Puis le silence. Treize secondes de silence. Et Ă nouveau, une goutte.
Ces bruits rythment le temps au sein de la caverne depuis des milliers dâannĂ©es. Ils nâont pas toujours Ă©tĂ© aussi rĂ©guliers. Ă prĂ©sent, on pourrait sâen servir pour rĂ©gler sa montre. Si on avait de la lumiĂšre. Il fait noir comme dans un four.
Il nây a pas beaucoup de vie sous terre. MĂȘme les chauves-souris ne viennent pas aussi profondĂ©ment, aussi loin de la surface. Sâaccrocher Ă lâabri, câest bien beau, mais il faut aussi penser Ă remplir son assiette. Les insectes ne se bousculent pas dans le coin non plus. Il y a quelques araignĂ©es, si immobiles quâil est difficile de distinguer les vivantes des mortes.
Aujourdâhui, pourtant, ça remue. ÒȘa avance et ça bruisse, ça halĂšte et ça gĂ©mit, et ce boucan est dâautant plus tonitruant que celui qui le commet se donne beaucoup de mal pour ne pas en faire, du bruit. Il se retient de toutes ses forces, tout en tĂątonnant dans le noir. Il est terrifiĂ©. On nâentend que lui. Brusquement il sâarrĂȘte, enfin parfaitement silencieux, tandis quâil Ă©coute.
Il lĂąche le souffle quâil retenait et continue Ă avancer, Ă tĂątons, trĂšs prudemment. Un bruit dâĂ©claboussure suivit dâun juron â lâintrus vient de trouver la riviĂšre. Il sent le courant et sâen sert comme guide, remontant vers la source. Toujours dans le noir. Câest trĂšs dangereux, ce quâil fait. Il le sait trĂšs bien. Mais un homme non Ă©quipĂ© peut avancer jusquâĂ la source en partant de cette grotte, ce que lâautre ne sait sans doute pas. Il peut sâen sortir.
De la lumiĂšre fuse. Lâautre nâa plus besoin dâĂȘtre dans le noir.
LâĂ©clat du coup feu illumine tout, trĂšs briĂšvement, bien plus fort que la modeste lampe torche nâarrivait Ă le faire. Puis le silence revient. Lâautre sâen va.
Il nây a plus beaucoup de vie dans la caverne.