"LETTRE AUX OUBLIÉS ":
Ce que le cœur vibre, la raison l'ignore.
Mais mon appel s’en rappelle encore.
Il glisse
Jusqu'à se morfondre
Là où il ne pourra revenir.
Mais il apparaît
Dans les tréfonds
De ce qu'il y a peut-être de pire.
Il voit la beauté
Là où fanent les roses,
Et l’éternel se souvient de son nom
Comme de celui qui prenait soin des autres.
Mais il a osé aimer plus qu'il n'avait de dignité.
Il s'est laissé prendre,
Mais ne vous méprenez pas :
Il entend le silence et la paix
Derrière les cris d'horreur,
Mais aussi derrière les rires des enfants égarés,
Avant qu'ils ne s'en rendent compte,
Qu'ils ne pourront leur chemin jamais retrouver.
Il aime plus que de raison,
Je ne sais pourquoi,
Quelle raison étrange.
Mais cette beauté créée de toutes pièces
Le maintient en vie, d'une certaine façon,
Comme l'amour qu’il aurait aimé vivre.
Il s’éloigne de l’horreur
Et de leurs mains tendues, prêtes à tout prendre.
Il s'isole d'honneur,
Il reçoit par lui-même la beauté qu’il imagine,
Celle qu’il mérite,
Celle qui aurait dû venir de l’extérieur.
Ils savent que l’oubli est une mémoire effacée,
Et que son nom disparaîtra,
À la manière de tous les autres
Qui auraient dû rester,
Là, quelque part,
Égarés
Parmi les rires perdus
De ces enfants étouffés,
Qui ont refusé de s’entendre pleurer.
Et si on leur demandait pourquoi,
répondraient certainement
Qu’ils sont morts d’avoir trop rigolé.
Donnez-moi la main,
Le temps nous emmène vers un endroit plus beau.
Un amour où les peines, les plaines et les flammes
Ne sont pas nos ennemis,
Ni nos rivaux,
Et ne représentent pas l’enfer,
Ni même notre fardeau,
Mais nous réchauffent,
Nous adoucissent,
Loin de l’écho de l’ennui,
De la déception d’un amour trahi,
Et de ces incendies éternels
Mais pourtant éphémères
Qui nous détruisent.
Ils verront nos visages
Dans les braises
Et les cendres dispersées.
Ils parleront à nos tombes
Et pleureront devant nous
Comme nous l’avons toujours tous mérité.
Du moins pour quelques jours,
Ou au moins quelques secondes,
Jusqu’à ce que le prochain nom
Du prochain futur oublié
Vienne nous rejoindre.
Et pourquoi pas me répondre ?
Je porte
Le prochain nom
Du prochain remplacé,
Celui qui, pour continuer d’exister,
N’ose se prononcer,
Mais qui pourtant
N’a pas besoin de mourir pour être oublié.
Justice (qr)



















