Philippe le Bel et le Serpent, par Lotfi Hadjiat
Y a-t-il pire quâun gouvernement qui ne veut pas laisser le peuple vivre en paix ? Oui, un gouvernement qui ne veut pas laisser le peuple mourir en paix. * Pourquoi la France est-elle actuellementâŠ
« Lorsque Satan sera définitivement détruit, tout le monde le saura sans en avoir été informé. Le bonheur de vivre sera alors si simple, si évident, si visible⊠Qui vivra verra (1). » (Lotfi Hadjiat)
Selon les observations cliniques de Carl Gustav Jung, dans son chapitre « Le bien et le mal », du livre « L'Ăąme et la vie (2) » (que je relis en ce moment), le mal ne se vainc pas, il s'intĂšgre plutĂŽt Ă la personnalitĂ©, aprĂšs en avoir pris conscience. Dans le sens oĂč les trois monothĂ©ismes parlent de pĂ©chĂ© originel, nous en sommes tous porteurs, de fait. On ferait bien de s'en rappeler.
Selon Jung, on ne peut vaincre le mal en continuant sans cesse Ă le voir chez autrui (âde l'autre cĂŽtĂ© de la riviĂšre (5)â), plutĂŽt que lâapprĂ©hender chez soi en prenant conscience de notre ombre. Faire la guerre au mal, c'est faire la guerre Ă celui que nous dĂ©signons comme en Ă©tant porteur (ou Ă ses idĂ©es, ses opinions, ses convictions, son comportement, son attitude, son raisonnement, etc.). Or, ce bouc Ă©missaire est prĂ©cisĂ©ment lĂ pour nous rappeler que le mal est en l'homme... pĂ©chĂ© originel.
« Un criminel invĂ©tĂ©rĂ© devient un personnage populaire parce quâil allĂšge considĂ©rablement la conscience de ses semblables, parce quâil savent maintenant oĂč se trouve le mal (2). » (C. G. Jung)
Le mal ne peut ĂȘtre vaincu, mais pris en compte consciemment comme une force qui, tant qu'elle reste inconsciente (et projetĂ©e sur autrui : les satanistes, la religion, les croyances, les complotistes, lâextrĂȘme droite, le patriarcat, les fĂ©ministes, les suprĂ©macistes blanc, etc.) nous possĂšde, car, selon les observations de Jung, lâombre est un archĂ©type, un instinct, qui est une entitĂ© psychique dont la propriĂ©tĂ© est dâĂȘtre autonome â tant quâelle reste inconsciente, elle nous possĂšde, aussi vrai quâil nous est impossible de prĂ©dire nos rĂȘves.
« Mais quâadviendra-t-il si dâaventure je dĂ©couvre que le plus misĂ©rable de tous, [] câest moi-mĂȘme [] et que je suis prĂ©cisĂ©ment moi-mĂȘme lâennemi quâil me faut aimer ? En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, on assiste alors Ă un renversement total de toute la vĂ©ritĂ© chrĂ©tienne ; [] le sujet crie vengeance au faux frĂšre qui sommeille en lui : le sujet se condamne et sâemporte contre lui-mĂȘme (2). » (C. G. Jung)
« Le fait en soi est proprement effrayant que lâhomme ait un cĂŽtĂ© dâombre, OMBRE QUI NE COMPORTE PAS SEULEMENT [] DE PETITES FAIBLESSES [], MAIS AUSSI UNE DYNAMIQUE FRANCHEMENT DĂMONIAQUE. Lâindividu isolĂ© est rarement au courant de ces faits []. Mais laissons cet ĂȘtre inoffensif constituer avec dâautres une masse, et [] ils forment un monstre qui, Ă la moindre occasion, sera aisĂ©ment dĂ©lirant, et au sein duquel lâindividu ne forme plus quâun facteur minime ; de grĂ© ou de force, il ne peut faire autrement que de participer Ă la folie sanguinaire de la bĂȘte, ou mĂȘme il y aidera de ses forces. Le pressentiment obscur de ces possibilitĂ©s, qui sont le dramatique apanage de lâombre dans lâhomme font quâon prĂ©fĂšre le repousser et en mĂ©connaĂźtre lâexistence. On se hĂ©risse aveuglĂ©ment contre le dogme salutaire du pĂ©chĂ© originel, qui exprime pourtant une vĂ©ritĂ© si inouĂŻe. On hĂ©site mĂȘme Ă sâavouer le conflit quâon ressent de façon si douloureuse. Lâhomme cultivĂ© sâefforce de rĂ©primer en lui-mĂȘme lâhomme infĂ©rieur, sans rĂ©aliser que, se faisant, il contraint celui-ci Ă devenir rĂ©volutionnaire [ndr : vu que les archĂ©types, dont lâombre fait partie, sont des entitĂ©s inconscientes autonomes (des complexes et le moi en fait partie) qui nous poussent Ă agir Ă notre insu. Si nous restons inconscients de leur pouvoir, nous en sommes possĂ©dĂ©s ; elles agissent Ă travers nous.]. [âŠ] Ce que le profane a le plus de difficultĂ© Ă comprendre, câest que les malades [ndr : DONT NOUS SOMMES!] ne soupçonnent pas le moins du monde que la guerre civile a Ă©clatĂ© dans leur inconscient (3). » (C. G. Jung)
« Imaginez un homme qui soit assez courageux pour retirer, sans exception, toutes ses projections et vous aurez un individu qui aura pris conscience dâune ombre Ă©tonnamment Ă©paisse. Un tel homme est chargĂ© de nouveaux problĂšmes et de nouveaux conflits. Pour lui-mĂȘme, il est devenu une grande tĂąche, car dĂ©sormais, il ne saurait plus dire que âeuxâ font ceci ou cela, que âles autresâ sont dans lâerreur et quâil faut âlesâ combattre. Il vit dans la âmaison de la rĂ©flexion sur soi-mĂȘmeâ, du recueillement intĂ©rieur. Un tel homme sait que tout ce qui va de travers dans le monde agit aussi en lui-mĂȘme ; si seulement il apprend Ă traiter comme il convient avec sa propre ombre, il aura accompli quelque chose de rĂ©el pour le monde. Il aura alors rĂ©ussi Ă rĂ©soudre au moins une partie, ne fĂ»t-elle quâinfinitĂ©simale, des gigantesques problĂšmes irrĂ©solus de notre Ă©poque (4). » (C. G. Jung)
Au final, Ă mon sens, seuls des ĂȘtres Ă©veillĂ©s Ă leur ombre, pas seulement aux crimes de quelques-uns, peuvent aider Ă intĂ©grer cette force destructrice, pĂŽle inverse du bien, comme le solstice dâĂ©tĂ© sâoppose au solstice dâhiver, lâun et lâautre permettant le mouvement de lâĂ©nergie issue de la tension entre les deux. Le retour du messie, câest, Ă mon sens, cette prise de conscience collective de lâombre, câest cela le sens de lâinjonction : « croissez et multipliez », le sens quâun monde exclusivement matĂ©rialiste nous impose sous lâimage terre-Ă -terre dâune surpopulation quâil conviendrait de restreindre.
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(1) Lotfi Hadjiat, « Philippe le Bel et le Serpent, par Lotfi Hadjiat », pub. 28 juil. 2021, https://www.lelibrepenseur.org/philippe-le-bel-et-le-serpent-par-lotfi-hadjiat/ (cons. 29 juil. 2021).
(2) C. G. Jung, « LâĂąme et la vie », Textes essentiels rĂ©unis et prĂ©sentĂ©s par Jolande Jacobi, introduction de Michel Caznave, prĂ©face de Jolande Jacobi, traduit de lâallemand par le Dr Roland Cahen et Yves Le Lay, Ă©d. Buchet-Chastel, 1963, p. 260.
(3) Op. cit. (2), p. 261-262.
(4) Op. cit. (2), p. 264.
(5) C. G. Jung, « Commentaire sur le mystÚre de la fleur d'or », Ed. Albin Michel, coll. Spiritualité vivante, trad. fr. 1979, poche 1994, p. 52 et suiv.
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