Il se trouve qu’aussi, dans ce qu’on peut appeler un brouillon, un nouveau brouillon, chaque fois je vais au cœur de ma préoccupation, en plein cœur, et non à quelques détails. Là, j’emploie souvent pour m’expliquer l’image du sculpteur, du modeleur, plutôt, avec la glaise qu’il modèle… bon, il travaille ; et puis, quand il est fatigué ou quand il a fini, qu’il n’est plus dans l’inspiration, il recouvre son modelage d’un linge mouillé (pour que la glaise reste plastique) et puis le lendemain ou bien quelque temps après, il enlève le linge mouillé et il repart. Mais il ne va pas à un détail, il va en plein corps. C’est toujours comme ça que je travaille. Quand j’ai l’impression que je sors du sujet, je m’arrête. C’est une des vertus, je crois, peut-être, de ma façon de travailler. Quand j’ai l’impression que je déraille ou que je sors vraiment du sujet, eh bien, à ce moment-là, je m’arrête. C’est pour ça qu’il y a des pages qui s’arrêtent comme ça, de façon parfaitement abrupte. Et puis, le lendemain, je repars en plein dans le truc ! Et non pas dans le détail.
Francis Ponge, Le brouillon, Entretiens, 1978















