La Lagune survolait les flamants roses
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Nous avons choisi de nous atteler Ă Peter Pan, un classique de la littĂ©rature jeunesse anglaise ; tout dâabord par gout pour lâunivers foisonnant et riche de J.M Barrie, mais aussi du fait dâune volontĂ© dâessayer de revisiter une Ćuvre colossale -les textes mentionnant Peter Pan Ă©tant multiples et divers- dĂ©jĂ connue par le public et dont les images ont imprĂ©gnĂ© lâimaginaire de plusieurs gĂ©nĂ©rations. Le premier texte mentionnant Peter Pan, date de 1902, et depuis de nombreuses adaptations ont vu le jour. Câest une sorte de dĂ©fi, câest Ă dire parvenir Ă provoquer chez le spectateur de la curiositĂ© et de lâĂ©tonnement Ă partir dâune histoire quâil connait bien. Nous ne voulions pas nous contenter de lui offrir un spectacle confortable, traditionnel. Par cela nous entendons que notre but nâĂ©tait pas uniquement de lui prĂ©senter une jolie forme spectaculaire poĂ©tique et ludique, agrĂ©able Ă regarder. Ces Ă©lĂ©ments sont bien sĂ»r importants, dâautant plus que notre spectacle se veut accessible et plaisant aux petits comme aux plus grands. Mais nous souhaitions aussi lui apporter une autre dimension.  Lâun des enjeux qui, au cours de nos Ă©tudes, nous est apparu rĂ©guliĂšrement comme primordial et intrinsĂšquement complexe, est le rapport du spectateur Ă ce qui lui est prĂ©sentĂ© sur scĂšne. Nous avons voulu tenter de  rendre le spectateur actif, physiquement. De lâintĂ©grer petit Ă petit au spectacle. En parallĂšle de nos recherches le problĂšme du libre arbitre du spectateur est apparu. Nous ne voulions pas lui forcer la main, quâil se sente pris au piĂšge. Nous avons donc rĂ©flĂ©chi Ă la crĂ©ation dâun cadre conviviale et intime permettant Ă chacun de trouver une place qui lui est propre au cours du spectacle. Câest Ă partir de lĂ que lâidĂ©e de la table, un meuble propice au partage autant quâĂ la crĂ©ation, sâest faite plus prĂ©cise et prĂ©sente dans nos esprits. Mais nous dĂ©velopperons le dispositif que nous avons choisi un peu plus loin. Nous voulions un spectacle comportant un nombre restreint de spectateur, oĂč aucun spectateur nâest laissĂ© dans lâombre. Câest dans cette optique que nous souhaitons faire en sorte quâaucun dâeux ne puisse se cacher dans un fauteuil Ă©loignĂ© de la scĂšne, nous voulions que chacun dâeux soit
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visible par les membres agissant du spectacle ainsi que par ses pairs spectateurs. Ce serait une sorte de double prĂ©sence du spectateur. Le processus demande encore Ă ĂȘtre Ă©prouvĂ© au plateau, mais aux vues des quelques expĂ©riences que nous avons menĂ© il semble prometteur. De plus, le fait de ramener rĂ©guliĂšrement au premier plan la nĂ©cessitĂ©, pour la bonne continuation du spectacle, dâune participation active du public peut aider Ă atteindre un certain taux dâimplication de la par de ce mĂȘme public.
Lâautre façon dâimpliquer le spectateur dans la construction du spectacle que nous avons dĂ©cidĂ© de mettre en Ćuvre, est de lui donner le choix des aventures quâil va vivre au Pays Imaginaire. Pour cela nous avons prĂ©vu de prĂ©parer quelques aventures, trois, aventures se passant dans diffĂ©rents endroits du Pays Imaginaire, et comprenant diffĂ©rents personnages. Lors du spectacle il est ainsi demandĂ© aux spectateurs de voter pour quel lieu et quelle aventure il souhaite voir. En cas dâĂ©galitĂ© dans les choix un simple tirage au sort sera prĂ©vu. Â
Pour ce qui est du dispositif scĂ©nique. Nous avons dĂ©jĂ Ă©voquĂ© ci dessus lâutilisation dâune table comme support principale du spectacle. Le principe serait dâutiliser au maximum toutes les disponibilitĂ©s offertes par lâobjet. Câest Ă dire que nous souhaitons nous servir de la surface plane de la table, mais aussi de lâabri quâelle offre en dessous, ainsi que ses potentiels tiroirs, etc. Faire de chacun de ses recoins un espace propre au spectaculaire et Ă la crĂ©ation.
Le dispositif qui nous intĂ©resse ici est loin dâĂȘtre monumentale. Il sâagit de crĂ©er une ambiance et une relation plus intime avec le spectateur que lors des formes de spectacle plus traditionnelle. Notre volontĂ© sâest concentrĂ©e sur la crĂ©ation dâun lien privilĂ©giĂ© avec le spectateur, un lien qui lui permette de se sentir impliquĂ©, et peut-ĂȘtre mĂȘme utile au spectacle. Â
Concernant le texte, nous avons lu diverses traductions, ainsi que le texte original. Nous avons dĂ©cidĂ© de prĂ©senter notre propre traduction en plus de notre propre dĂ©coupage du texte et de lâhistoire en elle mĂȘme. CâĂ©tait une façon de sâapproprier toujours plus le texte, de pouvoir lâapprĂ©hender en profondeur. Ce dĂ©coupage du texte  nous Ă©tait nĂ©cessaire puisque nous voulions proposer des choix dâaventures prĂ©cis Ă nos spectateurs. Il ne sâagit pas ici de conter au spectateur lâhistoire de Peter Pan mais plutĂŽt de sâemparer dâun imaginaire prĂ©existant qui, bien que créé par J.M Barrie, nâen reste pas moins interprĂ©table et modulable Ă souhait. Le texte de J.M Barrie est trĂšs contemplatif et comprend de longues descriptions
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poĂ©tiques.  Nous proposons au spectateur de voyager entre ces mots que nous avons tentĂ© de mettre en relief. Si le texte est dĂ©cousu puis rapiĂ©cĂ©, dans notre proposition, il nâest pas maltraitĂ©. Notre rapport au texte Ă©tait bienveillant, nous souhaitions garder sa saveur originale.  Cependant, certains Ă©lĂ©ments prĂ©sents dans le texte comme les stĂ©rĂ©otypes sur lâhomme, la femme et les amĂ©rindiens nous ont dĂ©plu Ă la lecture et nous avons dĂ©cidĂ© de nous en dĂ©barrasser. Â
Nous avons choisi de crĂ©er un spectacle de marionnettes pour diverses raisons. PremiĂšrement lâaspect technique. Lâhistoire comporte un nombre de lieux et de personnages diffĂ©rents assez important. Cela nâest pas forcĂ©ment un problĂšme, mais dans le cas de Peter Pan il nous semblait dommage de ne pas donner Ă voir autant que possible le Pays Imaginaire. Celui-ci demandait une telle quantitĂ© de dĂ©tails et de nuances que nous avons tenu Ă pouvoir crĂ©er un dĂ©cor et des personnages allant avec, et qui nous permettraient de rendre plastiquement le foisonnement de couleurs et de matiĂšres convoquĂ©es dans nos esprits par le biais de J.M Barrie.
La marionnette nous a semblĂ© ĂȘtre la rĂ©ponse Ă notre besoin de crĂ©ation et de rĂ©appropriation puisquâelle se situe parfaitement au croisement entre les Arts Plastiques et le théùtre.
De plus lâhistoire se concentre autour dâun groupe dâenfants. Or, il est toujours dĂ©licat de faire jouer Ă des comĂ©diens adultes des enfants. LâĂ©quilibre Ă trouver entre le rĂ©alisme et la crĂ©dibilitĂ© est souvent malaisĂ©, lâun lâemportant toujours sur lâautre. Nous passer de corps humains rĂ©els sâest avĂ©rĂ© ĂȘtre une rĂ©ponse possible Ă ce dĂ©sĂ©quilibre. La marionnette permet Ă lâacteur dâĂȘtre vĂ©ritablement « autre » puisque celui ci doit impĂ©rativement disparaĂźtre derriĂšre sa marionnette lorsque celle ci sâanime. Il nâest pas obligatoire quâil soit complĂštement en retrait, mais il doit lui laisser un champ dâaction et sâeffacer par instant. Câest cette mĂȘme distance de lâacteur/manipulateur avec son propre corps qui permet Ă celui ci de, toujours dans cette dynamique dâimplication du spectateur, faire un pas en avant vers le public. La marionnette est donc « autre », elle nâest pas humaine, et peut ainsi se permettre de prendre Ă partie un spectateur en particulier sans que celui ci ne perçoive lâacteur qui lâanime. Elle est le spectacle en action. Puisque la marionnette est un objet elle met le spectateur dans un Ă©tat de rĂ©ception diffĂ©rent, il est plus libre de se projeter  dans la marionnette, pas forcĂ©ment de façon empathique, mais aussi de façon crĂ©ative. Le rendant, dans certains cas,  plus rĂ©ceptif Ă lâimaginaire.