Keersmaeker Ă Garnier.
Journal de bord de la #keersmaekerteam
Dimanche 8 novembre, c’était la dernière du ballet présenté par Anne Teresa de Keersmaeker à l’Opéra de Garnier. Nous y étions bien installées pour découvrir le travail de cette chorégraphe qui nous intrigue et qui est le point de départ de notre travail de plan-séquence. Voyons ce qu’il se passe réellement derrière la caméra, l’essence même du geste, du déplacement et surtout l’effet du point de vue fixe du spectateur du théâtre. Que le spectacle commence !
"Chaque danseur est comme un instrument de musique, qui a sa sonorité et sa couleur propres.-" Anne Teresa De Keersmaeker
Bartók/Beethoven/Schönberg à l’Opéra Garnier. Ce ballet est un triptyque qui témoigne des singuliers dialogues d’Anne Teresa de Keersmaeker avec les grandes partitions de la musique classique. Le travail sur le Quatuor n°4 de Bartók relève du premier style de De Keersmaeker : une combinatoire de courts motifs, déployés avec un humour sec par un quatuor de jeunes filles à la féminité adolescente. La virtuose chorégraphie de la Grande Fugue de Beethoven, très masculine cette fois et basée sur la figure de la chute, permet de mesurer le mûrissement de la technique compositionnelle de la chorégraphe. Le troisième volet, La Nuit transfigurée de Schönberg, dévoile enfin sa part la plus secrète avec l’évocation quasi narrative d’un couple transfiguré par le don d’amour – à l’image d’une danse possédée par la mélomanie. Ces trois ballets composent un ensemble à la fois poétique et mystérieux.
VOUS POUVEZ VOIR LE SPECTACLE >ICI<
NOS POINTS ♡.
Gestuelle mécanique. Comme nous l’avions analysé dans l’ensemble chorégraphique FASE >ici<, un répertoire de mouvements mécaniques constitue le langage corporel d’ATK. Mais son travail se situe davantage dans la façon dont elle les articule entre eux, les répètes, les déconstruits pour concevoir une dynamique générale. Dans ce spectacle, elle questionne sans cesse la façon dont nous les percevons dans un ensemble: synchronisation, désynchronisation, accélérations et ralentissements. En instaurant une temporalité propre à chaque danseur, elle nous plonge dans une forme qui évolue sans cesse et pourtant plusieurs fois nous avons eu l’impression de revoir des mouvements familiers.
Esthétique brute. Ce qui nous a marqué et nous inspire pour le projet cinéma, c’est l’esthétique singulière d’ATK. Minimaliste, sobre et sans artifice, elle connote un univers brut où rien n’est caché, tout est assumé. Les danseurs étaient en permanence sur scène, l’effort visible et toujours poussé à l’extrême, le décor résumé à quelques éléments pour renforcer une ambiance, chaque projecteur, structure technique mis en avant et géométriquement organisés. Nous avons ressenti une forme d’intimité avec les danseur, comme s’ils partageaient avec nous un «entrainement» pendant lequel ils recommencent, tournoient, reviennent en arrière, persistent. Parfois, dans un silence rythmé de leurs impacts au sol et gémissements, l’atmosphère nous emportait totalement.
Trame géométrique. Notre attention s’est aussi portée sur la façon dont les danseurs investissent l’espace. Toujours dans une diagonale, une courbe, une traversée, ils guident notre regard d’un côté à l’autre de l’espace. Cet aspect géométrique du déplacement est un facteur récurrent chez ATK, ses chorégraphies répondent à des trames dessinées et apportent une dynamique et un rapport au spectateur intriguant.
Nous voila maintenant pleines d’entrain et d’envies pour continuer en vidéo. Comment rompre ce rapport frontal au public ? Quel peut être l’intérêt dramatique des mouvements chorégraphiques ? Comment peut-on obtenir un aspect visuel fort avec peu d’éléments ? Peut-on retranscrire et faire ressentir le rythme de la danse au cinéma ? …
Andréa & Clara.













