Le fait que l’art se glorifie dans l’artiste créateur signifie une grande altération de l’art. L’art accepte de se subordonner à celui qui l’exerce, de s’épuiser en lui. (…) créateur est le nom que l’artiste revendique, parce qu’il croit prendre ainsi la place laissée vide par l’absence des dieux. Ambition étrangement trompeuse. Illusion qui lui fait croire qu’il sera devenu divin, s’il se charge de la fonction la moins divine du dieu, celle qui n’est pas sacrée, qui fait de Dieu le travailleur des six jours, le démiurge, le « bon à tout faire ». Illusion qui, de plus, voile le vide sur lequel l’art doit se refermer, qu’il doit d’une certaine manière préserver, comme si cette absence était sa vérité profonde, la forme sous laquelle il lui appartient de se rendre présent lui-même dans son essence même. (…) L’artiste qui se dit créateur ne recueille pas l’héritage du sacré, il met seulement dans son héritage le principe suréminent de sa subordination.
Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, Gallimard, 1955













