Maudits silmarils, livre 3 : L'entremetteur, II
Comme toujours à Gondolin, l'atmosphère était moins pesante qu'en Hithlum, mais tout aussi fatale aux célibataires.
« Regarde, Idril… Le seigneur Voronwë… Il paraît qu'il n'est pas fiancé. Et l'on dit qu'il aime la nature, comme toi. »
« Pourquoi me parlez-vous de ça, Père ? Ce n'est pas encore pour essayer de me marier, j'espère. »
« Marier, marier… En voilà un bien grand mot. Vous pourriez commencer par avoir quelques rendez-vous, pour apprendre à mieux vous connaître… Quelques heures passées sous les étoiles, main dans la main, ça marche toujours ce truc-là ... »
« Mais le seigneur Voronwë n'est pas vraiment mon type, je crois. »
« Et Penlodh ? Tu ne trouves pas que c'est un bel homme ? Regarde ces belles oreilles qu'il a. »
« Et ses cheveux ? Regarde ses cheveux... Ils sont tout longs et lisses, y'a pas un poil qui dépasse. »
« Et leur couleur... On dirait la couleur des noisettes, dorées par le soleil... »
Le visage d'Idril se plissa soudain autant que du papier trempé dans l'eau... Du moins si du papier trempé dans l'eau pouvait avoir l'air aussi soupçonneux.
« Je ne veux pas épouser Idril ! » répondit Penlodh.
« Mais pourquoi pas ? Vous feriez un si beau couple… Elenwë était Vanya, et votre mère l'est aussi… Et… Vous aimez marcher pieds nus dans l'herbe, non ? »
« Occasionnellement. »
« Hé bien voilà deux points communs ! Vous êtes faits l'un pour l'autre ! »
« Majesté, j'ai beaucoup de considération pour la princesse votre fille. Cependant, ces derniers temps, nous sommes devenus très proches. »
« Je sais », dit alors Turgon d'un air pénétrant, et aussi un peu effrayant.
« La Princesse a repris ses études », compléta le ministre. « Et je supervise son éducation, ainsi que tout ce qui a trait à son bien-être psychologique, un peu comme un père le ferait pour sa fille. »
Une expression d'abord indescriptible se fit sur le visage de Turgon, se froissant comme du papier mâché, puis elle se précisa en une franche détresse.
« Mais Itarillë a déjà un père... »
« Bien sûr », se hâta de dire Penlodh. « Je veux dire, une sorte de second père. »
A la suite de cet échange, Turgon apparut perturbé pendant plusieurs mois.
Un matin, il s'arrêta devant un chevalier, et lui déclara mystérieusement :
« Je crois que je suis un mauvais père. »
Ce chevalier se trouvait être Ecthelion, qui ne comprit rien du tout.