre vous et un technicien est essentiel Ă la bonne marche d'un projet.Â
J'ai considérablement haussé mon niveau de maitrise web depuis mais je regrette que ça se soit fait au détriment du projet. Aujourd'hui, je déciderais soit d'apprendre à coder avant de me lancer, soit de passer plus de temps à trouver le fameux CTO!