Jean-Philippe (partie 2)
La journĂ©e suit son cours, je suis plus ou moins concentrĂ©e Ă la job. Mais ça, câest juste parce que câest le 4 Ă 6 du jeudi. Je suis toujours fĂ©brile Ă lâidĂ©e de boire du vin. Je parle de la situation Ă mes ami·es.Â
« Est-ce que je lui réécris? », leur demande-je, sachant trĂšs bien que je vais pondre une belle petite phrase accrocheuse Ă Jean-Philippe dans deux verres de vin no matter what. Je ne fais quâassurer mes arriĂšres.Â
Mes ami·es me conseillent autant quâiels me dĂ©conseillent de renchĂ©rir avec une phrase timidement coquine. OK, les chum·es. Je vais Ă©couter mon petit cĆur dans ce cas-lĂ . Câest correct.Â
On est deux verres de vin plus tard. Itâs time.Â
Je largue mon attaque en DM : « Si jamais ça te tente dâavoir une compagnonne dâĂ©criture pour un de tes shows, on pourrait se motiver dans un cafĂ©. SI JAMAIS! »Â
Ew, jâai dit « compagnonne ». Moving on.
Il prend du temps Ă rĂ©pondre.Â
Fuck. Jâai tout gĂąchĂ©.Â
Je vis mon 4 Ă 6 comme tous les jeudis: jâenchaĂźne les verres de blanc. Jâembarque sur le rouge, je me sens un peu triste. Je commence Ă ĂȘtre fatiguĂ©e. Câest prenant, se mettre out there. Se rendre vulnĂ©rable. De laisser sa destinĂ©e amoureuse dans le cellulaire dâun autre. Pis yâest en couple, anyway. Quâest-ce que je fais?Â
Je quitte le 4 Ă 6 pour me rĂ©fugier dans ma torpeur avec mon chat. Jâai faim. Je traverse le parc prĂšs de chez moi quand je reçois trois textos. Trois.Â
Câest Jean-Philippe.Â
« Câest pas tombĂ© dans les mains dâun sourd » (le comique) « Câest sĂ»r que jâĂ©cris rien si tâes lĂ par contre JâME CONNAIS! » « Mais sait-on JAMAIS. »Â
Attendez. Je pense que mon cĆur mâa lĂąchĂ©. Câest ça, mourir? Est-ce quâon peut mourir de bonheur? Enterrez-moi vite au parc Baldwin. Jâai besoin dâune pause pour reprendre mes esprits.Â
Je relis ses messages. JâĂ©cris rien si tâes lĂ par contre. Si je suis lĂ . Je vais ĂȘtre partout oĂč tu veux, mon homme. Il est dĂ©finitivement cĂ©libataire. Ou TRĂS ouvert. Ăa, câest clairement du flirt. Je ne peux plus le nier, moi qui ai tant espĂ©rĂ©.Â
Itâs on, bitches. Je sors lâartillerie lourde avec ma rĂ©partie et des flĂšches coquines, mais sans plus. Je dois le faire languir un peu. MacĂ©rer. Comme un bon vin, qui peine Ă ĂȘtre dĂ©gustĂ©.Â
Je lui propose quâon se jase ça ce soir, tant quâĂ . Il est 19h et je suis juste assez alcoolisĂ©e pour ĂȘtre drĂŽle, flirty. Jâai pas besoin dâalcool pour ĂȘtre comme ça, câest juste que je me sentais particuliĂšrement chatte. Meow.
« On dirait quâon est dĂ»s pour se jaser, hein? », me rĂ©pond-t-il. Oui, Jean-Philippe. On est plus que dĂ»s. Je te dirai pas que je regarde des shows dans lesquels tu figures pis je mâimagine toutes sortes de scĂ©narios coquins. Dis-moi pas que je vais les rĂ©aliser? Me donnerais-tu cette chance-lĂ ?
Voyons, je suis complĂštement coucou. Je fan girl trop. Mais il me donne juste assez de jus pour que jâaie envie de finir le litre au complet. Je bois ses paroles.Â
On se dit quâon va se reparler de nos disponibilitĂ©s, parce que ce soir il est trop fatiguĂ©. Normal. Ben correct, câĂ©tait un peu prĂ©cipitĂ©. Faut que je me calme. Faut QUâON se calme. Je le veux en forme quand on va se voir parce que God knows que ce ne sera pas reposant.Â
Cue la nuit.
Ding de-ding de-ding.Â
Mon alarme du matin sonne, mais jâĂ©tais dĂ©jĂ rĂ©veillĂ©e. Beaucoup trop excitĂ©e Ă lâidĂ©e quâon se réécrive. Je lui Ă©cris mes dispos. Jâattends dâavoir les siennes.Â
« Maudit, yâa rien qui fonctionne pour moi! », mâa-t-il rĂ©digĂ©. Bon. Pas grave. On trouvera un moyen.Â
Il continue à écrire. Les trois petits points de suspension bondissent.
Ils arrĂȘtent.
Ils bondissent.
Ils arrĂȘtent.Â
Jâai un mauvais feeling.Â
Suis-je allĂ©e trop loin? Jâai les mains moites, les genoux mous, le cĆur en guĂ©nille. Quâest-ce quâil veut me dire?Â
Vvvvz vvvz (un son de vibration).Â
« Lâautre truc qui me chicotte, câest que je suis terriblement en couple. Hier, je suis complĂštement tombĂ© sous ton charme mais puisque ça devient flirty tout ça (en tout cas, complĂštement de mon bord je dois tâavouer) je suis plus prudent ce matin je dirais. On est un couple qui se permet quand mĂȘme certaines libertĂ©s occasionnelles, mais on est plutĂŽt dans un mode plus serrĂ© vu quâon essaie de faire un bĂ©bĂ©. »
Quoi.Â










