par lâAssemblĂ©e des directions de laboratoire, 6 juillet 2020 Nous, directrices et directeurs de laboratoires reprĂ©sentatifs de lâensemble des disciplines et des Ă©tablissements dâenseignement et de recherche publics français, nous sommes rĂ©unis en assemblĂ©e le 5 mars dernier afin de ⊠Continuer la lecture â
La France a des atouts prĂ©cieux. PlutĂŽt que de chercher Ă dĂ©fendre et amĂ©liorer ce qui a fait ses preuves, la LPPR propose dâimiter sans discernement un prĂ©tendu modĂšle international Ă©rigĂ© en standard (financement sur projet, tenure tracks â rebaptisĂ©s « chaires de professeur junior » â, individualisation des rĂ©munĂ©rations, etc.). Pourtant, les situations internationales sont plurielles et varient selon les contextes et les disciplines. Ces prĂ©tendus modĂšles sont dâailleurs trĂšs contestĂ©s pour leurs nombreux effets pervers (aussi bien en Allemagne quâen Australie, en Suisse quâen Grande-Bretagne, Ă Singapour quâaux Ătats-Unis). Par exemple, lâexpĂ©rience allemande des « chaires de professeur junior » a dĂ©montrĂ© que ceux-ci, loin de dĂ©boucher sur la titularisation, favorisent un turnover nĂ©faste, une hausse du chĂŽmage parmi les jeunes collĂšgues pourtant trĂšs qualifiĂ©s et de nombreuses interruptions de carriĂšre ou dĂ©parts pour lâĂ©tranger. Vouloir appliquer ces « modĂšles », sans en faire prĂ©alablement la critique au cas par cas, sur les structures dâenseignement et de recherche, câest non seulement ignorer les avantages de la spĂ©cificitĂ© française mais aussi lâexposer au risque du cumul des inconvĂ©nients.
En notre nom collectif, nous exprimons une ferme opposition Ă lâĂ©gard de ce projet de loi. Loin de renforcer la recherche et lâenseignement supĂ©rieur français, la LPPR aura pour effet de les affaiblir encore davantage. Ătabli sans concertation rĂ©elle avec la communautĂ© scientifique, dans la plus grande prĂ©cipitation et au mĂ©pris des nombreuses oppositions, ce projet ne permettra pas de doter les laboratoires des moyens nĂ©cessaires pour rĂ©pondre aux graves enjeux de notre temps. Il accentuera les difficultĂ©s matĂ©rielles et humaines, avec pour consĂ©quence la dĂ©motivation et le renoncement Ă des charges et des responsabilitĂ©s devenues intenables, notamment celles des directions de laboratoire.
Nous continuerons donc à défendre :
la mise en place dâun plan pluriannuel de recrutement sur des postes pĂ©rennes (de chercheurs et dâenseignants-chercheurs comme dâingĂ©nieurs et de techniciens) pour compenser les baisses dramatiques de ces derniĂšres dĂ©cennies et pour que cessent ainsi la prĂ©carisation et ses nombreux effets dĂ©lĂ©tĂšres ;
lâaugmentation des budgets au profit du soutien de base des laboratoires pour que la recherche sur projets ne devienne pas le seul mode de financement et que puisse continuer Ă se dĂ©velopper une recherche de temps long, sereine et vĂ©ritablement attractive ;
lâinstauration dâune politique qui ne fasse pas de la recherche orientĂ©e et de lâinnovation son unique boussole.