Des sourires Ă nâen plus pouvoir. Des âPfffouah mais je veux vivre ici lĂ ....â. De la route, beaucoup de route, 1600km au total sur trois jours. Un lac merveilleux, descendu puis remontĂ©. De la vase, des cailloux jetĂ©s dans lâeau, des photos avant de descendre, un paysage Ă couper le souffle, vouloir rester lĂ pour lâĂ©ternitĂ©. Rentrer, voir Râ et avouer Ă C. que maintenant encore jâai lâamertume au fond du cĆur, au fond de lâĂąme, quand je le vois, câest des yeux et un sourire de fille qui aime que je dissimule, et quand je repars il me manque. Et voir C. rester silencieuse mais pas trop, qui sait trouver le juste milieu, elle sait que je nâirai pas gĂącher ce quâils ont. Elle sait que câest sincĂšre quand je dis que je suis trĂšs heureuse de les voir heureux et de le voir sourire avec elle, de le voir grandir. Mais elle me rassure aussi, il y a six ans, on ne pouvait pas savoir. Il nâĂ©tait pas qui il est et la vie, câest comme ça. Mais câest la vie dont jâaurais voulu vraiment connaĂźtre le âEt si.â. Puis rentrer. De nuit, prendre les Ă©pingles dans la montagne, en voiture, en plein phares. Et voir les Ă©toiles, et dire âJe pleurerais pour les Ă©toilesâ, et ressentir la mĂȘme bouffĂ©e dâĂ©motions en lâĂ©crivant. Je pleurerais pour les Ă©toiles. Rentrer, dormir et lâavoir encore au rĂ©veil pour rire, lâentendre ronfler, petit-dĂ©jeuner, prendre en photo la vue depuis notre location, les montagnes pleines de neige lĂ -haut. Les voir aussi en descendant. Je voudrais avoir cette vue toute ma vie. Parler avec C. dans la voiture. Parler avec C. au lac. Apprendre comment se lisent les marques sur les arbres. Parler avec C. en haut de la Bastille, derriĂšre. Sentir lâair de la rĂ©gion, sentir lâair que je veux respirer pour toute la vie. Se poser dans lâherbe. Parler de nous, parler de M., le sien, qui la fait briller encore davantage, qui la rend calme, belle, qui lui fait prendre du recul et connaĂźtre lâespoir et la beautĂ© des choses encore plus. Parler de M., le mien, avec qui câest compliquĂ©. Mais lâentendre neutre et moins neutre, tout ce quâil me faut. La voir vraiment comprendre mon monde et lâaimer vraiment trĂšs fort, dâavoir cet elfe magnifique dans ma vie qui connaĂźt tout, plus que nâimporte qui dâautre. Parler de si je nâĂ©tais plus lĂ , parler de Grenoble, parler de ces endroits. Lui dire que pour mon cĆur câest Ă©norme, chaque fois que jây reviendrai, je souviendrai quâelle Ă©tait lĂ avec moi. Dans le tĂ©lĂ©phĂ©rique, en haut de la Bastille, en haut derriĂšre la Bastille, pendant la montĂ©e, au Lac, en haut du Col de la location, Ă Grenoble mĂȘme. Elle Ă©tait lĂ et câest exactement la personne quâil me faut, depuis toujours et pour toujours, mais plus le temps passe, plus elle me comprend, plus elle me suit dans ma vie, mâĂ©coute et sâadapte, plus elle est elle, se dĂ©couvre et grandit, et plus je veux dire au monde entier que ma meilleure amie, câest elle, et que câest la plus belle, la meilleure. Que dans la vie si je me bats pour obtenir chaque chose, il nây a que lĂ oĂč jâai quelque chose de tellement prĂ©cieux, pour lequel pourtant je nâai rien dĂ©clenchĂ©, rien fait pour le mĂ©riter, câest elle.Â
Elle est repartie le dimanche et bien que je sache que câĂ©tait inĂ©vitable, câĂ©tait un peu triste que nos trois jours soient passĂ©s si vite. Elle allait monter dans le train, et dâhabitude je fais un bisou, parfois la bise, parfois un peu plus fort, parce que je suis nulle en au-revoir et nulle en affection dĂ©montrĂ©e. Mais cette fois, jâai fait un cĂąlin, et jâai posĂ© ma tĂȘte comme si elle apaisait tout ce quâil y avait Ă lâintĂ©rieur. Et je voulais pas trop quâelle parte tout de suite.
Ăa fait un peu dĂ©claration dâamour, sauf que câest dĂ©claration dâamitiĂ©. Et que câest surtout pour me rappeler. De qui elle est, de tout ce quâon a passĂ© et dĂ©passĂ© depuis huit ans et demi. De celles quâon est aujourdâhui, de la libertĂ© dont on dispose et qui nous fait halluciner. Des sourires quâelle me fait avoir et de lâinsouciance quâelle me permet de retrouver. Ăa nâa pas de prix, ce que je suis quand elle est lĂ , ici, lĂ -bas ou virtuellement, il nây a pas de vrai moi sans C.
Elle nâest pas seulement une partie de mon cĆur. Elle est ce qui le fait tenir, ce qui le rattrape, elle en est les contours qui lui permettent de se protĂ©ger, mais aussi la partie Ă lâintĂ©rieur, chaque recoin mĂȘme le plus sombre, le plus Ă©troit, le plus repoussant, le plus beau, et elle est toutes les Ă©toiles qui brillent au-dessus de chaque problĂšme, chaque ressenti, chaque souvenir, chaque chance, chaque Ă©preuve. Elle est dans mon cĆur partout et jâai le sentiment de tout avoir pourvu quâelle y reste.