Déjà presque 25 ans que l’agence d’architecture d’intérieur MoreySmith s’applique à transformer le paysage tertiaire anglais. Visite guidée du siège de Primark à Dublin.
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Encore inconnu en France mais considéré outre-manche comme un véritable pionnier en matière de conception d’espaces de travail, MoreySmith a été choisi pour développer le concept Deskopolitan. Les deux fondateurs de Deskopolitan, Alexis et Paul, ont eu la chance de visiter le nouveau siège international de Primark, à Dublin, dernier né de l’agence MoreySmith.
Retour sur une visite hors du commun au risque de donner un coup de vieux Ă vos bureaux…Â
L’histoire MoreySmith a dĂ©butĂ© en 1993, Linda Morey-Burrows, la fondatrice du cabinet, n’a alors que 29 ans et quelques annĂ©es d’expĂ©rience comme architecte d’intĂ©rieure Ă Londres. A cette Ă©poque, nous sommes encore loin de l’esprit « startup » dans les bureaux, d’ailleurs Google, Yahoo ! ou Amazon n’existent pas encore. Et pourtant, très tĂ´t, Linda se positionne comme la spĂ©cialiste des espaces de travail nouvelle gĂ©nĂ©ration. Au fil des projets, le cabinet s’affirme comme une rĂ©fĂ©rence incontournable en Europe, collectionnant les projets prestigieux : dans le secteur du divertissement au dĂ©but (EMI, Warner Music, Sony Music) puis pour des marques de grande consommation (Cadbury, Redbull, ASOS, Coca-Cola…).Â
En 2015, MoreySmith a livrĂ© le siège social monde de Primark Ă Dublin. Sans doute l’un des projets les plus aboutis de l’agence, il impressionne non seulement par ses dimensions et ses volumes gĂ©nĂ©reux mais Ă©galement par le souci qui a Ă©tĂ© portĂ© aux dĂ©tails, Ă la lumière et aux matĂ©riaux. Si le rĂ©sultat est splendide, le pari n’était pas gagnĂ© d’avance et le dĂ©fi architectural Ă relever Ă©tait bien rĂ©el. En effet, le premier travail a consistĂ© Ă assembler deux bâtiments distincts. L’un est classĂ© monument historique et a Ă©tĂ© construit au XIXème siècle, l’autre, datant des annĂ©es 1990, est beaucoup plus commun. La connexion entre les deux bâtiments a Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©e grâce Ă une passerelle traversant l’atrium pour crĂ©er un ensemble de presque 12 000 m2.Â
Le second dĂ©fi a consistĂ© Ă crĂ©er une unitĂ© entre ces deux bâtiments tout en reflĂ©tant les valeurs de la marque, en valorisant le patrimoine du site et en crĂ©ant un lieu aux usages multiples adaptĂ© aux diffĂ©rents mĂ©tiers prĂ©sents dans l’entreprise.Â
Contrairement aux magasins Primark avec leurs grandes enseignes bleu turquoise, l’entrée du bâtiment a été laissée totalement anonyme. Après un contrôle de sécurité, un ascenseur vous emmène dans un grand espace commun composé d’une réception — rien ne traine, tout est rangé dans des placards invisibles — et de quelques salons confortables pour les visiteurs et les collaborateurs de passage. Dès l’entrée, on remarque le mix entre les matériaux bruts rappelant le passé industriel du site et les tissus et motifs sophistiqués utilisés dans les collections de prêt-à -porter de la marque.
La visite se poursuit par une grande galerie s’ouvrant de manière magistrale sur l’atrium, au centre des deux bâtiments. Les codes de la marque s’intègrent harmonieusement dans le lieu faisant partie intĂ©grante de l’architecture. L’effet est immĂ©diat, l’accueil est Ă la fois institutionnel et chaleureux sans pour autant ĂŞtre agressĂ©s par une signalĂ©tique ou des messages trop prĂ©sents.Â
L’atrium est le point de connexion entre les diffĂ©rentes parties des bâtiments. Le volume est baignĂ© de lumière naturelle si bien que, malgrĂ© un temps maussade — rappelez-vous nous sommes Ă Dublin — on a une vĂ©ritable impression de clartĂ©, indispensable pour le bon moral des troupes. L’atrium a Ă©tĂ© conçu comme un espace ultra-flexible pouvant aussi bien servir d’espace de dĂ©tente pour un cafĂ© ou un dĂ©jeuner que d’espace de confĂ©rence grâce Ă ses gradins et Ă son Ă©cran gĂ©ant.Â
Les traditionnelles machines Ă cafĂ© ont Ă©tĂ© bannies au profit d’un comptoir donnant dans l’atrium oĂą les collaborateurs peuvent commander des cafĂ©s plus ou moins Ă©laborĂ©s. L’espace dĂ©tente est placĂ© au cĹ“ur du projet ce qui en fait un vĂ©ritable point de rassemblement et une vitrine pour les clients et partenaires de l’entreprise.Â
La suite de la visite se poursuit par le restaurant ouvert sur l’atrium. Le service est opĂ©rĂ© par l’enseigne Gather & Gather, on s’y sent bien et on y mange bien, on est très loin des cantines impersonnelles en self-service.Â
Dans les diffĂ©rents Ă©tages du bâtiment se rĂ©partissent les espaces de travail. Les faux plafonds et les nĂ©ons typiques des bureaux traditionnels ont laissĂ© la place Ă des plafonds suspendus venant habiller des rĂ©seaux techniques particulièrement bien agencĂ©s et esthĂ©tiques. On perçoit une vraie flexibilitĂ© dans les amĂ©nagements notamment grâce Ă une grande variĂ©tĂ© d’espaces adaptĂ©s et adaptables selon les besoins des collaborateurs.Â
Les bureaux fermĂ©s ont disparu pour laisser place Ă des espaces spĂ©cifiques permettant de s’isoler ponctuellement ou de tĂ©lĂ©phoner. Les collaborateurs ne sont plus fixĂ©s Ă leur poste et les amĂ©nagements sont au service de leur crĂ©ativitĂ© et de leur productivitĂ©.Â
Vous l’aurez compris, nous sommes tombés absolument sous le charme des bureaux de Primark. Il serait cependant malhonnête de notre part de ne pas apporter un (léger) bémol concernant le coût d’un tel projet. Il est alors utile de rappeler dans ce contexte que Primark a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 6,7 milliards d’euros pour un résultat net de près d’un milliard d’euros. Cela laisse quelques latitudes quant au montant investi dans leur siège social... La réussite de ce projet tient également aux surfaces laissées libres de tout aménagement qui créent de véritables respirations et renforcent l’impression de fluidité. C’est une formidable vitrine pour l’entreprise Primark ainsi qu’un levier de recrutement et de fidélisation des équipes extrêmement efficace.
Crédits photos : Morey Smith, Primark