de nouveau, vois-tu, tu me forces à l'après-vide
au grand jeu des échasses sauteuses je ne suis pourtant pas la plus dégourdie
la dure-mère me conseille de pédaler les pieds en dedans
pour me défaire progressivement de ma cuirasse de cycliste
elle ne sait pas les kilomètres
de larmes qu'il m'a fallu avaler
pour gagner de haute lutte
elle me promet de très grandes tiges
au haut desquelles je me pavanerais
je suis pourtant mauvaise voltigeuse
les émotions me lestent, tandis que les larmes me déchirent
je ne suis que taffetas éventré offert au vent mauvais
et au travers de mes mailles évidées coule une vérité qui vieillit mal
ce que ne sait pas la dure-mère
c'est quelle m'a appris à porter la beauté comme une arme :
au front, et j'attaque la première
croquant net tout élan d'un battement de cil
oh, je suis douce, douce pour les yeux des fous
et dans leurs mains bleues j'égraine mille possibles,
mille futurs que je vends sans y croire
oh, je suis mauvaise voltigeuse quand il s'agit de survoler mes angoisses
mais je reste sauvage navigatrice des désirs des autres
le sourire en bandoulière
et si la dure m'a appris une chose
c'est à tirer la première