Fibromyalgie, le dĂ©fi de lâimpossible de Carole : âJe veux surtout et tout simplement me sentir vivante ! Et mon optimisme dĂ©bordant fera le reste !â
Lâaventure MyVictories se traduit pour nous par des rencontres riches et inspirantes... et parfois pour notre plus grand bonheur, nous inspirons aussi des dĂ©fis. Carole Robert, prĂ©sidente de lâassociation Fibromyalgie France, se dĂ©crivait dans un premier tĂ©moignage comme âune rĂ©signĂ©e positiveâ, â ce qui laisse la place Ă encore plein de dĂ©fisâ !Â
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La preuve, elle sâest lancĂ©e cette annĂ©e âun dĂ©fi de lâimpossibleâ : partir sur les routes de France avec son vĂ©lo en solitaire pour parler du "Vivre avec la fibromyalgie". Un dĂ©fi dâautant plus difficile quâelle souffre de plusieurs pathologies - dont la fibromyalgie. Mais sa dĂ©termination et sa bonne humeur seront ses meilleurs atouts pour le rĂ©aliser !Â
Rencontre avec une femme enjouĂ©e, engagĂ©e, dotĂ©e dâune Ă©nergie de vie dĂ©bordante... dans une interview qui nous a donnĂ© des frissons dâĂ©motions !
Pouvez-vous vous prĂ©senter en quelques mots ?Â
Jâai 64 ans, je vis seule (mais je ne me sens pas isolĂ©e) et je suis en retraite pour invaliditĂ© depuis dĂ©cembre 2010. Je viens de passer 5 annĂ©es compliquĂ©es, difficiles, dĂ©routantes sur le plan santĂ©.
Je souffre de douleurs chroniques depuis lâĂąge de 15 ans qui, aprĂšs 20 ans dâerrance, ont Ă©tĂ© diagnostiquĂ©es initialement « sclĂ©rose en plaques probable » dans sa forme la plus faible, pour finalement, en 1998, voir ce diagnostic devenir « vous avez une fibromyalgie, nous ne savons pas trop ce que câest, nous ne savons pas comment vous soigner, mais il vous faudra vivre entourĂ©eâŠ! ».
Câest toute une vie de douleurs non expliquĂ©es, handicapantes, non justifiĂ©es, et qui ont entraĂźnĂ© beaucoup de souffrances : peur de ne pas pouvoir se maintenir dans lâemploi, de ne pas pouvoir Ă©lever ses enfants « jusquâau bout », peur de perdre son autonomie. Je vivais au milieu de mes propres ruinesâŠ
Ce qui a motivé cette entrée dans ce combat associatif que je ne pensais pas mener aussi longtemps, et, 18 ans aprÚs, de me lancer un tel défi.
Me prĂ©senter, câest parler forcĂ©ment de cet engagement dans le combat associatif « fibromyalgique » depuis 1998, soit depuis 18 ans ! Une grande partie de mon quotidien.
Mais, je fais un constat amer que, mĂȘme si le dossier avance par la dĂ©termination dâune poignĂ©e de bĂ©nĂ©voles en France, celui-ci aurait abouti bien plus rapidement par le nombre et les moyens dont ne bĂ©nĂ©ficient pas les associations de fibromyalgiques. En effet, si les malades sâĂ©taient regroupĂ©s massivement dans les associations, Ă lâinstar des « grosses » associations qui, avec plus de 10 000 adhĂ©rents ont pu faire rapidement « bouger les lignes », nous aurions eu une audience plus prĂ©coce et construite au niveau des institutions, du corps mĂ©dical et du psycho-social !
Câest un constat qui, tant dâannĂ©es aprĂšs, laisse des questionnements en suspens, dont celui qui nous est rĂ©guliĂšrement posĂ© : pourquoi est-ce que les fibromyalgiques, sâils disent aller si mal, ne sont pas plus nombreux Ă rejoindre les associations pour que leurs revendications soient fortes, par le nombre et les moyens financiers⊠Pourquoi ne donnent-ils pas au combat â leur combat - toutes les chances dâaboutir en soutenant les structures qui les reprĂ©sentent ?
Je nâai pas la rĂ©ponse 15 ans aprĂšs la crĂ©ation de Fibromyalgie France !
Alors jâai besoin de prendre de la distance aprĂšs ce long combat et de disposer du recul suffisant pour me poser les bonnes questions. Le dĂ©fi que je me lance aujourdâhui en est aussi une des raisons.
De quelles maladies souffrez-vous et depuis combien de temps ?Â
La fibromyalgie est une prison dont les murs sont invisibles !
Il y a 5 ans, aprĂšs un AVC pris en charge trĂšs rapidement (miraculĂ©e de la SalpĂ©triĂšre), jâai Ă©tĂ© une vingtaine de fois hospitalisĂ©e dont la moitiĂ© en urgence (survivante de LariboisiĂšre). Mon cĆur ne se calmait quâavec une prise de 15 molĂ©cules diffĂ©rentes par jour. Je nâen voyais pas la fin. Câest ainsi que lâon a dĂ©couvert un problĂšme cardiaque qui Ă©tait ancien et qui avait Ă©tĂ© en partie cachĂ© par la fibromyalgie !
A la suite de ce constat, on a diagnostiqué une insuffisance rénale avérée, camouflée elle aussi derriÚre ce diagnostic de fibromyalgie !
Une prise de poids consĂ©quente a ensuite « permis » de diagnostiquer un prĂ©-diabĂšte, et, alors que je mâarmais dâun podomĂštre pour gaillardement faire 10 000 pas par jour Ă la demande du nutritionniste, je fus stoppĂ©e net dans mes efforts en raison des douleurs aux jambes aussi imputĂ©es Ă la fibromyalgie : en rĂ©alitĂ© je souffrais dâune polyneuropathie sensitive.
Et⊠pourtant le diagnostic de fibromyalgie a Ă©tĂ© Ă nouveau confirmĂ© cette annĂ©e ! Je tenais Ă le « vĂ©rifier » aprĂšs toutes ces maladies qui les unes aprĂšs les autres viennent compliquer ma qualitĂ© de vie⊠et bientĂŽt dâautonomie ?
Comme vivez-vous aujourdâhui avec ces maladies ?Â
Je suis devenue une rĂ©signĂ©e positive (voir le premier interview que vous mâaviez proposĂ© il y a deux ans). Je dĂ©teste avoir Ă prendre un traitement aussi lourd, nouvelle prison, car la dĂ©pendance nâa jamais fait partie de mon idĂ©al de vie. Je les prends car jâai bien compris que je suis passĂ©e de douloureuse chronique Ă malade en danger de⊠vie !
Mes facteurs de risque sont tels quâil mâa Ă©tĂ© proposĂ© de faire une Sleeve pour perdre rapidement les 25 kilos gagnĂ©s par la non-mobilitĂ© que mâimposent les douleurs, parce que jâai adoptĂ© une attitude dâĂ©vitement des efforts pour ne pas avoir mal, pour ne pas paniquer mon cĆur, aggraver la polyneuropathie. Jâai refusĂ© la Sleeve, les facteurs de risques Ă©tant eux aussi trop importants, surtout lors de lâanesthĂ©sie. Un cercle vicieux !
En refusant la sleeve je me suis mise dans la situation de vaincre autrement ces kilos ! DâoĂč la naissance de ce dĂ©fi.
Pouvez-vous nous parler de ce fameux dĂ©fi que vous avez Ă©voquĂ© ?Â
Je pars sur les routes de France en vĂ©lo, seule, avec pour tout bagage le strict nĂ©cessaire et une tente. Câest un dĂ©fi de lâimpossible !
Je sais que les douleurs, que je gĂšre mieux car je ne fais plus dâefforts et que ma vie est apaisĂ©e, vont prendre le dessus, devenir dominantes. Mais jâen prends le risque. Je ne veux plus ĂȘtre Ă la merci des maladies qui mâont tĂ©tanisĂ©e, freinĂ©e, isolĂ©e !
Je veux aussi, fidĂšle Ă mon engagement associatif, parler de la fibromyalgie lors de mes Ă©tapes, complĂ©ter ce combat qui fut lourd mais si prometteur ces derniĂšres annĂ©es, tant auprĂšs du ministĂšre de la santĂ© depuis deux ans en particulier, que des institutions de façon gĂ©nĂ©rale, et du corps mĂ©dical en particulier, par un moment (en principe deux mois) pendant lequel je vais faire le point, me retrouver face Ă moi-mĂȘme, alors que je sais pertinemment que toutes ces pathologies vont aller en sâaggravant et se potentialiser.
Et je veux parler de la fibromyalgie et de ce quâelle cachait⊠Ăveiller les consciences, faire comprendre et admettre, muscler mon corps qui a beaucoup souffert des longues pĂ©riodes alitĂ©es.
Jâai tant fait de deuils. Je crois que jâai fait aussi le deuil de moi.
Je veux surtout et tout simplement me sentir vivante !
Et mon optimisme débordant fera le reste !
OĂč en ĂȘtes-vous de ce dĂ©fi ?Â
Il a mĂ»ri dans ma tĂȘte. Je me suis documentĂ©e sur le matĂ©riel dont je vais avoir besoin :  un vĂ©lo (avec assistance Ă©lectrique pour les moments difficiles, seule exigence de mon cardiologue et mĂ©decin de mĂ©decine interne), une tente lĂ©gĂšre de motard permettant de protĂ©ger le vĂ©lo (ne pas vivre avec lâangoisse de se le faire voler) et ma bonne humeur.
Nous, DaniĂšle que je remercie ici de tout cĆur, avons créé un blog afin que je puisse ĂȘtre suivie, communiquer par newsletter avec ceux qui sâinscriront, poster des photos et vidĂ©os, entrer en contact avec les personnes qui voudront parler fibromyalgie au fil de mes dĂ©placements (premiĂšre partie de Bayonne Ă Rouen).
Fibromyalgie France va lancer aussi un appel aux dons afin dâaider Ă aller au bout de ce projet auquel je participerai aussi financiĂšrement puisque ce dĂ©fi est rĂ©alisĂ© Ă 50% pour lâassociation et Ă 50% pour moi-mĂȘme. Le don sera destinĂ© Ă Fibromyalgie France sur la page spĂ©cifique des 15 ans.
Comment vous y prĂ©parez-vous ?Â
Jâai commencĂ© sur conseil des mĂ©decins Ă faire du vĂ©lo dâappartement, prĂ©paration essentielle et nĂ©cessaire, avant de mâaventurer sur les routes. Je vais aussi essayer de muscler mes bras car jâai du mal Ă tenir le vĂ©lo non chargĂ©. Donc imaginons aprĂšsâŠ
Je me prĂ©pare psychologiquement Ă me dire que je ne saurai pas chaque soir oĂč je vais dormir. Pour lâinstant cela me fait plutĂŽt rire ! Je ne sais pas si ce sera le cas sur place.
Trouver des sponsors pour un soutien financier, et aussi des interlocuteurs professionnels afin de pouvoir, en tant que Présidente de Fibromyalgie France, échanger sur la fibromyalgie.
Et le soutien de personnalités, pour le cÎté essentiel « humain » !
Quâest ce quâil vous faudrait pour y parvenir ?
Mais jâai tout pour y parvenir !
Ma bonne humeur.
Ma bonne étoile.
Ma résignation.
Mon optimisme.
Et plein de belles personnes qui mâentourent !
Et, jâallais oublier, le rireâŠ
Pour finir, avez-vous un message Ă faire passer ?Â
Vous ne mâen voudrez pas, mais je vous le ferai passer Ă mon retour ! Je sais juste que ceci est un dĂ©fi en thĂ©orie impossible avec ce cortĂšge de pathologies, mais que jâai une Ă©nergie de vie hors norme et que partir ainsi, Ă lâaventure, est un dĂ©fi dont je reviendrai Ă nouveau grandie.
Pour in fine fermer une porte et en ouvrir une nouvelle.
Et⊠je nâai pas peur !
Je peux partager en attendant ces phrases qui mâont accompagnĂ©e et motivĂ©e toute ma vie :
« Je ne sais pas dâoĂč je viens, je ne sais pas oĂč je vais, je mâĂ©tonne dâĂȘtre aussi heureux »
et bien entendu :
« Ce nâest pas parce que les choses sont difficiles que nous nâosons pas, mais parce que nous nâosons pas quâelles sont difficiles » !
Merci SĂ©nĂšqueâŠ
Suivez son défi sur son blog : http://fibromyalgie-defi-carole-robert.e-monsite.com/