Aujourd’hui dimanche je vous partage une de mes histoires courtes, inspirées d’un fait réel. J’espère que ça vous plaira.
J’ai décidé depuis cet été 2026 de faire des minis histoires des choses que j’ai dans la tête ou des événements qui surviennent autour de moi. Expulser ce qui gargouille de l’intérieur et cherche à sortir. J’ai choisi Tumblr pour pouvoir publier textes et vidéos sans contrainte d’un nombre de mot ou d’une obligation de bisounoursland attitude à chaque post. Je tiens avant tout à ce que cet endroit devienne un cocon pour moi. Et s’il vous plait aussi, j’en serai ravie.
Place à l’histoire. 😊👇🏻
SORCIÈRE MODERNE
1.OMBRE
Elle n’a pas de nom. Elle n'a pas de visage. C'est une masse de particules lourdes, une distorsion dans le décor. Une ombre anthropomorphe et fumeuse qui glisse sur les toits de la ville. Elle ne cherche pas une vengeance, elle n'obéit à aucun pacte. Elle cherche juste une faille. Une proie prise au hasard dans la foule, un passant innocent dont la vie est trop droite, trop heureuse. Elle plane, invisible, au-dessus des têtes, jaugeant le moment parfait pour s'abattre et faire le maximum de dégâts. Briser une trajectoire, injecter le drame, injustement, gratuitement.
À des milliers de kilomètres de là, il y a Maya et Naomie.
Entre elles, ce n'est pas une amitié ordinaire. C'est une connexion qui défie la logique. Une certitude tranquille, comme si leurs âmes s'étaient déjà croisées dans dix vies antérieures, sous d'autres cieux, sous d'autres formes. Elles captent les silences de l'autre, devinent les fêlures avant qu'elles n'apparaissent. Un fil invisible, indestructible, tendu à travers l'espace.
2.EMPATHE
Juillet. Naomie prend l'avion. Elle part seule en voyage, sac au dos, dans un pays lointain, une terre sauvage et un peu brute, aux frontières mal dessinées.
Le troisième jour du voyage de Naomie, Maya est chez elle. Soudain, l'air de la pièce se raréfie. L'horloge semble ralentir. Une vague de nausée violente frappe Maya au plexus. Ce n'est pas un malaise physique, c'est une alerte psychique. Une pression invisible s'écrase sur ses épaules, lourde, suffocante, comme si quelqu'un essayait de la clouer au sol.
Puis, le flash.
Dans son esprit, une vision s'impose avec la netteté d'un écran de cinéma : elle voit une ombre noire, une fumée dense et malveillante, qui tourbillonne et se balade juste au-dessus du lieu de vacances de Naomie. L'ombre déploie un appendice, un long bras spectral dont l'extrémité grésille d'étincelles électriques et froides. Elle est là. Elle est sur le point de frapper.
L'instinct prend le dessus. Maya n'a jamais fait ça de sa vie, mais ses mains bougent toutes seules, guidées par une mémoire ancienne. Elle attrape une carte du pays où se trouve son amie, l'étale sur la table. Elle prend un feutre noir. D'un trait rapide, nerveux, elle dessine la silhouette exacte de cette ombre fumeuse au-dessus de la carte, insistant sur le bras et ses étincelles destructrices. La certitude la brûle : le danger est réel, imminent. Si elle n'agit pas maintenant, Naomie ne rentrera pas.
LE POUVOIR DE L'INTENTION
Maya plie soigneusement le dessin en quatre. Ses gestes deviennent précis, solennels. Elle aligne ses outils de sorcière moderne sur le bois de la table : un bâtonnet d'encens de sauge qu'elle embrase, une bougie blanche, symbole de protection pure.
Elle approche le coin du papier de la flamme vacillante. Le papier prend feu. Elle le dépose dans un récipient en terre cuite, observant les flammes dévorer les contours de l'ombre noire. Pendant que le papier se consume, Maya fixe le feu et récite, la voix basse mais ancrée, son intention comme un bouclier jeté à travers l'océan :
« Par cette action, je dissous toutes les ombres qui planent sur toi et ta famille. Par cette action, je retire tout danger, toute tension, toute tristesse et toute lourdeur qui pèse sur toi et tes proches. Quand ce papier aura entièrement brûlé, tu te sentiras en paix et allégée de tout ce qui t'entrave. »
Les dernières étincelles du papier s'éteignent. Il ne reste qu'un tas de cendres grises, inertes. Dans la pièce, la pression sur les épaules de Maya disparaît d'un coup. L'air redevient respirable. Le fil s'est détendu.
RETROUVAILLES
Deux semaines plus tard. La terrasse d'un café bruyant en ville. Les tasses s'entrechoquent, les gens rient. Maya et Naomie sont assises l'une en face de l'autre. Naomie a le teint halé des voyages, mais ses yeux trahissent quelque chose de plus profond.
Naomie, remuant nerveusement son café : Il faut que je te raconte un truc. C’est un sentiment super étrange... Je crois vraiment que je l'ai échappée belle pendant ce voyage.
Maya, le regard fixe, le cœur qui accélère : Qu'est-ce qui s'est passé ?
Naomie : Tu sais, c'est un pays magnifique mais assez peu sûr. Au bout de quelques jours, j'ai commencé à me sentir mal à l'aise. Une paranoïa totale. J'ai eu la sensation physique, persistante, d'être suivie. Partout. Dans les ruelles, au marché, même quand je rentrais à l'hôtel. Je me retournais sans cesse, mais il n'y avait rien. Juste cette lourdeur... comme si une menace planait au-dessus de moi, attendant le bon moment pour me tomber dessus. J'en avais la nausée.
Maya : Et ça a duré longtemps ?
Naomie : C'est ça le plus fou. Un après-midi, j'étais dans ma chambre, pétrifiée par l'angoisse, incapable de sortir. Et puis, tout à coup... plus rien. Vers 17 heures, la pression est tombée d'un coup mortel. Comme si le ciel s'était nettoyé. Je me suis sentie instantanément légère, en paix, libérée d'un poids immense. La menace s'est évaporée. Je n'ai plus jamais ressenti ça du reste du séjour.
Maya esquisse un sourire discret, ses yeux plongés dans ceux de son amie. Elle avance sa main sur la table et serre le poignet de Naomie.
Maya : Le troisième jour de ton voyage, à 17 heures, c'est ça ?
Naomie la regarde, les yeux écarquillés, comprenant instantanément que la distance n'avait jamais existé entre elles… SylviA (Lillydailleurs)














